Du philoprotestantisme dans la France des années 1840-1880

Remarque préliminaire[1]

Après les persécutions, le Désert, et un long et difficile « retour » dans la communauté nationale, le protestantisme a bénéficié, dans les décennies médianes du XIX° siècle, d’un vaste et ample mouvement de sympathie. Ce philoprotestantisme est même l’une des caractéristiques de la France « libre »[2]. Le regard porté sur le protestantisme est l’un des critères de différenciation des deux France. En effet, l’antiprotestantisme est constitutif de la France catholique comme le philoprotestantisme l’est de l’autre France. Cependant, il faut noter d’une part qu’une certaine estime envers le protestantisme, une sorte de « pré-œcuménisme », s’exprime parfois dans la France catholique, même si le phénomène demeure marginal et, d’autre part, qu’un courant antiprotestant, certes minoritaire, ira croissant au sein de la France libre penseuse[3]. Cet état d’esprit, aux contours multiples, sera très marqué par l’évolution interne de la France libre. Il apparaîtra toujours comme le contrepoint de l’anticatholicisme omniprésent durant tout le siècle.

1. Un philoprotestantisme polymorphe : d’abord un climat

Le philoprotestantisme est d’abord une atmosphère. Il s’adresse au protestantisme en tant que « religion laïque », porteuse de modernité, rarement aux Églises et aux institutions protestantes. Il se focalise sur des groupes comme les Quakers, les Vaudois ou les Camisards. Il se porte surtout sur quelques figures (souvent marginales du protestantisme) comme l’unitarien américain William Channing et le réformateur antitrinitaire Michel Servet. Mais au-delà des groupes et des individus, le philoprotestantisme s’intéresse principalement au protestant « archétypal ». Dans la France libre, on aime le « Protestant », image de la tolérance et de la vertu.

Entre les décennies 1840 et 1880, dans le « Grand diocèse », cher à Sainte-Beuve, on rencontre ainsi une vaste nébuleuse composée de catholiques libéraux en rupture avec Rome, de chrétiens rationalistes, de théistes, de « théomaniaques », de déistes de diverses obédiences, d’unitariens affirmés ou cachés, de libres penseurs religieux ou de francs-maçons spiritualistes. Tous ont en commun une solide « détestation » de Rome et une inquiétude face à la montée du positivisme, du matérialisme et de l’athéisme. Tous pensent que, sous une forme ou sous une autre, le protestantisme est seul capable d’offrir une réponse à la question religieuse du temps. C’est sans doute le kantien Paul Janet (1823-1899), professeur de philosophie à la Sorbonne, qui théorisera le mieux cette idée :

« Le christianisme a justement prouvé sa supériorité sur toutes les religions de l’univers par sa facilité à s’assouplir à tous les états d’esprit, à tous les états de la société. […] Le christianisme a prouvé la même souplesse en devenant protestantisme. Qui sait s’il n’est pas appelé encore à prendre une troisième forme, et à résoudre le problème religieux de l’avenir par une dernière métamorphose ?« [4]

a) Au-delà de la sympathie, le « para-protestantisme » : tout près, mais pas plus loin

Le philoprotestantisme va très souvent au-delà du simple penchant. Il se transforme en solidarité et intimité avec le protestantisme. On peut parler alors de « paraprotestantisme » ou de « crypto-protestantisme ».

Il est explicite chez Edgar Quinet et Eugène Sue. L’initiateur du roman-feuilleton en France avait très tôt manifesté son philoprotestantisme. Dans Le juif errant, le bon protestant y apparaît comme la victime du machiavélisme jésuite[5]. « Les protestants sont bien présents dans le best-seller du siècle […] Mais il s’agit d’une présence en creux : la famille Rennepont que persécute l’odieux jésuite est d’origine protestante.« [6].

En 1856, Sue publie dans Le National Belge des « Lettres sur la question religieuse »[7]. Elles sont reproduites par une partie de la presse française et éditées en 1857 avec un texte de Quinet. Cependant, avant de se livrer à un éloge du protestantisme, Sue s’adonne à une critique sévère envers les libres penseurs antiprotestants. Ensuite, tous les éléments de la Vulgate philoprotestante sont présents dans son texte :

  • Correspondance entre le protestantisme, les libertés, la démocratie et l’esprit républicain ;
  • Suppression des « trois lèpres » romaines : l’absolutisme de la papauté, la confession et le célibat des prêtres ;
  • Supériorité des états protestants ;
  • Qualités intrinsèques de « l’homme – protestant » ;
  • Morale authentiquement vécue dans les familles protestantes :

« Au résumé, le protestantisme, champ illimité, librement ouvert à toutes les hypothèses, à toutes les affirmations, à toutes les négations individuelles de la raison humaine à l’endroit de l’idée religieuse moderne, et offrant à ceux-là qui, de longtemps encore, ne pourront renoncer à ces superfluités impossibles à improviser de nos jours, à savoir : un culte séculaire, un rit, un symbole, des temples, des pasteurs, le tout connu et expérimenté déjà.« [8].

Sue n’est guère éloigné de Quinet, dans Le christianisme et la Révolution (1845). Ces auteurs, et quelques autres comme les ministres Charles Floquet, Jules Favre et Alexandre Ribot, le fondateur de l’École des sciences politiques Emile Boutmy ou l’écrivain Anatole Prévost-Paradol, expriment l’ambiguïté d’un certain philoprotestantisme. Pour tous, le protestantisme est la moins mauvaise des religions « positives ». Plus Rome apparaît intolérante, plus Genève ressort libérale et moderne. Leur « para-protestantisme » se présente comme un religion du for intérieur pour l’individu et une sorte de religion civile (versus Rousseau) pour la nation.

b) Le cas Michelet

Le philoprotestantisme n’est pas étranger à la (re)découverte de la Réforme. L’avocat Jean-Jules Clamageran, protestant radical note[9] que ce phénomène a pour origine, les travaux de Quinet et de Michelet[10]. Et le futur sénateur inamovible d’affirmer :

« On ne soupçonnait pas qu’il y eût au monde une doctrine religieuse si simple, si conforme au bon sens, en harmonie si parfaite avec les institutions démocratiques« .

Cette sympathie envers la France protestante, ancêtre de la France libre d’aujourd’hui, participe totalement du philoprotestantisme. Elle prendra une forme très particulière chez Michelet : une étonnante identification de l’historien à Luther d’abord, et aux « martyrs » de la France réformée ensuite. Par trois fois, Michelet écrira sur cette « rencontre » avec le réformateur allemand[11] selon l’heureuse expression d’Irène Tieder. D’abord lors de son cours public à la Sorbonne (premier semestre 1834-1835), ensuite lors de la publication des Mémoires de Luther (1835)[12], enfin dans le chapitre Réforme de son Histoire de France[13]. Pour Michelet, Luther sera « source d’enthousiasme dans sa jeunesse, objet de vénération dans l’épanouissement de l’âge mûr, et, toujours fidèle des mauvais jours« [14].

MicheletI voit en Luther un « guide spirituel » plutôt qu’un théologien. Son analyse du réformateur est avant tout « une autobiographie en clair-obscur »[15] de l’historien. Cette proximité avec Luther le place de plein pied en contact avec le protestantisme. Il n’est pas neutre que le grand homme de Michelet fût un protestant. Pourtant la presse protestante réservera un accueil très mitigé aux Mémoires de Luther[16]. Michelet est même accusé d’antiprotestantisme[17].

Dans la décennie 1840, Michelet découvre l’histoire d’une partie de son pays ignorée également de la quasi-totalité des Français non protestants, la « pauvre petite France réformée ». La « Légende protestante » selon l’expression de P. Viallaneix, culmine dans l’histoire « impossible et sublime »[18] des Camisards et dans la résistance du Désert que Michelet pénètre grâce aux travaux de Napoléon Peyrat (1809-1881)[19]. Mais Michelet va plus loin, et à travers toute son œuvre, il se flattera d’avoir « révélé » le protestantisme comme le « parti de l’examen et de la liberté intérieurement identique à la Renaissance et à la Révolution »[20].

