Au nom de l’Evangile et de la justice humaine : le combat abolitionniste de Guillaume de Felice

Comme d’autres de ses coreligionnaires, le pasteur Guillaume Adam de Felice fut victime du manque de visibilité des protestants français dans le paysage des deux France, la catholique et la laïque. Lui que le notable mulatre martiniquais, Cyrille Bissette (1798-1858), fondateur de la Société des hommes de couleur qui publia la Revue des colonies (1834-1843), appelait « notre maître à tous », n’eut droit, à sa mort, qu’aux rubriques nécrologiques dans un nombre restreint de périodiques protestants ou politiques. En 1877, son ami et collègue à la faculté de Montauban, le pasteur Jean Pédézert (1814-1905) rédigea une monographie de 27 pages[1] et l’évoqua souvent dans Souvenirs et Etudes[2]. En 1878, l’Encyclopédie des sciences religieuses, publiée sous la direction de Frédéric Lichtenberg, lui consacra une notice de deux pages[3]. De plus, de Felice conservait une certain renommée dans certains milieux protestants et/ou cultivés grâce aux dernières éditions posthumes (1873, 1874, 1880, 1895) de son Histoire des protestants de France[4]… Puis vint l’oubli.

De Felice revint très progressivement à la lumière, grâce aux travaux de spécialistes du protestantisme. André Encrevé le resitue dans les conflits infra-protestants du XIXe siècle[5], mais n’insiste guère sur son combat abolitionniste. Son engagement en faveur des Noirs fut longtemps ignoré ou minoré. Cité de ci, de là, par quelques auteurs[6], il fut remis à une place plus juste, dans le mouvement antiesclavagiste, par Jean-François Zorn[7], actuel doyen de la faculté de théologie protestante de Montpellier, Lawrence C. Jennings[8] (Université d’Ottawa) et Nelly Schmidt[9]. Enfin de Felice trouva son biographe[10], dans la personne du pasteur évangélique baptiste de Menton, Eddy Nisus[11], qui le présenta dans divers colloques récents[12].

Guillaume-Adam est né, en 1803, à Otterberg, aujourd’hui dans le land allemand de Palatinat-Rhénanie, alors dans le département français du Mont-Tonnerre, fils du pasteur Bernard Fortuné de Felice (1760-1832), lui-même fils de Fortunatus (Francesco Placido Bartolomeo[13]), né à Rome, religieux franciscain, professeur de physique à l’université de Naples, défroqué et réfugié en Suisse où il fut reçu bourgeois à Yverdon en 1769, imprimeur, rédacteur & éditeur de l’Encyclopédie d’Yverdon[14] (58 volumes de 1770 à 1780), et de sa deuxième femme Marie-Catherine Cordier. Guillaume-Adam aura un demi-frère (Louis : 1795-1851), une demi-sœur (Augustine), trois sœurs & deux frères. La famille s’installa en 1804 à Lille où son père avait été nommé pasteur. Guillaume-Adam y fit des études secondaires jusqu’à la troisième, puis faute d’argent, devint commis de banque, avant de se tourner vers le journalisme (Gazette de Liège à partir de 1820). Expulsé des Pays-Bas, il entreprit des études théologiques à l’Académie de Strasbourg (1821-1825) tout en enseignant le français au Collège « bourgeois » de Lausanne et en écrivant des articles historiques, philosophiques ou théologiques pour diverses revues. Son premier ouvrage fut la traduction de l’allemand en français du livre de Karl Gottlieb Bretschneider (1776-1848), Calvin & l’Eglise de Genève[15]. En 1828, il fut choisi comme pasteur de l’Eglise réformée de Bolbec. Le consistoire qui correspondait plus ou moins à l’arrondissement du Havre, comptait alors environ 5 300 âmes, 4 sections (Bolbec, Saint-Antoine, Montivilliers & Le Havre) & 10 lieux de culte[16]. Dans ses fonctions, de Felice fit preuve d’un zèle certain ce qui ne l’empêcha point, en parallèle, de publier dans la presse des articles politiques et sociaux, notamment dans Le Semeur[17] (dont il devint un des actifs collaborateurs jusqu’à la disparition de ce périodique en 1850), les Archives du Christianisme du XIXe siècle, l’Espérance[18] & dans le New York Observer[19] dont il fut le correspondant pendant 38 ans. Au demeurant, des essais parus dans La Pressed’Emile de Girardin, le firent remarquer par le ministre de l’instruction publique Salvandy (1795-1856)[20], marié à une protestante[21]. Quoi qu’il en soit, sa nomination en 1838 (après bien des réticences de sa part[22]) comme professeur de « morale chrétienne & d’éloquence sacrée » à la Faculté de théologie protestante de Montauban, s’inscrivait dans les rivalités doctrinales et ecclésiastiques intra-protestantes entre les libéraux & les évangéliques (« orthodoxes »)[23] auxquels se rattachaient le pasteur de Felice. En 1839, il épouse Joséphine Rivier (1817-1869), fille aînée d’une famille du Désert, installée à Lausanne. Le couple aura quatre enfants : Théodore (1841-1891), pasteur à Orthez ; Joséphine (1842-1937), mariée à Rodolphe Meyhoffer, pasteur à Cannes, Bruxelles & Cully (Vaud) ; Sophie (1844-1929), mariée à Henri Guisan, avocat à Lausanne ; Paul (1847-1911), pasteur à Mer (Loir-et-Cher), Chartres, puis Enghien, & historien. Outre des traductions, ses sermons[24], ses brochures de propagande, ses communications à la Société académique du Tarn-et-Garonne, et ses multiples articles de presse, Guillaume-Adam de Felice, doyen de la faculté en 1865, écrivit de nombreux ouvrages d’érudition, notamment une Histoire des protestants de France[25] & une Histoire des synodes nationaux des Eglises réformées de France[26]. En juillet 1870, veuf depuis un an, il fit valoir ses droits à la retraite et se retira à Lausanne où il meurt le 23 octobre 1871.

