De l’Eglise libérale de Neuchâtel de Ferdinand Buisson (1869)

0000000041L-780x1024-1398336053Avec des variantes, Ferdinand Buisson (1841-1932), futur directeur de l’enseignement primaire (1879-1896) a toujours peu ou prou pensé que le protestantisme historique, s’il allait au bout de sa démarche réformatrice, en rejetant le dogmatisme qui le stérilise, serait le modèle d’une religion laïque ou d’une « foi » laïque, sociale et citoyenne. Une de ses premières tentatives se fit à la marge du protestantisme institutionnel.

Né à Paris en 1841, dans une famille revivaliste de la «Chapelle Taitbout», le jeune Ferdinand[1] fait des études secondaires à Argentan et à Saint-Etienne. Orphelin de père à seize ans, il quitte le lycée, s’installe à Paris où tout en donnant des leçons, il achève seul ses études. Licencié es lettres (1862), puis agrégé de philosophie (1868), il refuse le serment à l’Empereur et doit s’exiler en Suisse. Très tôt, Buisson intervient dans les controverses internes au protestantisme francophone. A 23 ans, dans sa «lettre»[2] à Eugène Bersier (1831-1889), alors pasteur de la «Chapelle Taitbout» et principal collaborateur de Revue chrétienne, Buisson s’élève au nom de «l’Evangile et de la liberté» contre la nécessité d’une confession de foi. Il y défend également Athanase Coquerel fils dans ses démêlés avec le consistoire de Paris. Ferdinand Buisson est alors protestant libéral depuis quelques mois. En 1865, il développe ses idées dans une brochure Le Christianisme libéral[3] dans laquelle il affirme que la foi est une «sorte de commotion salutaire de la conscience au contact de Jésus et de sa parole». A partir de 1866, il occupe la chaire de philosophie à la nouvelle Académie de Neuchâtel. En sus de ses fonctions professorales, Buisson déploie une intense activité intellectuelle. Il écrit de nombreux articles, commence sa thèse sur Sébastien Castellion, mais surtout entreprends un vaste chantier de rénovation religieuse. A partir d’une critique pédagogique (la nocivité intellectuelle et morale de l’enseignement littéral de l’histoire sainte dans l’instruction primaire)[4], Ferdinand Buisson s’engage dans une vive controverse avec le protestantisme «orthodoxe»[5], prône la séparation des Églises et de l’État et milite pour une Église libérale ouverte à tous.

Le 3 février 1869 paraît Le Manifeste du christianisme libéral[6]. Le texte invite à la fondation «d’une Église libérale, gardant la substance morale du christianisme, sans dogmes obligatoires, sans livres infaillibles et sans autorité sacerdotale» :

manifeste_ferdinand_buisson_et_amis«C’est par le protestantisme qu’a été ébauchée au XVIème siècle, et développée au XIXème siècle, la notion d’une société à la fois profondément religieuse et entièrement libérale. Aussi plus qu’aucune autre Église nationale ou dissidente, revendique-t-elle hautement le droit de se dire la fille aînée de la Réforme et même la seule fille légitime, la plus protestante de toutes les Églises protestantes, la plus réformée de toutes les Églises réformées. Mais le vrai protestantisme, ainsi entendu, n’est plus une secte, c’est une religion qui garde tout ce qu’ont de bon toutes les religions particulières sans garder leur particularisme. Aussi cette forme moderne et définitive du protestantisme que nous nommons Eglise libérale, tout en se présentant aux catholiques et aux protestants, comme l’expression du christianisme pur, peut-elle en même temps se présenter aux juifs, comme le développement de leur religion…».