Pourtant, d’une certaine manière, Michelet considère que le protestantisme, temps fort de l’histoire de la liberté, est obsolète depuis la Révolution française[21]. A partir de la décennie 1860, son philoprotestantisme devient moins lisible. Lors de l’agonie de son fils à Strasbourg, au printemps 1862, il espère pour lui des obsèques protestantes, mais Charles Michelet meurt « sans aucun doute possible en catholique »[22]. Le père quitte Strasbourg le 11 avril pour ne pas assister aux obsèques catholiques du fils qui décéda le 16.

Depuis le 12 mars 1849, Michelet est remarié avec une montalbanaise Athénaïs Mialaret. Lors du séjour de l’historien à Montauban, à l’occasion d’une maladie de sa belle-mère (qui s’éteindra le 15 novembre suivant), d’avril à octobre 1863, Michelet va lier des rapports d’amitié avec les milieux protestants de la ville, notamment avec Gustave Garrisson (1820-1897), futur sénateur du Tarn-et-Garonne (1882). C’est pourtant lors de ces mois passés dans le sud-ouest que Michelet va rédiger La Bible de l’Humanité[23]. L’ouvrage résume les religions et les doctrines morales les plus élevées de tous les peuples. Chacune a apporté sa pierre à la Bible Universelle. On voit combien Michelet est théologiquement loin du protestantisme, et même du christianisme qui n’apparaît que dans les dernières pages du livre. Aussi, ne peut-on pas parler, pour Michelet, d’adhésion véritable au protestantisme. Il serait plus judicieux de parler de « péri-protestantisme ».

L’importance de Michelet, comme de Quinet, est d’avoir réintroduit les protestants dans l’histoire de France, exalté leur martyrologe, mis en évidence les apports du protestantisme à la modernité, fait découvrir aux français une autre confession que le catholicisme, et contribué à la « légende protestante » en liant Réforme, protestantisme, libertés, démocratie, Révolution et République.

2. Un protestantisme par procuration :

a) mariages, baptêmes et éducation des enfants

Au-delà de ces choix, un certain nombre de libres penseurs a adopté, au moins au niveau social, des usages protestants.

Il existe d’abord un « philoprotestantisme de l’oreiller ». Car le mythe du « bon protestant » se double de celui de la « bonne protestante » supposée excellente ménagère et éducatrice, instruite, dynamique et non soumise à l’influence cléricale que l’on rêve d’épouser. Le pourcentage de protestantes mariées à des libres penseurs est nettement supérieur à la place quantitative qu’elles occupent dans la société française[24]. Cette succession de « hasards de vies privées » ne peut pas ne pas faire sens.[25] Epouser une protestante[26], c’est s’unir à une femme, « instruite et républicaine » et qui « ne va pas à confesse ». Ces mariages protestants, nombreux surtout dans les années 1840-1880 illustrent, entre la libre pensée et le protestantisme, « un temps d’alliance et de combat commun »[27].

Ce « protestantisme sur l’oreiller » est encore renforcé par le fait qu’une large majorité des philoprotestants qui s’unirent à des protestantes, acceptèrent le mariage religieux protestant. Bien sûr, ce geste est privé mais dans le même temps, il signifie, pour la société, que désormais le marié doit être rayé de la comptabilité catholique au profit d’un autre « culte reconnu ». Durant tout le XIX° siècle, le mariage reste un enjeu. La différence de perspective entre le mariage protestant, institution civile, et le mariage catholique, élevé au rang de sacrement depuis le XII° siècle, et donc indissoluble, a sans doute souvent favorisé ce choix. Pourtant, une autre alternative existe avec le mariage civil. Institué en 1792, il constitue le premier élément durable de la laïcisation. Mais ce mariage civil ne fait référence qu’à des valeurs socialement reconnues et non à des principes religieux. C’est pourquoi la double cérémonie à la mairie et au temple constitue une sorte de mariage « civil religieux ». Ils seront plusieurs dizaines à faire ce choix, notamment Ernest Renan[28]. Ce dernier, pour faire plaisir à sa mère, bonne catholique, lors de son union avec Cornélie Scheffer (1833-1894), fille du peintre Henry Scheffer et nièce du pasteur Ary Scheffer, fit même un double mariage religieux, en l’église Saint-Germain-des-Prés, le 11 septembre 1856, et au temple de l’Oratoire, le même jour.

A côté du mariage, le baptême et l’éducation des enfants traduisent également un protestantisme par procuration. C’est le choix de la famille de G. Sand[29].

La romancière est d’abord méfiante. Ce n’est que le 18 mai 1864, que sont célébrés à Nohant, le mariage protestant de Lina Calamatta (1842-1901) et de Maurice Sand-Dudevant (1832-1889), et le baptême de leur fils Marc[30]. La double cérémonie est célébrée par le pasteur Alexis Muston[31]. Quatre ans plus tard, le 15 décembre 1868, un double baptême, celui d’Aurore et Gabrielle, également filles de Lina et de Maurice, eut également lieu à Nohant, administré par le pasteur de Bourges, Félix Guy :

« Oui certainement, faites baptiser les fillettes. Aidez le protestantisme à chasser le catholicisme en province …« [32].

En bonne « mère-grand », George Sand a cherché une confession « sérieuse » susceptible d’offrir un cadre éducatif et moral à ses petits-enfants. Dans le même temps, elle désire que cette option soit publique. Cette démarche est largement motivée par un anticatholicisme virulent. En réalité, il existe entre le couple Dudevant-Sand[33] et George Sand une différence de degré d’attraction pour le protestantisme. G. Sand, malgré ses obsèques catholiques, était restée fidèle à sa religion « personnelle » élaborée à partir des années 1830. Son « péri-protestantisme »[34] demeure typique de l’ambiguïté du philoprotestantisme des libres penseurs, de leur attrait vers le protestantisme mais de leur refus de trop s’y engager en même temps.

b)   Les obsèques

Demeure le cas des obsèques[35]. Là encore, il faut distinguer le rituel de fin de vie terrestre catholique, élaboré autour du sacrement de l’extrême-onction, et les services funèbres protestants avec la présence d’un pasteur. Le salut par la grâce seule, et non par les œuvres ou les actes de piété, rend inutile la célébration d’un rituel protestant pour les morts. Mais les funérailles ont une telle charge symbolique, qu’elles ne peuvent être tout à fait interprétées comme les baptêmes et les mariages :

« L’adhésion, différée jusqu’à la vieillesse, revêt une forme que l’on ne peut qualifier autrement que d’adhésion posthume : le sympathisant ne se donne pas vivant à l’Eglise protestante, il lui confie ses restes mortels, ses os !« [36].

C’est le cas de Taine[37]. Issu d’une famille voltairienne, le jeune Hippolyte fut tour à tour spiritualiste cousinien, panthéiste puis positiviste. Il avait pourtant épousé, le 8 juin, en l’église parisienne des Missions-Etrangères, Thérèse Denuelle, pourtant fille d’un déiste affirmé, le décorateur et peintre Alexandre Denuelle. Avant son mariage, lors de son voyage en Angleterre, en 1860, Taine avait « découvert » le protestantisme. Quelques mois après leurs noces catholiques, le couple Taine fera baptiser ses enfants au temple de l’Oratoire, Geneviève, le 11 mai 1869 et Emile (1873-1911), le 26 mars 1874, tous deux par le pasteur A. Coquerel fils. En 1879, H. Taine rédige une sorte de « testament-manifeste » pour justifier le type d’éducation religieuse de ces deux enfants :

« Après avoir voyagé et étudié, après avoir beaucoup lu et réfléchi, je me suis convaincu que le protestantisme est à la fois la meilleure discipline morale et la doctrine la plus conciliable avec l’esprit« [38].