Comment ce pasteur assez archétypal des ministres réformés français des deux premiers tiers du XIXe siècle est-il venu au combat antiesclavagiste ? Divers facteurs se sont sans doute conjugués, sans qu’il soit toujours possible de les démêler & de les quantifier. Quoi qu’il en soit, son action se situe dans ce que Nelly Schmidt, nomme le second souffle du courant abolitionniste français[27], et plus spécialement dans la seconde étape, celle de la décennie 1840.

Faut-il trouver les prémices de ce combat dans l’Encyclopédie d’Yverdon, publiée par son grand-père, et notamment dans les entrées « Esclavage » et « Nègre » qui affirment l’immoralité, « l’opposition au droit naturel et civil » et l’inutilité de cette domination de certains hommes sur d’autres ? Son ministère en Normandie, notamment au Havre, le mit en contact avec la traite négrière. Il est difficile, de même, de ne pas y voir l’influence du pasteur Sigismond Frossard (1764-1830), qui fut le premier doyen de la Faculté de théologie de Montauban (1810-1815)[28]. Ministre à Lyon, il avait publié en 1789, dans cette ville, un gros ouvrage anti-esclavagiste[29] qui figurait en deuxième position, derrière l’Essai sur les désavantages politiques de la traite des nègres, de l’abolitionniste britannique quaker, Thomas Clarkson[30], co-fondateur de l’Anti-Slave Trade Society, d’une liste d’une cinquantaine d’ouvrages, à destination de l’Assemblée Nationale, déposés par la Société des Amis des Noirs (1790), et que son auteur remit plus tard à la Convention, le 23 décembre 1792. Malgré le rétablissement de l’esclavage aux colonies par le 1er Consul, Frossard n’abdiqua point son combat qu’il incluait plus largement dans le développement du Réveil. En 1821, il traduisit[31] son ami abolitionniste méthodiste William Wilberforce[32] et cofonda la Société de la Morale Chrétienne[33] qui créera en son sein, en avril 1822, à l’initiative du baron Auguste de Staël, un comité spécial pour l’abolition de la traite et (en 1829) de l’esclavage. Ledit comité était en liaison avec les visiteurs du salon de Mme de Staël, lui-même héritier spirituel du groupe de Coppet.

Il faut sans doute également lier l’engagement abolitionniste de Guillaume Adam avec son expérience de la foi, vécue et revisitée à l’expérience du Réveil[34]. Dans le monde anglo-saxon, la place de l’expérience religieuse intime comme moteur du combat abolitionniste (ou dans d’autres engagements sociétaux) fut particulièrement évident chez les quakers et les méthodistes[35], mais également chez certains protestants revivalistes[36] appartenant à des confessions où les institutions ecclésiales étaient demeurées frileuses au regard de la cause des noirs. C’est le cas de William Wilberforce, Thomas Clarkson ou Granville Sharp (1735-1813), cofondateur de la Society for the Abolition of the slave Trade.

De Felice a sans doute été largement influencé par le « petit troupeau » revivaliste parisien[37], à l’initiative de diverses sociétés religieuses dont certaines comme le Comité des Dames de Paris (mai 1825), lié à la Société des missions évangéliques de Paris[38] (novembre 1822), joueront un certain rôle dans le mouvement abolitionniste.

Ainsi par ses origines, ses conceptions métaphysiques profondes, ses relations et de ses réseaux, le pasteur de Felice s’impliqua progressivement dans la question de l’esclavage et de la traite, à l’image de bon nombre de pasteurs et notables protestants « surreprésentés » dans les œuvres philanthropiques « œcuméniques »[39] du temps. L’engagement abolitionniste de Guillaume Adam prit corps au début des années 1830. En 1831, il commença sa collaboration au Semeur et aux Archives du Christianisme au XIXe siècle[40]. C’est cette même année, en avril, qu’il publia son tout premier long article consacré[41] entièrement à l’esclavage : La colonie de Libéria[42].

L’auteur y déclarait l’Afrique « abrutie » par l’esclavage. C’était d’autant plus navrant qu’elle est le berceau de la civilisation, via l’Ethiopie et l’Egypte. En juxtaposant deux races en Amérique, la traite a engendré, dans ce continent, une situation explosive. Aux Etats-Unis, les Noirs même affranchis ne seront jamais admis au sein de la société blanche. Il faut donc soutenir l’initiative de l’American Colonization Society d’installer les Noirs affranchis d’Amérique en Afrique où ils deviendront dans ce continent les agents de la civilisation. De Felice dressait ensuite un long tableau de ce projet :

« Il en résulte de tous ces détails qui précèdent que la colonie du Libéria se trouve actuellement dans un état prospère… »[43].

Lorsqu’un état noir aura atteint un certain développement, il sera le modèle à la fois pour les Noirs et pour les Blancs dont il fera, par l’exemple, reculer les préjugés racistes. Pour faire cesser la traite, la généralisation de ces colonies permettra de créer un cordon sanitaire entre l’intérieur et l’Océan. Alors, l’ « Afrique régénérée partagera avec nous le bienfait de nos lumières ».