C’est donc dans l’héritage de la Réforme et au sein du protestantisme (largement revu et modifié[7]) que Ferdinand Buisson veut placer son initiative. D’ailleurs, l’exilé de Neuchâtel se réfère aux philosophes Herder et Lessing, et aux théologiens allemands Baur, Bunsen, Schleiermacher et Strauss[8]. Il veut inscrire «sa» création dans le mouvement perpétuel, consubstantiel au protestantisme, qui depuis la Réforme[9] cherche à remettre cette dernière «dans les voies d’où elle a été détournée presque à son début»[10]. Cette volonté à pris deux routes. La première, celle des Eglises rationalistes (Freien Gemeindein) d’Allemagne, a conduit à un échec. La seconde s’est développée en «Allemagne» d’abord, puis dans le Royaume-Uni, aux Etats-Unis (Channing, Parker), en France (Samuel Vincent) et surtout en Suisse, notamment à Zurich[11]. Elle veut transformer l’Église au nom et en référence aux principes de l’Évangile et de la Réforme. L’érection de l’Église de Neuchâtel n’est donc pas un cas isolé, mais un jalon d’une entreprise de réforme constante plus vaste. Le projet est ambitieux et rebelle :

«… Une Eglise sans sacerdoce,

Une religion sans catéchisme,

Un culte sans mystères,

Une morale sans dogmatique,

Un Dieu sans système obligatoire.

Nous essayerons de montrer qu’il est possible et qu’il est urgent d’opposer à l’orthodoxie intolérante, une association fondée sur ces bases et aussi religieuse et libérale…»[12].

 

Son Église se fixera de rappeler à chacun «le devoir du travail, de l’effort et de la réflexion personnelle… ». Pour ce chantier, Ferdinand Buisson cherche soutiens et appuis. Son Manifeste se termine par une résolution demandant la séparation des Églises et de l’Etat, par l’annonce de la constitution de la dite Eglise libérale et de l’Union pour le Christianisme libéral. Un hebdomadaire L’Emancipation est lancé le 7 mars 1869.

La correspondance de Buisson durant ces semaines exaltantes pour lui, permet d’éclairer ou de nuancer la thématique dominante du Manifeste. Il s’agit de créer une Église, et non une société religieuse, à la fois quelque peu revivaliste et franchement rationnelle :

«Le problème à mon sens, c’est de trouver le moyen de produire avec la vérité nue, avec les seules forces de l’impératif (impersonnel ou personnel) et sans autre condition que la solidarité (de là mon attachement à l’idée d’une Église), de produire, dis-je, par ces seuls moyens les mêmes et tragiques effets moraux que vous obtenez avec le secours de Dogmes ? Miracles ? Révélations ? Etc.

 Il faut que le rationalisme ait ses mômiers, et j’en suis, ses méthodistes, ses mystiques, ses héros et ses martyrs spirituels…»[13]

La création de cette Église en Suisse, ne laissa indifférents, en France, ni les protestants, ni les libres penseurs. Qui allait la reconnaître pour sienne ? Ou l’anathématiser ?

Il va sans dire que l’initiative de Buisson fut contestée par la libre pensée matérialiste[14] et condamnée par les protestants évangéliques et même par des libéraux[15]. Les radicaux ne sont pas tous enthousiastes. C’est le cas d’Athanase Pellissier et, dans un premier temps, de Joseph Martin-Paschoud qui se déclare «profondément surpris et affligé », dans une lettre datée du 17 février 1869. Il déplore notamment cette «singulière Église » ouverte à tous. C’est le principal reproche fait à Buisson par les protestants radicaux (Dide, Gaufrès, Goy, Pécaut). Les soutiens apportés à Ferdinand Buisson viendront à part égale, de la libre pensée religieuse et du radicalisme protestant. Néanmoins, en provenance de l’une ou l’autre mouvance, ils demeureront ultra-minoritaires et souvent assorties de réserves.

De la première, sont venus les appuis des pasteurs Athanase Coquerel fils[16] et Albert Reville[17], sans compter ceux de protestants suisses comme André Cherbuliez (1795-1874), professeur à l’Académie de Genève et de quelques ministres de l’Église néerlandaise wallonne comme le pasteur de Leeuwarden, A. Van Hamel.

Le cas du philosophe Charles Secretan, professeur de philosophie à l’Académie de Lausanne est plus ambigu. Il ne donnera jamais son adhésion publique au Manifeste mais il publiera dans l’Emancipation un très long article La religion de la conscience[18]. Selon les conclusions de S. Tomei, cette contribution substantielle «peut difficilement passer pour autre chose qu’une caution».