Dans le même temps, les Taine se déclareront publiquement protestants, « protestants amateurs, pourrait-on dire, mais le terme de protestants parentaux serait plus juste« [39].

L’éducation des enfants est confiée à Roger Hollard (1838-1902), pasteur de l’Eglise libre du Luxembourg (rue Madame). Le choix de ce ministre libriste, évangélique, ami de Pressensé, alors que les Taine sont de cœur avec le protestantisme libéral, n’est pas sans signification. Comme « philosophe spiritualiste », Taine fait le choix du protestantisme libéral, sorte de version pertinente de la libre pensée religieuse. Comme parents, pour donner une éducation véritablement protestante et une « bonne » morale (chrétienne ?) aux enfants, le couple Taine s’adresse à des protestants « purs et durs » si l’on peut dire.

Cependant, là encore, on peut s’interroger sur la nature de cet « engagement » protestant. Celui de Thérèse Taine, devait être superficiel, car devenue veuve, elle rentrera dans l’Eglise romaine, comme l’avait déjà fait, quelques années plus tôt, sa fille Geneviève, au grand dam de son père. Ce dernier semblait se satisfaire de son protestantisme de principe, plus proche des stoïciens que de Calvin. A l’automne 1892, frappé de thrombose et d’hémiplégie, il rédige, avec le pasteur Hollard, ses dispositions mortuaires. Pourtant certains de ses derniers textes laissaient entrevoir un possible retour au sein de l’Eglise romaine. Aussi Maurice d’Hulst (1841-1896), recteur de l’Institut catholique de Paris et tout récent député du Finistère, qui avait échoué à recueillir le repentir espéré de Renan, mort le 2 octobre de la même année, escomptait-il mieux réussir auprès de Taine. Il lui rendit visite, mais en vain. Le pasteur Hollard, par contre, continua à être régulièrement invité au domicile des Taine. Quand l’état d’Hippolyte le permettait, il lui lisait des Psaumes que le malade écoutait les yeux fermés. Taine meurt le 3 février 1893. Selon sa volonté, deux services funèbres protestants seront célébrés, l’un à Paris, à l’Oratoire, par le pasteur Hollard, l’autre à Annecy, avant l’ensevelissement en haut du roc de Chère, colline qui domine le lac d’Annecy. Pourquoi Taine, a-t-il voulu mourir en « visibilité » protestante ?[40]. Paradoxalement, c’est son «adversaire» malheureux, M. d’Hulst qui semble avoir trouvé une conclusion pertinente :

« Cet enterrement protestant qu’il a demandé est une étrange mais respectable inspiration. Trop incroyant pour vouloir de vraies obsèques religieuses, trop ennemi du fanatisme sectaire pour en accepter de civiles qu’on aurait pu comparer à celles de Renan, il a choisi une forme atténuée du christianisme.« [41]

3. Les deux temps forts du philoprotestantisme

a) Ante bellum

Dans les années 1840/1860, la France libre, antiromaine et anticléricale, demeure majoritairement spiritualiste et déiste tandis que les libéraux ont encore la majorité dans le protestantisme. Aussi existe-t-il une grande complicité « idéologique » entre la libre pensée religieuse et le protestantisme (libéral). Cependant cette proximité débouche rarement sur une conversion profonde, les nouveaux protestants de cœur se contentant le plus souvent de faire baptiser leurs enfants au Temple, de les faire éduquer par un ministre ou un pédagogue protestant, et/ou de se faire marier ou enterrer par un pasteur. En effet, les libres penseurs voulaient adhérer à un protestantisme « idéalisé » et n’avaient guère de connaissances sur le protestantisme « réel ». Très tôt, des protestants radicaux avaient noté cette difficulté à l’exemple de l’avocat Jean-Jules Clamageran[42] :

« Je vois autour de moi beaucoup de personnes qui désireraient se faire protestantes en haine du catholicisme. Mais elles ne savent pas au juste ce qu’est le protestantisme ; elles craignent de retrouver dans son sein les superstitions et les intolérances catholiques.« [43].

La France ne se protestantisera qu’à la condition que le protestantismese libéralise. Il faut que le siècle accouche d’une nouvelle Réforme :

« De plus en plus en plus je suis persuadé que le but vers lequel nous devons tendre est celui-ci : transformer le protestantisme par la liberté et fonder la liberté par le protestantisme. »[44]

Las, le nombre de libres penseurs qui se convertirent « en profondeur » au protestantisme libéral demeurera minime. C’est même le chemin inverse qui sera le plus emprunté. Clamageran, lui-même, évoluera vers la religion naturelle.

Chez les évangélistes, on demeurait méfiant vis-à-vis de ce philoprotestantisme. Cependant quelques « orthodoxes » ont cautionné l’idée politique de la protestantisation de la France. C’est le cas du néo-protestant Eugène Rosseeuw Saint-Hilaire (1805-1889), professeur d’histoire à la Sorbonne. Dans un livre de 103 pages, Ce qu’il faut à la France[45], il veut résoudre la « question religieuse« . La France a connu cinq grandes périodes spirituelles :

  • De Clovis à Louis IX, c’est le temps de la «piété militante» ;
  • De la mort de Louis IX à la Pragmatique Sanction de Charles  VII, c’est le moment de la  » piété contemplative » ;
  • Le XVI° siècle est la période de la « piété intellectuelle » ;
  • Le « Grand siècle » est celui du triomphe du catholicisme intransigeant ;
  • Le XVIII° siècle est celui de la « France sans Dieu ».

Aujourd’hui, à côté du renouveau du catholicisme ultramontain, on constate un « progrès bien plus redoutable: c’est celui de l’incrédulité« [46] : « Que faut-il donc à la France » dégoûtée du catholicisme ?

Rosseeuw Saint-Hilaire invite donc la France à faire le pari de l’Evangile. Et l’auteur de conclure :

« Si elle trouve comme nous le protestantisme dans l’Evangile, qu’elle l’adopte alors, dans le plein et viril exercice de sa volonté de peuple adulte, en âge de choisir lui-même la religion qu’il lui faut, et de quitter celle dont il ne veut pas …« [47].

b)   Post bellum

Le conflit franco-allemand va modifier la nature du philoprotestantisme. Le libéralisme a échoué à s’imposer dans le protestantisme français. Le spiritualisme décline rapidement au sein de la libre pensée. A situation nouvelle, stratégie nouvelle. La montée de l’athéisme et du positivisme au sein de la libre pensée rend fragile la position du Dieu des philosophes. Le « théismo-déisme » semble un barrage bien trop frêle face à cette vague. Il est trop intellectuel, trop coupé des masses, sans véritablement tradition pour s’opposer aux négateurs de Dieu. Le protestantisme se manifeste en contrepoint comme une « vraie » religion alliant la force d’une confession authentique, riche de quatre siècles d’histoire, et l’extrême adaptabilité d’une religion laïque. Suite à Vatican I, l’Eglise romaine apparaît comme plus intransigeante. Seule une religion « historique » (et non une religion « inventée ») peut s’opposer et offrir une alternative à l’ultramontanisme dogmatisé. Le contexte mondial justifie également ce choix. La primauté du Royaume-Uni dans le monde, l’essor nouveau des Etats-Unis et la défaite de la France face à l’Allemagne apparaissent comme des victoires du protestantisme. Pour rejoindre le peloton des grandes puissances et préparer le redressement militaire et moral de la France, il faut emprunter à nos voisins le ferment essentiel de leur supériorité, le protestantisme. Ainsi Francisque Sarcey, dans Le XIX° Siècle du 24 décembre 1876 conseille-t-il aux « rationalistes, aux indifférents, aux sceptiques, aux chrétiens qui ne sont que chrétiens, de se ranger tous sous la bannière officielle du protestantisme.« 

Le philoprotestantisme d’avant-guerre décline. Désormais, il s’agit d’adhérer, par stratégie et/ou par conviction au protestantisme institutionnel. Ces appels ne rencontreront qu’un discret écho. On peut chiffrer à quelques centaines les passages à l’acte comme celui d’un agent d’assurances d’Aillant-sur-Tholon (Yonne) « connu pour son antipathie pour le Gouvernement« [48] en 1865, celui, dix ans après du député de l’Aisne, Edmond Turquet (1836-1914)[49] et de sa famille, ou celui de Paul Bouchard, négociant en vins, maire de Beaune et conseiller général de la Côte-d’Or qui va donner à sa conversion un caractère public en faisant publier dans divers journaux sa lettre d’adjuration adressée à François-Victor Rivet, évêque de Dijon. Bouchard va expliciter sa pensée dans ses Lettres d’un Bourguignon[50]. Dans les deux premières Lettres, Bouchard, ce Homais Bourguignon, fustige « l’erreur » des libres penseurs qui, sortis de l’Eglise romaine, « croient par là avoir rejeté toute idée de Dieu« . Dans la troisième, il dénonce l’impossible situation des couples « mixtes » formés par un libre penseur et une catholique. L’auteur condamne les méfaits de la confession et les perversions de la « direction de conscience ».