Dans la décennie 1830, divers milieux protestants français furent plus que d’autres, sensibles aux messages antiesclavagistes anglo-saxons, via principalement les quakers[44], les méthodistes[45] et la British and Foreign Anti-Slavery Society (BFASS). Ainsi s’explique, en partie, la forte présence protestante[46] dans la Société Française pour l’Abolition de l’Esclavage (SFAE)[47], fondée en décembre 1834. On notera également diverses initiatives personnelles de protestants comme celle d’Agénor de Gasparin (1810-1871), alors maître des requêtes au Conseil d’Etat qui publiera coup sur coup Esclavage & traite[48] et De l’affranchissement des esclaves et de ses rapports avec la politique actuelle[49].

C’est sans doute, dans la décennie 1840, à Montauban, que Guillaume de Felice plaça le combat abolitionniste parmi ses priorités[50]. En 1842, l’ouvrage[51] de Victor Schœlcher[52] connut un succès certain dans les milieux antiesclavagistes par ses positions radicales. L’année suivante, la commission parlementaire, présidée par le duc Victor de Broglie, après trois ans de travaux, déposait deux projets de loi, prévoyant, l’un l’abolition immédiate et totale, l’autre, partielle et progressive de l’esclavage[53]. Les abolitionnistes britanniques George William Alexander et John Scoble, respectivement trésorier et secrétaire de la BFASS, publièrent, en France, en 1844, une brochure de 55 pages, intitulée Liberté immédiate et absolue ou esclavage[54], et financèrent la parution des premiers numéros de l’Abolitionniste français. Le but était de contraindre de Broglie et la SFAE d’adopter une politique d’abolition immédiate.

Lors de la tournée en France de divers dirigeants de la BFASS, en mars 1844, de Felice fut contacté par Gurney[55], par l’intermédiaire des frères Courtois[56], de Toulouse. Il accepta de « parler, écrire, agiter l’opinion » mais refusa un poste d’agent de la BFASS, à cause de ses fonctions pastorales et pédagogiques[57].

En juillet 1845, furent promulguées les lois Mackau[58] qui prévoyaient l’amélioration des esclaves dans le but implicite de préparer un affranchissement progressif des esclaves. Ces mesures qu’il critiquera plus tard, doivent avoir poussé le pasteur à s’engager plus avant.

Pour essayer de convaincre de Felice, à l’automne 1845, John Scoble, secrétaire du BFASS, vint passer neuf jours à Montauban, chez notre pasteur[59]. L’engagement du pasteur de Felice fut typique de l’influence « idéologique » et matérielle exercée par les abolitionnistes britanniques, sur les milieux antiesclavagistes en général, et protestants en particulier. Ces échanges étaient d’autant plus intimes qu’ils se superposaient aux contacts intra-protestants, chaque année, la faculté de Montauban accueillant des clergymen venus d’Outre-manche. L’influence britannique sur de Felice fut profonde, comme le montre sa correspondance, notamment avec John Scoble, les envois réguliers, par la BFASS, de subsides pour des publications[60] ou le lancement de campagne de pétitions (Cyrille Bissette[61] en sera également bénéficiaire) et ses emprunts à des abolitionnistes anglo-saxons.

De Felice se mit à la tache[62]. En 1846, il publia l’Emancipation immédiate et complète des esclaves. Appel aux abolitionnistes[63]. Le professeur de Montauban s’y prononçait sans ambages pour l’abolition immédiate et complète de l’esclavage[64]. L’idée n’était pas nouvelle. De Felice rappelait que cette idée venait du Royaume-Uni. Son modèle demeurait l’abolitionnisme britannique protestant d’esprit religieux :

« J’avoue que les abolitionnistes, en invoquant les principes de la Bible, et en faisant appel aux chrétiens décidés pour agir de proche en proche sur toute la masse du pays, avaient un puissant levier que nous n’avons point »[65].

Néanmoins, de Felice ne renonçait pas à tirer des arguments abolitionnistes « de l’Ecriture » en faisant notamment appel au sentiment compassionnel envers les esclaves, de certains milieux chrétiens français. Le professeur de Montauban citait, avec quelques oublis cependant, ses premiers promoteurs anglo-saxons, mais faisait silence sur leurs homologues français, notamment Bissette et Schœlcher.

Quoiqu’il en soit, la cause était entendue : l’esclavage est un « crime ». Pourtant la cause antiesclavagiste stagne en France. La faute en incombe autant aux lobbies coloniaux qu’aux abolitionnistes « apparents » qui s’arrangent de la situation et aux abolitionnistes « temporisateurs » qui veulent une suppression graduelle de l’esclavage. La solution réside dans « l’émancipation immédiate et complète, sous la seule condition des mesures à prendre pour protéger la sûreté des Blancs et maintenir l’ordre dans les colonies ».

La société a le « devoir » d’abolir l’esclavage. On ne peut en attendre que du « succès » pour l’humanité et de « l’intérêt »‘pour les colonies. De Felice se classait lui-même dans les abolitionnistes « purs » qui « demandaient au nom de la justice, de l’humanité & de la religion » la suppression totale et immédiate de l’esclavage. Aussi, critiquant la faiblesse de la SFAE, il invitait les « abolitionnistes complets » à se constituer en « société distincte » en  remplaçant « l’éclat des noms par la fermeté des principes »[66]. Les réformes « stériles », notamment les lois Mackau votées en 1845, ne produiront « aucun progrès sensible »[67]. La cause abolitionniste somnolera pour longtemps. Or il s’agit d’ « établir la parfaite criminalité de l’esclavage colonial »[68] et de « réveiller » l’opinion publique.