D’autres adhéreront avec des «divergences d’idées» comme l’écrit le pasteur Jules Steeg :

«Le nom de Jésus Christ que vous proclamez résolument comme l’initiateur de la seule vraie religion, comme le modèle des hommes, comme le maître spirituel, m’est une garantie suffisante, et m’autorise à encourager de mes faibles efforts, votre utile entreprise»[19].

Il en sera de même pour les pasteurs Ernest Fontanes, Félix Pécaut[20] et Pierre Goy. Mais des protestants radicaux furent plus réticents. C’est le cas, cité plus haut, de Martin-Paschoud qui déplore, dans un premier temps, l’admission de panthéistes et d’athées dans l’Église de Neuchâtel[21].

L’initiative de Ferdinand Buisson reçut également l’appui d’un certain nombre de protestants suisses, notabilités politiques de leur pays, qui firent fonctionner des comités locaux ou cantonaux de l’Union du Christianisme libéral. Le plus dynamique fut celui du canton de Neuchâtel. Son président sera le géologue et naturaliste Edouard Desor (1811-1882), alors conseiller national, assisté comme vice-président d’Eugène Borel (1832-1892), également conseiller national, futur ministre et cocréateur de l’Union postale universelle[22].

Du second courant, sont issus l’ancien député de l’Yonne, Victor Guichard, Charles Dollfuss, «directeur de l’ancienne et si regrettable Revue germanique », le futur sénateur inamovible Léon Laurent-Pichat et quelques libres penseurs plus obscurs comme le capitaine Jolivalt, de Saint-Etienne.

Le philosophe Emile Vacherot est également très enthousiaste :

«Ai-je besoin de vous dire que votre programme sur les principes du christianisme libéral est entièrement de mon goût et que votre œuvre de généreuse propagande à toutes mes sympathies ? Inscrivez-moi donc, parmi les plus fervents, sinon parmi les premiers amis de votre grande Église…»[23].

Sans «s’approprier personnellement toutes les idées émises dans le Manifeste…»[24], Charles Ritter, professeur au Collège de France, s’y associe «de cœur». Edgar Quinet trouve l’initiative intéressante, mais invite Ferdinand Buisson à ne pas se tromper d’adversaire :

«Il y a quinze ans, frappé du danger que le catholicisme fait courir à la raison et à la liberté, j’adjurais les peuples catholiques de sortir de l’Église romaine ; et pour cela, toutes les voies me semblaient bonnes […] Tel était mon point de vue, il y a quinze ans ; tel il encore aujourd’hui […] Puisse surtout votre exemple servir à notre malheureuse Patrie»[25].

Le même jour, dans le Mémorial d’exil[26], madame Quinet se réjouit qu’un jeune homme appelé à un brillant avenir mette en œuvre les idées développées par son grand historien de mari. Elle déplore cependant que le combat se passe en Suisse et non à Paris :

«Quel bonheur de voir un des nôtres prendre en main la cause de la libre pensée, de la Raison et porter une parole intrépide au nom des Jeunes Générations ! C’est une vraie consolation pour l’auteur de la Révolution Religieuse de penser que les questions religieuses, si dédaignées par une partie de la Démocratie passionne des esprits jeunes et militants qui cherchent à la vivifier, à l’identifier avec la morale et avec la lumière ! Mais ces Conférences de M. Buisson, faites à Genève ne sont pas là à leur vraie place. Paris, la France, voilà le terrain qu’il faudrait fortifier, y semer la bonne parole…».

Le lendemain, Edgar Quinet envoie une nouvelle lettre pour expliciter sa pensée. L’ennemi, c’est Rome, pas le protestantisme même «orthodoxe» :

«N’oublions jamais que les Réformateurs du XVIème siècle ont arraché la moitié de l’Europe au servage de la papauté qui pèse encore sur nous. En les combattant n’oublions pas qu’ils ont été nos sauveurs […] En un mot, ce sont non pas nos ennemis, mais des ancêtres. Voyez le Syllabus, le prochain concile. Voilà où est l’ennemi».

Et Quinet d’ajouter :

«Pensez qu’après tout, vous avez mille points communs avec ceux que vous réfutez. La liberté est entre vous ; elle vous unit au moment où vous êtes divisés».