La solution réside dans le « retour » au protestantisme … par les femmes : « Le catholicisme divise le mari et la femme. Le protestantisme les unit. Faites-vous protestantes pour devenir vraiment chrétiennes« .

Bouchard va envoyer sa dernière Lettre « aux paysans« , groupe social sensé symboliser la France « profonde » et le « bon sens ». Il les remercie d’avoir rallié la République, mais le « cléricalisme » demeure « l’ennemi ». Seuls la République et le protestantisme peuvent sauver les campagnes :

« Quoi de mieux alors que de laisser là cette religion catholique, source de tous les maux pour passer à sa rivale[51] où vous trouvez liberté, indépendance et toutes les satisfactions que peuvent réclamer vos besoins religieux. »[52]

Il est difficile de mesurer l’impact des appels de Bouchard, et plus largement les résultats des campagnes d’immatriculation en province. A Paris et ses environs, la chose est plus aisée à savoir, notamment si le converti est notoirement connu. C’est le cas de la famille Passy qui synthétise l’ancien et le nouveau philoprotestantisme. Ainsi le père, l’économiste Paul Passy, député et membre de l’Institut et sa femme, commencent à fréquenter, à l’automne 1872, le culte de l’Eglise réformée de Neuilly par hostilité envers le « cléricalisme ultramontain » alors que le fils Paul (1859-1940), se convertira en profondeur le 29 décembre 1878, en lisant, affirmera-t-il plus tard, la première Epître de Jean. Protestant de cœur, Paul rejoint la Ligue contre l’athéisme, une des dernières tentatives d’organisation des libres penseurs religieux alors que Paul, quelques années plus tard co-fondera et animera l’Union des Socialistes Chrétiens[53]. Avec le fils, on est passé du philoprotestantisme à une véritable conversion.

c) Reveillaud : de l’adhésion à la grâce

Le plus célèbre converti sera Eugène Reveillaud. Né dans une famille catholique d’instituteurs, marié civilement en 1873, reçu au Grand Orient de France l’année suivante, il entre en contact, après la lecture de Quinet selon ses dires, avec le pasteur de tendance évangélique, Elie Berthe, de Troyes. En juin 1874, il fait enterrer par le dit ministre son premier enfant, mort à quelques jours, puis en mars 1876, baptiser son second fils Jean, le futur chef de cabinet d’Emile Combes. En 1878, il publie un opuscule de 142 pages, au titre explicite, La question religieuse et la solution protestante. Dans la préface, il se présente comme un libre penseur en marge de toute Église « historique » :

« Ceci est une œuvre de bonne foi, mais n’est point une œuvre de foi. L’auteur n’est pas un croyant. Il souhaiterait de l’être.« [54].

La République résoudra, par l’application des principes de 1789, les questions sociale et politique. Demeure, plus pressante que jamais, la question religieuse. La France n’a jamais été aussi encadrée par le clergé romain, et pire « la bourgeoisie française [autrefois] libérale, incrédule, voltairienne ou tout au moins gallicane » a rejoint l’ultramontanisme. Dans le même temps, l’athéisme progresse. Or « l’humanité ne sera jamais matérialiste ni athée ». Les philosophies spiritualistes peuvent satisfaire l’esprit des intellectuels mais pas le cœur des masses. Dans le même temps, l’échec des cultes révolutionnaires, de la théophilanthropie, des utopies sociales religieuses du premier XIX° siècle montrent l’impossibilité de créer une religion nouvelle :

« Restons donc dans le christianisme, et arrachons des mains de nos ennemis pour en faire notre enseigne de ralliement l’étendard du Christ qu’ils se sont appropriés et qu’ils déshonorent … »[55]

Seul le protestantisme permet l’alliance du religieux et de la démocratie. Comme beaucoup d’autres, Reveillaud voit dans la supériorité des états protestants, la preuve de la modernité du protestantisme :

« Une conséquence se tire logiquement de tout ce qui précède : c’est que le protestantisme est la religion qui peut le mieux convenir à nos sociétés démocratiques.« [56]

En effet, Reveillaud croit que tolérance, démocratie et protestantisme sont tellement liés, que si ce dernier devenait majoritaire en France, il ne pourrait devenir « persécuteur« . Dans l’attente, il faut que protestants et libres penseurs apprennent à se connaître. Pour éviter la « crainte de se singulariser« , il faut organiser dans tous les départements des « groupes » de conversion.

Alors que son ouvrage connaît un certain succès (10 éditions), Reveillaud est touché par la grâce, dans la nuit du 13 au 14 juillet 1878. Il se lie avec le pasteur anglais Robert W. Mac All[57] et l’évangéliste écossais George-Th. Dodds[58], fonde et dirige l’hebdomadaire Le Signal, patronne la Société Coligny destinée à favoriser la colonisation protestante haute-alpine en Algérie et assure la fonction d’agent général de la Société des traités religieux. En 1884, il co-fonde l’œuvre des prêtres, destinée à aider les clercs romains à quitter leur sacerdoce. Plusieurs fois conseiller de l’ordre du Grand Orient de France après avoir fait loge buissonnière pendant vingt ans (1878-1898), il n’hésite pas à défendre les missions protestantes contre les brimades d’administrateurs coloniaux un tantinet laïcistes comme Victor Augagneur, gouverneur général de Madagascar. Parlementaire de la Charente-Inférieure, il sera un des artisans de la séparation des Églises et de l’état, combattant le projet Combes tout en cherchant une solution « libérale » au processus[59].

Reveillaud est typique de ces protestants et philoprotestants qui rêvaient de protestantiser la France. Pour cela, il était nécessaire que la question religieuse restât au cœur du débat public. Or, dans le même temps, ils appuyèrent, voire suscitèrent, diverses mesures laïcisatrices qui progressivement cantonnèrent la religion dans la sphère du privé et favorisèrent ainsi l’émergence de la solution laïque.