La publication de ce traité hissa de Felice parmi les « grands » de l’abolitionnisme, Il fut félicité et approuvé (avec des nuances) par Cyrille Bissette, Agénor de Gasparin, Alphonse de Lamartine, Charles de Rémusat, Victor Schœlcher ou Alexis de Tocqueville, la presse abolitionniste et quelques journaux de province, comme Le Journal de Calais ou Le Journal de Lyon. Le pasteur de Felice contribua ainsi au passage du gradualisme à l’immédiatisme, pour reprendre les termes de Lawrence Jennings. Un réseau de correspondants[69] s’établit autour de lui : Bissette, des parlementaires français, des abolitionnistes français, suisses, britanniques et américains, des pasteurs, des responsables et des intellectuels protestants. Pour diffuser sa brochure, il utilisa, entre autres, le réseau de libraires protestants belges, suisses et français, notamment les frères Courtois et la Librairie protestante de L.H. Delay, à Paris. Avec deux autres coreligionnaires, le libraire Charles Meyrueis et le banquier luthérien Henri Lutteroth (1802-1889), un des cinq membres du comité fondateur de la Chapelle Taitbout, il participa à la création du Bureau de correspondance pour l’abolition de l’esclavage[70], en liaison avec la SFAE. Sous son égide, seront organisées diverses campagnes de pétitions :

  • Le 3 septembre 1846 fut déposée, par le père François Libermann[71], aux deux chambres, la pétition, signée le 17 août courant, par Bissette & De Felice, et 600 ecclésiastiques romains & ministres protestants: Le texte s’articulait en trois points :

– « l’esclavage des Noirs est un crime, dans toute l’étendue de cette expression. Aucune loi ne peut le légitimer, ni même l’atténuer ».

– « toutes les tentatives qui ont été faites pour l’amélioration du sort des esclaves n’ont abouti qu’à des résultats illusoires… »

– l’esclavage doit être « promptement » aboli. Il en va de l’intérêt et de l’honneur de la France.

La pétition ne fut pas examinée par les pairs, mais sera discutée par les députés les 24 et 26 avril, et 7 mai 1847 mais la majorité se contenta de la renvoyer au gouvernement pour avis.

  • En janvier 1847, fut diffusée une Pétition des Dames de Paris en faveur de l’abolition de l’esclavage, rédigée officiellement par le Comité protestant des dames de Paris,[72] mais sans doute largement inspirée par le professeur de Felice. Le texte se centrait sur le sort des femmes esclaves et demandait de manière un tantinet flou « l’émancipation » au nom de « la religion, la justice, l’humanité, l’honneur national ».
  • A l’automne 1847, une circulaire spécifique (lettre-appel) « pour l’émancipation des esclaves », fut adressée, au nom de la SFAE, aux « protestants de France, pasteurs, anciens & fidèles », par Charles Meyrueis. L’idée d’un texte spécifique aux huguenots a été avancée par de Felice, mais ce dernier craignant qu’elle n’apparaisse comme une initiative du seul camp évangélique (« orthodoxe ») demande à Meyrueis, connu pour sa neutralité de la signer à sa place. Le texte insistait sur l’incompatibilité du christianisme et de l’esclavage :

« …Il s’agit de faire prévaloir le droit sur l’intérêt matériel, la loi de Dieu sur l’iniquité de l’homme, l’Evangile sur l’abus de la force… ».

L’initiative connut un certain succès au sein de la communauté protestante, puisqu’en février 1848, une Pétition des protestants aux Chambres pour demander l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises fut déposée ;

Sur l’insistance de Bissette qui avait déjà fait une démarche dans ce sens[73], de Felice va également tenter de rallier à la cause abolitionniste le clergé romain. Au printemps 1847, il contribua grandement au texte du futur député de la Martinique, Au clergé français. De L’émancipation des esclaves, lequel connut un succès très mitigé :

« ... Or l’esclavage colonial est tout à la fois contraire aux principes fondamentaux du christianisme et dans son essence même à l’éducation religieuse de ceux qu’il tient enchaînés. Vous avez donc les plus puissants motifs, un motif de foi et de conscience, pour le combattre jusqu’à ce qu’il tombe sous vos coups ».

De Felice reviendra plusieurs fois à la charge, notamment dans Le Semeur du 13 septembre 1847, n° 37 :

« Prêtres catholiques du Brésil & de Cuba, où êtes-vous donc ? Que faites-vous ? »

Il semble que de Felice profitait de cette situation pour souligner implicitement la supériorité des états protestants abolitionnistes sur les états catholiques esclavagistes, notamment latino-américains, et ipso facto, du protestantisme associé à la modernité sur le conservatisme catholique.

De manière plus large, la correspondance du professeur de Montauban déplorait la faiblesse structurelle et numérique, le pusillanime du mouvement et le manque d’implication religieuse et philosophique du mouvement abolitionniste français[74].

La campagne de pétitions, dans laquelle s’inscrivaient les initiatives de Felice-Bissette reçut 10 737 signatures[75] : 3 évêques, 900 prêtres, 86 pasteurs, 7 membres de l’institut, 151 conseillers électifs et 213 magistrats et avocats & 9000 propriétaires, négociants & artisans, bien loin cependant des chiffres britanniques, ce que déplorait Guillaume Adam :

« Nos 11 000 signatures sont quelque chose, sans doute, mais trop peu –infiniment trop peu pour émouvoir la couronne. Quand même nous aurions 100 000 signatures, il y aurait peu de changements. Il nous faudrait un million de signatures, et surtout de noms d’électeurs pour atteindre ce but »[76].

La république proclamée en février 1848, quatre décrets signés le 4 mars par le nouveau ministre de la marine, François Arago, mirent en place, sous la direction de Victor Schœlcher, le processus d’abolition de l’esclavage signé le 17 avril et publié le 2 mai. A la différence de plusieurs de ses coreligionnaires[77], de Felice n’avait pas choisi l’engagement électoral. Le groupe du Semeur fonda la Société pour l’application du christianisme aux questions sociales destinée principalement à combattre les socialistes[78].Durant ces semaines, le professeur de Montauban approuvait sans doute les mesures du gouvernement provisoire, prônait cette fraternité évangélique si typique de ce printemps et la nouvelle politique coloniale, mais il demeurait vigilant comme le montre sa réplique au député de la gironde, Henri Galos, ancien directeur des colonies (1842-1848) suite à son article dans la Revue des deux-Mondes du 1er septembre 1848. Ce dernier remettait indirectement en cause l’abolition à cause de la prétendue impréparation de cette réforme. De Felice réfuta les critiques de Galos et le soupçonnait de vouloir remplacer l’esclavage par une sorte de système féodal colonial :

« La liberté doit être complète, sans privilège d’un côté sans servitude de l’autre, aux colonies comme en France ».

De Felice sera ensuite moins présent dans le débat public. Est-ce la traduction individuelle de la méfiance[79] d’une grande partie de la communauté protestante envers l’Empire autoritaire, au moins jusqu’au décret du 19 mars 1859, lui accordant quelques garanties cultuelles ? La prudence au moment où certains abolitionnistes comme Schœlcher sont en exil ? Le sentiment que le combat était gagné ?

En 1861, il exprima sa tristesse après l’assassinat de Lincoln, et dut, sans doute, manifester sa sympathie aux nordistes, mais son enseignement, ses travaux d’érudition[80] et les conflits entre les factions protestantes[81] semblaient l’accaparer plus que tout. C’est seulement en 1865 que de Felice reviendra publiquement et fermement sur la question de l’esclavage. Il le fera à l’occasion d’un discours prononcé, le 25 juin, dans le temple de Toulouse, en faveur des Noirs émancipés des Amériques. L’appel sera publié par Charles Meyrueis. Le pasteur, au nom de l’amitié franco-américaine, plaidait pour une aide matérielle pour améliorer le sort des esclaves libérés dans les Etats du Sud. Il se réjouissait de ce combat fait au nom de l’Evangile :

« Frères, nous sommes tous frères. Qu’il n’y ait plus entre nous de diversité de race, ni de sang, ni de rang. Qu’il n’existe plus qu’une seule grande famille dans toute l’humanité et marchons ensemble, la main dans la main, vers notre commune patrie, la patrie du Ciel ! ».

Mais de Felice n’oubliait pas que l’esclavage subsistait dans diverses parties du monde et appelait la « chrétienté », après avoir été complice de la traite et de l’esclavage, à donner l’exemple de l’abolition générale.

C’est par deux publications que Guillaume de Felice continua à plaider pour l’éradication de l’esclavage. En 1867, il consacra une biographie[82] à l’évangéliste d’origine française et catholique Etienne de Grellet du Mabillier (1773-1855) converti au quakerisme. Dans cet ouvrage, l’auteur insistait en autres, sur l’action abolitionniste du ministre de la communauté quaker. Deux ans plus tard, il écrivit ou plus exactement traduisit librement[83] la vie d’un autre quaker William Allen (1770-1843)[84], fellow de la Royal Society, qui consacra largement sa vie aux causes philanthropiques en général (soutien aux British and Foreign Schools Society), et au combat anti-esclavagiste.

En introduction à cette biographie, le pasteur de Felice écrivait :

« William, ou Guillaume Allen, n’est pas aussi connu en France qu’il mérite de l’être. Les uns n’ont jamais entendu prononcer son nom, les autres mieux instruits de l’histoire religieuse de notre époque, savent que c’était un homme de foi et de bien, mais que savent-ils de plus ? Où sont parmi nous ceux qui pourraient raconter les principaux événements de sa vie ?

On doit le regretter, car William Allen, comme le montrera sa biographie, a été l’un des chrétiens les plus éminents et les plus dévoués du dix-neuvième siècle. Il a mis la main à un grand nombre d’entreprises religieuses, morales, philanthropiques, et en a fait réussir plusieurs par l’autorité de sa foi, de son caractère, et de sa charité qui ne reculait devant aucun sacrifice, quand il s’agissait de servir la sainte cause de l’Evangile, ou celle de l’humanité… »[85]

Dithyrambe mis à part, comme le fait fort justement remarqué Eddy Nisus[86], ces mêmes paroles pourraient être tout aussi bien appliquées à Guillaume Adam de Felice.


Notes :

[1]Guillaume de Felice, publiciste, professeur et prédicateur,  Montauban, impr. De J.Vidallet, 1877.

[2]Paris, Grassart, 1888.

[3]Paris, Sandoz et Fischbacher, 1878, tome IV.

[4]Voir plus loin.

[5]Protestants français au milieu du XIXe siècle. Les réformés de 1848 à 1870, Genève, Labor & Fides, 1986, p. 133, 282, 301, 373, 667, 743, 797-8, 980 et 983-4.

[6]Notamment Serge Daget, in La traite des Noirs. Bastilles négrières et velléités abolitionnistes, Ouest-France, Université Editions, 1990 et La répression de la traite des Noirs au XIXe siècle, Paris, Ed. Karthala, 1997.