4. Le philoprotestantisme ne fut possible que dans la guerre des deux France

a) De l’ambiguïté du philoprotestantisme

Des années 1840 à la fin du siècle, le philoprotestantisme restera marqué du sceau de l’ambiguïté. Il ne peut être séparé du regard que la France libre porte sur les religions « positives ». Tant que la France libre demeure spiritualiste, l’idée dominante est, qu’au sein de toutes les religions  coexistent un esprit « religieux » éminemment respectable et une mentalité « cléricale », foncièrement intolérante. Le protestantisme n’échappe pas à cette dualité. Bien mieux, il est la religion où cette ambivalence s’exprime le mieux. Ainsi, la Réforme est source d’obscurantisme et grosse de modernité. Ce « manichéisme théologique » perdure dans le protestantisme d’hier et d’aujourd’hui. Aussi faut-il séparer le bon grain de l’ivraie. Pour justifier ce philoprotestantisme sélectif, on n’hésite pas à nier aux « orthodoxes » leur appartenance protestante. Ces derniers seraient en réalité des catholiques inavoués, des « inquisiteurs biblistes ». Les libéraux sont les seuls véritables protestants authentiques, voire même les seuls chrétiens incontestables. L’idée est de démontrer que christianisme (christianisme = protestantisme = protestantisme libéral) et société moderne ne sont pas antagonistes. Le protestantisme issu de la Réforme a été la religion de la sortie du Moyen Age, le protestantisme libéral d’aujourd’hui peut être la religion de l’avenir. Ensuite, soit cette confession rationalisée servira à faire fonctionnement le système concordataire, soit elle assurera la transition vers la Religion totale et définitive, avant de disparaître en elle. Il faut donc faire en sorte que les libéraux gagnent au sein du protestantisme français le combat doctrinal et ecclésiastique. La très grande majorité de le presse libre penseuse prend ouvertement partie dans les querelles doctrinales et ecclésiastiques protestantes

Cette osmose sera facilitée par le fait, qu’entre philoprotestantisme et protestantisme, existe une nébuleuse « hermaphrodite » de la foi et de la raison qui servira souvent de passerelle entre les deux : théisme chrétien selon le titre d’un ouvrage de Félix Pécaut[60], unitarisme[61] implicite ou explicite, ou Eglise libérale de Ferdinand Buisson.

D’aucuns préfèrent ne pas trier et voir dans le protestantisme en général, la religion de la modernité : « le protestantisme est la porte ouverte à la liberté en matière de foi.« [62]

Le protestantisme est « consubstantiellement » (si l’on peut dire) la religion du temps présent. Sa dialectique interne (Ecclesia reformata quia semper reformanda)le conduit à se réformer perpétuellement. De là à déclarer qu’un protestant même « orthodoxe » ne peut être totalement mauvais, il n’y a qu’un pas. Nous sommes dans le combat manichéen qui se met en place durant tout le siècle : France « catholique » contre France « libre ». Des protestants ont collaboré à cette politique. Ainsi dans les Archives du christianisme[63], le pasteur dissident Ami Bost (1790-1874) publie un appel aux rationalistes pour opposer un front commun aux catholiques. Cette tactique montre que le philoprotestantisme est essentiellement le contrepoint de l’anticatholicisme. Etre solidaire avec le protestantisme, c’est dans le cadre du système concordataire des « cultes reconnus », affirmer le droit de ne pas être de la religion dominante. Il s’agissait, séance tenante, de renforcer le « pôle protestant » pour équilibrer le paysage religieux français. C’est la stratégie qui prévaudra après 1870/1871.

La guerre franco-allemande affaiblira le protestantisme français, mais paradoxe des conséquences, cet amoindrissement contribuera à son renforcement[64]. Le protestantisme français est désormais majoritairement évangélique. Cause et effet à la fois, la presque totalité des protestants radicaux se marginalisera par rapport au protestantisme institutionnel, et passera de la théologie à la politique, à la pédagogie et/ou à la franc-maçonnerie (Buisson, Desmons, Pécaut, Steeg).

Dans le champ du symbolique, il est révélateur de noter que le premier ministère de la « République des républicains » compte cinq protestants sur dix membres, à commencer par son président William Waddington. De là à voir une France protestantisée, il n’y avait qu’un pas allègrement franchi par les Droites. En réalité, il s’agit de la nouvelle forme du philoprotestantisme. On pourrait dire, de manière schématique, que le protestantisme est une sorte de supplément d’âme de la France libre. C’est le moment choisi par d’aucuns pour oser demander aux libres penseurs de se déclarer protestants. Ce sera le « transfert d’immatriculation religieuse« . Face à l’intransigeance théologique, mais également politique, de l’Église romaine, seule une « confession » (et non une religion intellectualisée comme le théisme) peut offrir une alternative crédible. Cette campagne ne recevra qu’un écho minoritaire dans le monde protestant. Ils n’étaient guère nombreux ceux qui, comme Reveillaud, pouvaient « manger gras » le Vendredi Saint au temple maçonnique et criaient « Alleluia » pour célébrer la résurrection de Christ, le dimanche de Pâques dans le temple réformé.

Ce nouveau philoprotestantisme déclinera dans les décennies 1890 et 1900. Il s’était exprimé principalement chez les républicains ferrystes. Or ces derniers perdront progressivement la majorité au sein de la France « libre », au profit des radicaux nettement plus anticléricaux. Les autres éléments sur lesquels reposait le philoprotestantisme vacilleront à leur tour. L’idée que la modernité réside dans les nations protestantes ne résiste pas à la montée de l’anglophobie et à l’esprit de revanche sur l’Allemagne. Enfin, on assiste à un léger fléchissement de l’anticatholicisme, au moment du ralliement d’une partie de l’opinion catholique à la République derrière le cardinal Lavignerie.

En revanche, ante ou post bellum, il existe deux autres motivations permanentes au philoprotestantisme. Etre philoprotestant, c’est d’abord manifester sa bienveillance à la liberté de pensée, au libre examen, à l’aspect rebelle de la pensée protestante. C’est ensuite croire que le protestantisme est un des éléments essentiels de la réussite des nations émergentes du temps (Royaume-Uni, Etats-Unis, Prusse)[65]. Aussi, certains, comme Ernest Renan, Michel Bréal, Gabriel Monod ou l’économiste belge Emile de Laveleye n’hésitent-ils pas à se prononcer pour un « ralliement » de la France (et plus largement du monde latin) au protestantisme, ou à tout le moins à un programme d’instruction publique et morale d’inspiration protestante[66] :

« Ce sera la nouvelle frontière des années Ferry …« [67]

b) Le conflit Renouvier et Fauvety : une disputation symbolique entre un huguenot en rupture avec la religion des ancêtres et un libre penseur en cours de conversion vers un protestantisme affirmé

Né dans une famille jansénisante de Montpellier, Renouvier perd très jeune la foi. Dans les années 1850, il est « saisi par la grandeur du monothéisme biblique« [68]. Si l’on en croit M. Mery[69], au printemps 1871, il est déjà inscrit sur les registres du temple d’Avignon. Dans sa revue, la Critique philosophique (1872-1889), malgré l’échec du Synode de 1872[70], Renouvier explicite  son philoprotestantisme dans un article, le catholicisme, le protestantisme et le criticisme dans le temps présent[71]  :

  • la philosophie peut emprunter au christianisme en matière de doctrine ;
  • une alliance tactique entre philosophie (sous-entendue kantienne) et protestantisme (sous-entendu libéral) est nécessaire ;
  • cette association doit avoir un caractère religieux.

Il préconise donc l’inscription des libres penseurs, et de leurs familles, sur les listes de membres des Églises protestantes. Cette adhésion ne vaut pas conversion. Elle consiste à renforcer la communion protestante, et par là même la France « libre » face à l’Eglise romaine. Renouvier est porté dès janvier 1873, avec le philosophe britannique John Stuart Mill (1806-1873) sur les listes de disséminés du consistoire de Lourmarin. Depuis plusieurs mois, Renouvier est en correspondance avec le philosophe suisse Charles Secretan[72] et en relation avec le pasteur d’Avignon. Il peut être considéré comme un « protestant de cœur »[73] comme il se définit dans une lettre. Cette démarche va se heurter à celle de Charles Fauvety (1813-1894). Issu d’une famille cévenole huguenote, ce libre penseur panthéïsant cherchera toute sa vie à élaborer une Religion laïque. L’ancien directeur de la Revue philosophique et religieuse dont Renouvier fut le principal collaborateur, avait lancé au printemps 1875 l’idée d’une Eglise unitaire[74]. Contre ce projet, la Critique philosophique publie un long article non signé[75] :

  • Les dogmes fondamentaux du christianisme, notamment celui du Dieu personnel créateur, sont préférables aux « entités abstraites » de l’Eglise unitaire.
  • Ceux qui quittent Rome seront « accueillables » au sein du protestantisme.
  • Une Eglise unitaire est inutile.