[7]Le combat antiesclavagiste chrétien au XIXe siècle, in Bulletin de la Société de l’histoire du Protestantisme Français, 139, Oct.-Déc. 1993, p. 635-652; Benjamin-Sigismond Frossard et Guillaume de Felice, in Etudes théologiques et religieuses, 79, 2004, p. 493-509.

[8]French anti-slavery. The movement for the abolition of slavery in France, Cambridge University Press, 2000, p. 195, 230-231, 236-7-8, 265 et 269-70-71-72.

[9]Abolitionnistes de l’esclavage et réformateurs des colonies 1820-1851, Paris, Ed. Karthala, 2000, p. 61, 66-68, 88-91, 97, 119, 131, 139-140, 142, 148, 163, 175, 177-182, 243-4, 253, 259-261, 263, 278, 288, 290-92, 368, 387-89, 392, 403-05, 544, 582, 732-35, 739, 816, 866, 872, 877 ainsi que sa correspondance, p. 743-808.

[10]Maîtrise d’histoire Paris IV-Sorbonne, 2005, sous la direction de Nelly Schmidt et Dominique Barjot.

[11]Qu’il soit ici remercié pour avoir mis à ma disposition les résultats de sa recherche, par l’intermédiaire de JPM.

[12]Notamment la deuxième édition du colloque Agapè, Ces protestants qui ont marqué l’histoire de l’abolition de l’esclavage, 9-11 mai 2008, Paris, American Church et temple de l’Oratoire du Louvre.

[13]En 1998, fut fondée une Fondation de Felice, sise à Yverdon, laquelle décerne depuis 2000 un prix destiné à récompenser les meilleures recherches relatives à la personne ou à l’œuvre de Fortuné Barthélemy de Felice, à l’encyclopédisme et aux Lumières en Suisse.

[14]Consultable sur site http://www.classiques-garnier.com/cas/ens-Ish/?colname=ColYverdon.

[15]Genève-Paris, Paschoud, 1822.

[16]Cf. Namblard Gaston, Histoire de l’Eglise réformée de Bolbec, impr. D.Lasné, Bolbec, 1939.

[17]Le Semeur. Journal religieux, politique, philosophique et littéraire protestant fut fondé par des revivalistes parisiens : le médecin Henri Hollard (1801-1886), le rentier converti au protestantisme Victor de Pressensé (1796-1871), le pasteur congrégationaliste Mark Wilks (1783-1855) et le banquier Henri Lutteroth (1802-1899) qui en devint seul propriétaire en 1834.

[18]L’Espérance fut fondée d’abord à Genève en décembre 1838 par le pasteur Ami Bost 1790-1874).

[19]Cofondé par Sidney Edward (1794-1868) et Richard Morse (1795-868), frères de l’inventeur, le NYO parut du 17 mai 1823 au 30 mai 1912.

[20]Narcisse Achille de Salvandy, député successivement dans quatre départements, membre de l’Académie française (1835) fut deux fois ministre de l’instruction publique (avril 1837-mars 1839) (février 1845-février 1848).

[21]Julie Louise Feray (1800-1883), fille de Marie Julie Oberkampf (1777-1843), fille du fondateur de la manufacture de Jouy-en-Josas & (1797) de Louis Feray (1772-1836), issu d’une famille de négriers protestants du Havre, alliée aux banquiers parisiens protestants Mallet.

[22]Installation officielle le 2 mai 1839

[23]Sur ce conflit, et plus largement sur la situation de la France protestante, voir Encrevé André, op. cit.

[24]Paris, Sandoz & Fischbacher, 1873, 371 pages.

[25]Paris, à la librairie protestante, 1850 ; Lausanne, C. Bridel, 1851 (2e édi.) ; Paris, Cherbuliez, 1856 (3e), 1861 (4e) ; Toulouse, SL3, 1874 (6e) ; Toulouse, K. Cadaux 1880, (7e), 1895 (8e) ;

[26]Paris, Grassart, 1865; Bourdeau-85200, éd. Durand-Peyroles, 2009 ; History of the Protestants of France…, Londres, George Routledge & Co, 1853 ; Geschichte der protestanten Frankreichs..., Leipzig, F. Fleischer, 1855.

[27]Abolitionnistes de l’esclavage et réformateurs des colonies 1820-1851, Paris, Editions Karthala, 2000, p. 61.

[28]Blanc Robert, Un pasteur du temps des Lumières : Benjamin-Sigismond Frossard (1754-1830),Paris, Honoré Champion, 2000.

[29]La Cause des Esclaves nègres et des habitants de la Guinée, portée au Tribunal de la Justice, de la Religion, de la Politique, ou Histoire de la Traite et de l’Esclavage des Nègres,Aimé de La Roche, Lyon, 1789, 770 pages. Reprint, Slatkine, Genève, 1978.

[30]Wilson, Ellen Gibson, Thomas Clarkson: A Biography, York, William Sessions, 1996 (2e); Meier, Helmut, Thomas Clarkson: Moral Steam Engine or False Prophet? A critical approach to three of his antislavery essays, Stuttgart, Ibidem, 2007.

[31]Le Christianisme des gens mis en opposition avec le véritable Christianisme, Montauban, Philippe Crosilhes, 1822.

[32]W. Wilberforce, anglican converti au méthodisme, fut le fondateur avec T.Clarkson, de l’Anti-Slave trade Society. Cf. Pollock, John, Wilberforce, Londres, Constable, 1977 ; William Hague, William Wilberforce : The Life of the Great Anti-slave Trade Campaigner, Londres, HarperPress, 2007.