Fauvety persiste et lance quelques jours plus tard la revue La Religion Laïque. Renouvier riposte[76]. A une religion laïque, il préfère l’alternative d’une confession historique dont la vocation est d’être une « protestation ».

Fauvety, dans sa nouvelle revue[77], va consacrer quatre articles au protestantisme et à ses débats internes de 1872 à 1876[78]. Il y voit la défaite définitive du protestantisme libéral. Ce fiasco rend désormais inefficace l’initiative de Renouvier. Pourtant ce dernier continue sa propagande dans divers numéros de la Critique philosophique,notamment dans un article du numéro du 25 octobre 1877 : « Simple question aux protestants qui ont la foi« .

La polémique reprend avec un très long article de Fauvety paru dans la Religion laïque de novembre 1877[79] :

« Oui, certes, il vaut mieux être protestant que d’être catholique, comme il vaut mieux se gouverner soi-même que d’être gouverné par autrui. Le Protestantisme, c’est la Bible. La Bible interprétée par le libre examen, soit. Mais c’est l’autorité de la Bible succédant à l’autorité du pape et des conciles« [80].

Le protestantisme est bien trop encore une religion positive. Il se réfère toujours au Symbole des apôtres. « Le Credo de la Liturgie protestante diffère à peine de celui des catholiques » et l’adhésion à la Confession de foi est tout aussi « dogmatique » que l’infaillibilité pontificale. Aussi les différences entre le catholicisme romain et le protestantisme « orthodoxe » sont-elles minimes. Demeure le cas du protestantisme libéral :

« Leur erreur est de vouloir rester dans l’Église Réformée de France alors qu’ils ont rejeté, l’un après l’autre, tous les articles de foi de cette église, et de s’obstiner à se croire et à se dire protestants lorsqu’ils ne sont autre chose que des déistes ou des libres-penseurs à tendances religieuses« .[81]

Les protestants libéraux doivent quitter le protestantisme institutionnel et se proclamer exclusivement libres penseurs.

Au printemps/été 1878, le débat se fait à nouveau plus vif. En juillet, Fauvety invite les partisans de la religion laïque à ne pas « disséminer des forces qui devraient au contraire s’unir contre le cléricalisme et l’athéisme« . Il réagit non seulement contre les initiatives de Renouvier, mais également contre celles de Bouchard, Pilatte, Pillon et de Reveillaud. Le mois suivant paraît la réponse de Renouvier[82] : le philosophe affirme qu’il ne faut pas méconnaître « l’importance des traditions religieuses« . Il est donc vain d’espérer voir la naissance ex nihilo d’une religion laïque. Au demeurant « le protestantisme est une religion laïque sans sacerdoce« . Pour lui, le protestantisme a une définition « large ». Il y inclut, outre toutes les tendances du protestantisme, les catholiques libéraux anathématisés par Rome, les libres penseurs ni matérialistes, ni positivistes et les juifs libéraux. Renouvier est d’autant plus marri que l’opposition à son projet vienne « d’un huguenot de naissance » (sous-entendu Fauvety). La réponse de ce dernier paraît dans la Critique philosophique du 26 septembre 1878[83]. Fauvety reprend les antiennes arguments en faveur la Religion Laïque.

Les excuses mirent fin à la disputatio. Puis le combat cessa faute de combattants avec le double échec de la campagne d’adhésion vers 1879-1881 et de la Religion laïque. Organe de la régénération sociale (1879).

Fauvety, désormais proche du gnosticisme, mourra toujours à la recherche d’une hypothétique Religion universelle. Quand à Renouvier, durant la période de sa « dernière philosophie »[84], il peut être encore classé comme théiste chrétien. Mais sous l’influence de Charles Secretan, il adoptera, à partir des années 1884-1886, certains points doctrinaux du protestantisme « orthodoxe » comme la doctrine de la création et le salut par la foi seule. Au niveau administratif, il est porté sur la liste des électeurs protestants d’Avignon mais il est radié au début de l’année 1886 avant d’obtenir du ministre des Cultes sa réintégration quelques mois plus tard[85]. Dans la décennie 1890, les préoccupations religieuses sont très présentes notamment dans les articles publiés dans la nouvelle revue fondée par son ami F. Pillon, L’Année philosophique. Il est  inscrit sur les registres de l’Eglise de Perpignan. « Il y va voter, après le culte, trois fois, par an« [86]. Il développe un personnalisme religieux[87] , sorte de religion du for intérieur. Il approuve Combes, commente avec quelques amis la Bible, demeure en philosophe fidèle aux limites de la « raison pure », se pique de curiosité pour l’essence du judaïsme, ébauche la théorie des « trois mondes » et tente un nouvel essai de justification du mal dans le monde. Si on se réfère à ses Derniers Entretiens[88], Renouvier constate l’échec de la « solution protestante », mais espère toujours dans une Religion laïque, ou plus exactement dans une religion privée, une sorte de laïcité religieuse :

« Notre projet échoua lamentablement. Les libres penseurs préférèrent rester plus ou moins affiliés à l’Eglise romaine que de venir à nous. Serait-il possible en ce moment, de reprendre le même projet ? Je suis convaincu qu’il échouerait encore. […] Est-il insensé d’espérer qu’il serait, en ce moment, possible de grouper, sous le drapeau de la justice, les volontés bonnes de toux ceux qui entendent s’opposer à la fois à tous les cléricalismes, quels qu’ils soient, et à l’athéisme ?« [89]

Typique d’un moment (décennies 1840/1880), s’exprimant dans la guerre des deux France, le philoprotestantisme (et son corollaire l’antiprotestantisme) en est un élément constitutif. Le philoprotestantisme appartient à la « gauche » libre penseuse comme l’antiprotestantisme relève de la droite catholique : être philoprotestant, c’est affirmer publiquement ne pas appartenir à la fois à la France catholique et à la libre pensée positiviste. Le philoprotestantisme est donc plus politique que religieux. Il semble cependant exagéré d’en faire une idéologie à part entière. Il fut avant tout une atmosphère, un espoir flou et fou de résoudre la question religieuse, puis une tentative de constituer une religiosité laïque. Cet état d’esprit fut malmené dans les années 1895-1905. Cependant le clivage des deux France, notamment avec l’affaire Dreyfus et le combat pour la Séparation seront toujours assez forts pour que, très majoritairement, libres penseurs et protestants demeurassent cahin-caha dans le même camp. Cependant, ce climat philoprotestant ne se répétera pas. Il perdurera sous d’autres formes. N’est-il pas symbolique de trouver à l’origine de l’Union de libres penseurs et de libres croyants (1907) un fort noyau de protestants « marginaux » (G. Bonet-Maury, F. Buisson, P. Passy, M. Vernes) ou de philoprotestants (F. Brunot, J. Leclerc de Pulligny) ?


Notes :

[1]Cet article est le résumé du chapitre V d’un diplôme post-doctoral en préparation à l’EPHE-Paris-Sorbonne, sous la direction du professeur Jean Bauberot : « L’ultra-gauche de Dieu (milieu du XIXe siècle : de la libre pensée religieuse et de Charles Fauvety (1813-1894). Essai d’analyse croisée d’une mouvance idéologique et d’un parcours individuel » (projet présentement en sommeil).

[2]Selon la terminologie du jurisconsulte Portalis, ministre des Cultes, cité par Claude Langlois, Philosophie sans impiété et religieux sans fanatisme : Portalis et l’idéologie du système concordataire in Ricerche di storia sociale e religiosa, 1979, 15-16, p. 35-57.

[3]Cf. Sacquin Michèle, Entre Bossuet et Maurras. L’antiprotestantisme en France de 1814 à 1870, Paris, Ecole des Chartes, 1998 ; Bauberot Jean & Zuber Valentine, Une haine oubliée. L’antiprotestantisme avant le pacte laïque (1870-1905), Paris, A. Michel, 2000.

[4]Revue des Deux-Mondes, 1868/3, p. 377, 378-379 & 379.

[5]En 1843, Michelet et Quinet publient Les Jésuites (Paris, Hachette ; autre édition, Paris, au comptoir des imprimeurs–unis), le premier reprenant ses leçons au Collège de France, le second dénonçant le « pharisaïsme chrétien ». Sur l’antijésuitisme, voir Girardet Raoul, Mythes et mythologies politiques, Paris, Le Seuil, 1986 ; Leroy Michel, Le Mythe jésuite, de Béranger à Michelet, Paris, PUF, 1992.

[6]Sacquin Michèle, 1998, op. cit., p. 400.

[7]Sue Eugène, Lettres sur la question religieuse en 1856, précédées de considérations sur la situation religieuse et morale de l’Europe par Edgar Quinet, Bruxelles 1857.

[8]Op. cit., p. 80.

[9]De l’état actuel du protestantisme en France in La Revue de Paris, 1er et 15 janvier 1857.

[10]Viallaneix Paul, Michelet, la réforme et les réformés in Bulletin de la Société de l’Histoire du Protestantisme Français, 1977/2, p. 204-217 ; item. Michelet, Quinet et la légende protestante in Les protestants dans les débuts de la Troisième République, 1979, op. cit., p. 79-89.

[11]Sur ce sujet, voir Tieder Irène, Michelet et Luther. Histoire d’une rencontre, Paris, Didier, 1976 (Nanterre, thèse d’Uni. Lettres, 1974).

[12]Mémoires de Luther, écrits par lui-même, traduits et mis en ordre par M. Michelet, Paris, Hachette, 1835.

[13]La rédaction de l’Histoire de France devait inévitablement conduire Michelet à écrire sur le protestantisme. L’édition originale comprend 17 volumes parus entre 1833 et 1867 d’abord chez Hachette, puis chez Chamerot. Ceux qui intéressent notre sujet sont donc les tomes VIII (Réforme, Paris, Chamerot, 1855), IX (Guerres de religion, Paris, Chamerot, 1856), X (La Ligue et Henri IV, Paris, Clamerot, 1856) et XIII (Louis XIV, Paris, Chamerot, 1860).

[14]Tieder Irène, 1976, op. cit., p. 190.

[15]Pour reprendre le titre de l’article d’Irène Tieder, in Images de la Réforme, op. cit., p. 79-90.

[16]Cf. Tieder Irène, 1976, op. cit., p. 135-144.

[17]Cf. par exemple le Bulletin littéraire. Revue critique de tous les livres nouveaux, Paris & Genève, A. Cherbliez & Cie, n° 10, octobre 1835.

[18]Histoire de France, t. V, ch. 12, p. 62.

[19]Cf. Philippe de Robert et Patrick Cabanel éd., Cathares et Camisards. L’œuvre de Napoléon Peyrat (1809-1881), Montpellier, Presses du Languedoc, 1997.

[20]Histoire de France, t. VIII, p. 71.

[21]Cf. A.Gérard, Le thème de la Révolution-Religion dans l’historiographie républicaine de Michelet à Mathiez in Libre pensée et religion laïque en France, Strasbourg, 1980, p. 12-25.

[22]Fauquet Eric, op. cit., p. 402.

[23]Paris, Chamerot, 1864.

[24]1, 2 % environ.

[25]Cabanel Patrick, op. cit., 2000, p. 55.

[26]Lalouette Jacqueline, Epouser une protestante : le choix de républicains et de libres penseurs au siècle dernier in Bulletin de la Société de l’Histoire du Protestantisme Français, avril-juin 1991, p. 197-231.

[27]Lalouette Jacqueline, op. cit., 1991, p. 229.

[28]Sur ses rapports avec le protestantisme, voir Jean Baubérot, Renan et le protestantisme, in Mémorial Renan, Actes des colloques de Tréguier, Lannion, Perros-Guirec, Brest & Rennes, Paris, H. Champion, 1993.

[29]Chevereau Anne, George Sand, du catholicisme au paraprotestantisme, Paris, l’auteur, 1988. Préface de Jean Baubérot.

[30]Marc meurt quelques semaines après le 21 juillet 1864. Le lendemain, il est enterré à Guillery. La cérémonie était présidée par Jules Molines, pasteur à Nérac.

[31]Né dans les Vallées vaudoises italiennes, Alexis Muston (1810-1888), après des études à Lausanne et à Strasbourg, sera pasteur de Bourdeaux (Drôme) pendant 48 ans. Egalement officier de santé, homéopathe, botaniste, radiesthésiste, géologue, sa renommée franchit les limites de la Drôme. Républicain, historien, écrivain en français et en provençal, aquarelliste et dessinateur, il est en relation avec T. Aubanel, A. Dumas, V. Hugo, J. Michelet, F. Mistral, A. de Vigny et bien sûr G. Sand.

[32]G. Sand, Correspondance, XXI, op. cit., p. 145, Lettre du 9 septembre 1868 à son fils Maurice.

[33]Education religieuse d’Aurore et Gabrielle par leur mère en correspondance avec le pasteur G. Leblois, obsèques protestantes pour Maurice en 1889 et pour sa fille Aurore Lauth-Sand en 1961. On notera cependant que Lina Dudevant-Sand sera enterrée civilement en 1901, et sa fille Gabrielle Palazzi-Sand se convertira au catholicisme sur son lit de mort en 1909. Bel exemple encore de « migrations idéologiques » intra-familiales.

[34]Chevereau Anne, op. cit.. p. 307.

[35]Comme Emile Boutmy, Jules Favre ou Francisque Sarcey.

[36]Robert Daniel, Les intellectuels non-protestants dans le protestantisme des débuts de la Troisième République in Les Protestants …, Colloque 1978, op. cit., p. 92. Dans ce même article, l’auteur s’interroge sur le sens intime de cette démarche : « L’on peut, bien évidemment, se demander pourquoi cette adhésion du cadavre, et non de la personne vivante ; et même, me semble-t-il, se poser la question suivante, si irrévérencieuse qu‘elle puisse être : l’adhésion posthume ne serait-elle pas un indice de matérialité, de croyance excessive en l’importance du corps ? a-t-elle donc un caractère véritablement chrétien ? Très certainement du moins, ceux qui ont choisi cette forme d’adhésion « posthume » n’avaient pas, eux, envisagé les choses sous un tel angle, ils ont cru, eux, honorer ou renforcer le protestantisme, cela ne présente aucun doute !« 

[37]Evans Colin, Taine, essai de biographie intérieure, Paris, Librairie Nizet, 1975 & Léger François, Monsieur Taine, Paris, Critérion, 1993.

[38]Cité par Wiarda Rein, Taine et la Hollande, Paris, Droz, 1938 & Léger François, op. cit., p. 476.

[39]Léger François, op. cit., p. 477.

[40]En tout état de cause, la presse protestante s’est réjouie de ce choix posthume. Ainsi Le Christianisme du XIX° siècle consacrera pour moitié deux numéros aux funérailles d’H. Taine, les 2 & 9 mars 1893, publiant dans ce dernier le discours du pasteur Hollard.

[41]Baudrillart Alfred, Vie de Mgr Hulst, Paris, 1912-1914, t. 2, p. 504.

[42]Cf. Girard Louis, Jean-Jules Clamageran in Les protestants …1978, op. cit ; p. 175-181.

[43]Correspondance (1849-1902), Paris, Alcan, 1906, avec une préface de Roger de Félice, Lettre du 31 mai 1856, p. 131.

[44]Correspondance, op. cit., Lettre du 25 janvier 1861.

[45]Paris, Dentu, 1861.

[46]Op. cit., p. 90.

[47]Op. cit., p. 102-103.

[48]Cas cité par J. Lalouette, 1991, op. cit., p. 228.

[49]Conversion éphémère car le député ferryste va se rallier à Boulanger. Vice-président de la Ligue des Patriotes en1888, membre de la Ligue antisémite en 1897, administrateur de La Libre Parole de Drumont, antidreyfusard, Turquet va se convertir au catholicisme intransigeant et siéger au Comité Justice-Egalité des Pères de l’Assomption.