[33]La Société tient sa première séance, le 21 décembre 1821. Sur les 34 premiers membres de son conseil d’administration, on comptait 16 protestants.

[34]Wemyss Alice, histoire du Réveil 1790-1849, Paris, Les Bergers & les mages, 1977.

[35]Bolt, Christine et Drescher, Seymour (éd.), Anti-Slavery, Religion and Reform, Folkestone-Hamden, Dawson-Archon Books, 1980.

[36]En contre-point, de nombreux sociniens britanniques et unitariens américains furent à la pointe du combat abolitionniste.

[37]La province ne doit cependant pas être oubliée. On verra plus loin le rôle joué par la Société des livres religieux de Toulouse (octobre 1831) et ses fondateurs, les trois frères Courtois.

[38]Suspectées d’anglophilie militante, les missions protestantes sont tenues à l’écart par les pouvoirs publics français et exercent leurs activités principalement en Afrique du sud. Néanmoins, elles orienteront les protestants à porter un « autre » regard sur les Noirs.

[39]Plusieurs auteurs ont souligné le rôle de divers groupes protestants dans le combat abolitionniste, comme, entre autres, Jean-François Zorn, op. cit., 1993, p. 635-652, Serge Dallet, La répression de la traite des Noirs au XIXe siècle, Paris, Ed. Karthala, 1997, p. 26-33,Lawrence C. Jennings, op.cit., 2000, p. 231-265, ou Nelly Schmidt, op. cit. 2000, p. 175-183, et les deux colloques récents, Christianisme, Esclavage, Liberté et Mémoire (10-12 mai 2007, 93100-Montreuil, Palais des congrès de l’Est parisien et 9-11 mai 2008, cité ci-dessus). Entre-point et plus largement, voir Quénum Alphonse, les Eglises chrétiennes et la traite atlantique du XVe au XIXe siècle, Paris, Ed. Karthala, 1993.

[40]Ce périodique, ouvert aux divers courants du protestantisme,  fut lancé en janvier 1818 par un groupe de pasteurs parisiens dont Henri-François Juillerat (1781-1867). Sous la direction du pasteur Frédéric Monod, à partit de 1824, il devint plus ouvertement revivaliste.

[41]Nisus Eddy, op. cit., p. 66-76.

[42]In Revue Encyclopédique, chez Sédillot, Libraire, avril 1831, tome 50, p. 241-266.

[43]Op. cit., p. 259.

[44]Les membres de la Société religieuse des Amis surnommés les Quakers (les « trembleurs »), fondé par George Fox (1624-1691), insistent sur le dépouillement de la vie spirituelle et du culte, le pacifisme et le secours aux plus démunis.

[45]Fondé par John Wesley (1706-1791), le méthodisme insiste sur l’expérience de la conversion et l’importance de la sanctification, c’est-à-dire à la manifestation concrète, dans ses réalisations, de l’état de grâce du croyant. Le confessant doit attester de sa foi par une conduite pieuse et philanthropique.

[46]8 protestants sur 26 fondateurs, dont Henri Lutteroth, Hippolyte Passy et l’amiral C.-H. Verhuell.

[47]Motylewski Patricia, La Société française pour l’abolition de l’esclavage (1834-1850), Paris, l’Harmattan, 1998.

[48]Paris, Jaubert, 1838.

[49]Paris, Jaubert, 1839.

[50]Le pasteur s’est-il intéressé de plus près au combat antiesclavagiste, ou sa notoriété au sein de la communauté protestant a-t-elle poussé certains de ses coreligionnaires à tenter de le rallier à la cause des noirs ?

[51]1842 : Des colonies françaises. Abolition immédiate de l’esclavage, Paris, Pagnerre, 1842.

[52]Girollet, Anne, Victor Schœlcher, abolitionniste et républicain… ; Paris, Ed. Karthala, 2000 ; Schmidt Nelly, Victor Schœlcher et l’abolition, Paris, fayard, 1994.

[53]Daget Serge, La traite des Noirs. Bastilles négrières et velléités abolitionnistes, Nantes, Ouest-France, Université Editions, 1990.

[54]Paris, Firmin-Didot frères, 1844.

[55]John Joseph Gurney (1788-1847), quaker de Norwich, banquier (Gurney’s Bank) mena avec sa sœur, Elisabeth (1780-1845) et son beau-frère Joseph Fry (117-1861), autre banquier quaker, une action vigoureuse et envers les détenues femmes et plus largement les prisonniers, les pauvres et les blessés. Il s’engagea avec un autre de ses beaux-frères, Sir Thomas F. Buxton (1786-1845) dans le combat abolitionniste.

[56]Frank (1804-1871), Louis (1806-1864) et Armand (1808-1865) Courtois, banquiers toulousains, revivalistes très actifs dans la vie de leur Eglise, unis dans leurs affaires comme dans la famille, fondèrent diverses œuvres, notamment l’orphelinat de Saverdun (Ariège) et avec l’aide du pasteur de Toulouse, César Chabrand (1780-1863), la Société des Livres religieux (SLR) de Toulouse. Ils furent tous trois membres de la SFAE. De Felice, à Montauban, fut en contact régulier avec eux.

[57]Rhode House Anti-Slavery Papers, C157/66, de Felice aux frères Courtois, 4 juin 1844.

[58]Le baron Ange de Mackau (1788-1855), ancien chef des forces navales et gouverneur de la Martinique (1836), contre-amiral, fut ministre de la marine et des colonies (juillet 1843-mai 1847).