[50]Aux citoyens de sa petite ville, simple lettre d’un bourguignon, 1877 ; Aux 363. La Servitude volontaire, seconde lettre d’un bourguignon, 1877 ; Dieu et la Patrie, troisième lettre d’un bourguignon, 1878 ; A Léon Gambetta. Quatrième lettre d’un bourguignon, 1879. République et catholicisme, 1880. Les cinq Lettres ont été publiées, à Paris, chez l’éditeur protestant G. Fischabacher, un des membres du « groupe » Pilatte-Renouvier.

[51]La brochure présente les « formalités à remplir pour se faire immatriculer avec sa famille dans les cadres du Protestantisme : Ecrire au Pasteur de la paroisse la plus voisine pour lui demander d’inscrire sur le registre paroissial tel et tel dont on lui donne les noms, l’âge, etc.

Quant à la question du culte qui est entièrement gratuit, elle est laissée à la conscience et aux besoins de chacun. Commençons par nous arracher avec nos familles au joug romain. Avant de mourir, plaçons nos enfants dans un milieu favorable à la vie ».

[52]Op. cit., 1880, p. 15-16.

[53]Cf. J. Baubérot, Le christianisme social français de 1882 à 1940 : évaluation et problèmes in Revue d’histoire et de philosophie religieuse, Strasbourg, 1987/1, p. 37-63 & 1987/2, p. 155-179.

[54]Op. cit., Préface,p. 5.

[55]Op. cit., p. 65.

[56]Op. cit., p. 90.

[57]Robert W. Mac All (1821-1893) est le fondateur de la Mission évangélique populaire de France (1879) qui comptera à sa mort 136 « salles » où l’on prêche, chante des cantiques, prête des livres, dispense des soins médicaux et des conseils d’hygiène, donne des cours d’alphabétisation et d’enseignement primaire ou distribue des repas.

[58]Reveillaud Eugène, Un missionnaire écosssais en France, G.-T. Dodds, sa vie et son œuvre d’après l’ouvrage anglais du Dr. H. Bonar, Paris, Grassart, 1885.

[59]La séparation des Eglises et de l’Etat, précis historique, discours et documents, Paris, Fischbacher, 1907.

[60]De l’Avenir du théisme chrétien considéré comme religion, Paris, 1864.

[61]Cf. la sympathie que la France libre porte à Channing.

[62]Vacherot Emile, in La Revue des Deux-Mondes, 1870/2, p. 852.

[63]26 janvier et 23 février 1856.

[64]Sur cette problématique, voir Cabanel Patrick, Protestantisme, République et laïcité en France (1860-1910), mémoire pour l’habilitation à la direction de recherches, Paris IV, 1999 & Les protestants et la République, Bruxelles, Ed. Complexe, 2000.

[65]Sur ce thème, voir J. Baubérot et V. Zuber, op. cit., p. 153-169.

[66]C’est la conclusion notamment du livre de Gabriel Monod, Allemands et français, 1872 : il faut apprendre à lire et à éduquer moralement le peuple français, mal préparé dans cette double obligation, par l’Église romaine.

[67]Cabanel Patrick, , op. cit., 2000, p. 52.

[68]Op. cit., t. 2, p. 489.

[69]Op. cit., t. 1, p. 488.

[70]Lassé par les discordes doctrinales et ecclésiastiques des réformés, le régime impérial avait fini par autoriser la tenue d’un synode général qui ne pourra pas se tenir à cause de la guerre de 1870-1871. En définitive, l’assemblée générale se tient en 1872. Par 61 voix contre 45, une Déclaration de foi est adoptée, mais les libéraux refusèrent de se soumettre (cf. Bersier Eugène, Histoire du synode général de l’Eglise Réformée de France, Paris, 1872). Dans la Critique philosophique (1872, t. 2), Renouvier se déclare déçu par cette unité de façade, comprend le besoin de mieux définir une religion (il critique les évangélistes d’avoir accepté un texte doctrinal flou et ambiguë), et reproche aux libéraux de réduire leur foi à une simple « morale chrétienne ».

[71]1873, t. II, p. 145-155.

[72]Charles Secretan (1815-1895), professeur de philosophie à Lausanne, puis à Neuchâtel, fondera en 1837 la Revue Suisse qui sera pendant plusieurs décennies l’organe principal du mouvement intellectuel suisse francophone.

[73]Lettre du 10 février 1886 au pasteur REY.

[74]« Notre Église s’appelle unitaire pour affirmer à la fois son monothéisme philosophique et continuer le développement de l’idée religieuse dans la série chrétienne, dont l’unitarisme a été regardé jusqu’ici comme la forme la plus libre te la plus avancée » (La Religion laïque, numérospécimen, juin 1876, p. 11 & 12.

[75]1875, t. 2, p. 305-320, Ce que l’on ne peut pas faire, ce qu’on peut faire, ce qu’il faut faire, pour rompre avec le papisme. Presque tous les « renouvistes » dont M. Méry attribuent ce texte à Renouvier.

[76]Critique philosophique, 1876, t. 2, p. 51-54.

[77]La Religion laïque, août 1876, p. 38-39 : Où en est le protestantisme français ?, septembre 1876, p. 95 : Le protestantisme libéral & p. 109-111 : La protestantisme libéral; novembre 1876, p. 221-226 : Où en est la question protestante ?

[78]Sur l’année 1876, voir Encrevé André, Les deux aspects de l’année 1876 pour l’Église réformée de France in Les Protestants dans les débuts de la troisième république, op. cit., p. 371-410.

[79]A nos coreligionnaires. Réponse à la question s’il faut se faire Protestants ?, p. 67-72.

[80]Op. cit., p. 67/68.

[81]Op. cit., p. 69.

[82]Critique philosophique, 1878, t. 2, p. 57-64.

[83]P. 138-143.

[84]Cf. Philosophie analytique de l’histoire. Les idées, les religions, les systèmes, Paris, E. Leroux, 1896-1897; avec Louis Prat, La Nouvelle monadologie, Paris, 1899; Uchronie…, esquisse historique apocryphe…, Paris, Alcan, 1901.

[85]Les pièces de cette affaire sont reproduites en appendice in Méry Marcel, op. cit., t. 1, p. 738-741. Des extrais d’une lettre datée du 10 février 1886 illustrent assez bien la position de Renouvier : « …Ces phrases et d’autres que j’omets sur les mérites du protestantisme, son passé, les cruelles persécutions qu’il a subies, son avenir pour le salut de la France et de la démocratie, n’équivalent peut-être pas à un acte formel d’adhésion à une communion religieuse. Mais, depuis cette époque, j’ai fait de nombreux actes publics et privés de cette nature. J’ai fait ce qu’on appelle une campagne dans la presse en faveur de la protestantisation officielle des catholiques de nom ou de naissance, protestants de cœur ; j’ai soutenu les polémiques à ce sujet ; j’ai donné l’exemple comme protestant, en soutenant les œuvres protestantes, en contribuant matériellement pour l’Eglise, le culte, les pauvres, enfin en appelant le pasteur pour mes cérémonies de famille, dans mes afflictions, et toutes les fois qu’une manifestation religieuse m’a été demandée, tandis que je n’ai jamais mis le pied dans une église catholique …« .

[86]Méry Marcel, op. cit., t. 2, p. 498.

[87]Cf. Méry Marcel, op. cit., p. 430-478.

[88]Recueillis par Louis Prat, Paris Librairie J. Vrin, 1930, p.101-107.

[89]Si l’on en croit Louis Prat, cet entretien, a été recueilli le 31 août 1903, de 21 heures à 23 heures. Le lendemain, 1er septembre, à 8h 45, « sans agonie et presque sans souffrance« , Charles Renouvier meurt. Il est enterré à Prades. Le pasteur de Perpignan, Achille Araud, préside ses obsèques.

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