[59]Durant ce périple, Scoble, parti de Paris, s’était arrêté dans le Loiret, chez l’avocat François Isambert, puis après Montauban, chez les frères Courtois, à Toulouse, et enfin à Bordeaux et à Nantes, chez des pasteurs.

[60]Lettre de J.J. Gurney à G. de Felice, Norwich, le 18 avril 1846, citée par Nelly Schmidt, op. cit., 2000, p. 784.

[61]Cyrille Bissette (voir plus haut), mulâtre martiniquais né libre devint un symbole de l’antiesclavagisme lors des procès et de la condamnation dont il fut victime en 1823/27. Il sera député de la Martinique (1848 et 1849-1851) mais se brouillera avec Schœlcher.

[62]Cf. la première ébauche de son libre in Bibliothèque de la SHPF, Paris, 955  XIV, Papiers de Guillaume de Felice sur l’esclavage.

[63]Paris, Delay, 1846, 114 pages.

[64]Nisus Eddy, op. cit., p. 99-125.

[65]Op. cit. p. 58.

[66]Op. cit. p. 107-108.

[67]Op. cit. p. 11.

[68]Op. cit. p. 12.

[69]Une grande partie de la correspondance de De Felice est conservée à la Bibliothèque de la SHPF (cote 955 XIV). Elle est reproduite in extenso dans l’ouvrage de Nelly Schmidt, op. cit. p. 743-783.

[70]Même s’il fut « œcuménique », le bureau devait « associer plus sûrement et en grand nombre les membres des diverses communions protestantes aux efforts généraux » comme l’indiquait Le Semeur de septembre 1847.

[71]François (Jacob) Libermann (1802-1852), fils du rabbin de Saverne, est le fondateur de la Société du Saint-Cœur de Marie, consacrée à l’évangélisation des Noirs des colonies françaises, et fondue en 1848 dans la Congrégation du Saint-Esprit, dont il devint le 11e supérieur général.

[72]Reproduite dans L’Abolitionniste français, janvier 1847, p. 35-41.

[73]Les esclaves des colonies françaises au clergé français, Paris, impr. de Lambert, 1844.

[74]Cf. la lettre du pasteur N.Enjalbert s’étonnant de « l’inertie » du mouvement abolitionniste à de Felice, en juillet 1847, lequel s’étonne à son tour auprès de Dutrône, secrétaire de la SFAE. Le 30 septembre, la SFAE diffuse les textes de deux pétitions dont l’une adressée directement aux parlementaires, pour demander une émancipation complète et immédiate des esclaves.

[75]8 080 de Paris et 2 657 de province. On notera la surreprésentation de certains terroirs protestants : Brassac (Tarn, 127 signatures), Castres-Mazamet et environs (275 signatures), Laverdun (Ariège, 20), Marennes (Charente Maritime, 55), Mazères (Ariège, 56), Mens (Isère, 25), (°Montauban (148), Nîmes (181), Puylaurens (Tarn, 142), ,Réalmont (Tarn, 166), Saint-Antonin (Tarn-et-Garonne, 116), Saint-Martin-de-Ré (75), Saint-Quentin (156), Toulouse (198) ou Uzès (24) , mais une relative discrétion d’autres pays parpaillots, comme l’Ardèche, la Drôme, la Lozère, et surtout l’Alsace.

[76]Rhodes House Anti-Slavery Papers, C157/69, de Felice, 8 mai 1847.

[77]Avec des succès variés mais la Constituante de 1848 comptera 27 députés protestants (liste dans le Lien du 20 mai 1848, p. 21) dont Athanase Coquerel père, député de la Seine de 1848 à 1851, mais une bonne centaine de protestants comme H. Lutteroh et Léon Pilatte, furent battus.

[78]Le groupe cessera toute action politique directe après les législatives d’avril 1848.

[79]Malgré les prises de position légalistes de nombreuses institutions protestantes, les huguenots sont nettement moins nombreux dans les allées du pouvoir que sous la Monarchie de Juillet.

[80]Le trois-centième anniversaire de la mort de Calvin, Paris, Grassart, 1864 ;

[81] Droits et devoirs des laïques dans la situation présente des Eglise réformées de France, Paris, C. Meyrueis, 1864 ; M. Guizot, sa candidature au conseil presbytéral de l’Eglise réformée de Paris, Paris, C. Meyrueis, 1865 ;

[82]Toulouse, Société des Livres religieux, 1867 ; traduit en anglais par Edward Ash Were (1846-1915), futur évêque anglican de Derby (1889) et de Stafford (1909). La biographie est sans doute inspirée de l’ouvrage de Benjamin Seebohm, Memoirs of the life and gospel labours of Stephen Grellet, Londres, A.W. Bennett, 1861.

[83]Sans doute inspirée par diverses œuvres d’auteurs britanniques, comme Cruikshank Isaac Robert, Life of William Allen, avec une sélection de sa correspondance, Londres, Charles Gilpin, 1846/7, Dunn Henry, William Allen; His life and labours, Londres, Houlston et Stoneman/Charles Gilpin, 1848, p. 75-141, réimprimé avec l’autorisation de The Eclectic Review, Londres, 1848, et Sherman James, Memoirs of William Allen, Londres, Charles Gilpin, 1848.

[84]Biographie de William Allen, Toulouse, Ch. Meyrueis & Cie, libraire ; Grassart, Libraire ; Lagarde, Libraire, 1869. Seize plus tôt, la SLR de Toulouse avait publié une vie et voyages de William Allen de William Rey.

[85]Op. cit. 2005, p. 1-2.

[86]Op. cit. 2005, p. 165.

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