Est-ce pour ces raisons que Quinet refusera de faire partie du bureau de la nouvelle Union ?

D’autres y adhéreront, mais pour des motivations très diverses. Ainsi Jules Barni, en exil, en, Suisse comme Ferdinand Buisson dit «applaudir» à cette entreprise et déclare, aux initiateurs du projet, donner «la main comme à d’utiles auxiliaires de la philosophie, ou plutôt comme à de vrais philosophes, qui travaillent à la fois à l’émancipation intellectuelle et morale de l’humanité»[27].

C’est, sans doute, sur les mêmes présupposés, que le Manifeste sera ratifié par quelques défenseurs de la Morale indépendante comme le «massolien» Montagu :

«Je me suis empressé […] de faire adhésion […] à l’œuvre que vous entreprenez, œuvre qui me paraît éminemment rationnelle»

Paul Bouchard, dont nous avons déjà beaucoup parlé, sans se prononcer sur le Manifeste, publie dans l’Emancipation n° 7 le testament d’un «chrétien libéral». Le philosophe Paul Janet, il semble dire à Buisson, parodiant Sade, de faire encore un effort pour être totalement «rationaliste» :

«Ouvrez-moi au contraire, un temple où sans abdiquer la philosophie, je puisse trouver une source de piété et de religion vivante : voilà un but qui vaut la peine d’être poursuivi ; et c’est dans ce sens que je ne saurais trop vous engager à tourner tous vos efforts…»[28].

Quant à Emile Littré, il publie le Manifeste dans la Revue de philosophie positive de juin 1869, qu’il commentera dans un article, très critique, conclu de manière lapidaire et condescendante :

«Regardons et instruisons-nous».

Sans y adhérer Riche-Gardon se montre «intéressé». Carle suit, avec des réserves «doctrinales», le projet avec sympathie[29]. Charles Fauvety demeure dubitatif et Jules Simon, observateur intrigué. La Revue des Deux-Mondes, sous la plume d’Albert de Broglie, salue les efforts de ce projet susceptible de vivifier une théologie protestante authentique français.

Hugo et Michelet, pourtant si prompts à parrainer toutes les initiatives libres penseuses, se contentent de vagues encouragements et Sainte-Beuve se déclarera hostile.

Chacun voyant midi à sa porte, diverses associations unitariennes (John James Tayler, au nom de la Free Christian Union ; Charles Lowe, secrétaire du comité de l’Association Unitaire américaine ; Alexius Nagyl, au nom du consistoire de la communauté unitaire de Hongrie, reconnaîtront comme une des leurs, l’Église de Buisson.

 

Mais à qui Ferdinand Buisson destinait-il son organisation ? Selon sa propre définition, l’Église libérale était «ouverte à tous ceux qui sont d’accord, comme hommes, à entreprendre vigoureusement le travail de leur commune amélioration spirituelle, sans s’informer si, comme savants, comme philosophes, comme théologiens, ils professent le théisme, le panthéisme, le supranaturalisme, le positivisme, le matérialisme ou tout autre système [30]. S’il se trouvait même des hommes qui prétendissent être athées et qui néanmoins prissent comme les autres le sérieux engagement de participer de toutes leurs forces à cet effort moral que supposent les mots culte du bien et amour de l’humanité, l’Eglise libérale devrait les recevoir au même rang que tous leurs frères, non comme des athées [31], mais comme des hommes.»[32].

Par principe, l’Eglise de Buisson est donc ouverte à tous «les hommes de bonne volonté», au-delà même des limites du «grand diocèse» de Sainte-Beuve. La question de l’admission des catholiques n’est jamais explicitement invoquée, mais elle demeure conditionnée par la rupture avec le «papisme.». Celle des protestants «orthodoxes» est posée par l’Emancipation[33]. La réponse est aussi claire que pour les athées :

«Les protestants libéraux, non seulement, ne demandent pas à quitter ou à proscrire leurs frères attachés aux croyances traditionnelles, mais ils demandent très expressément à ne pas s’en séparer…»[34].

Au-delà des questions de fond, se posera à Ferdinand Buisson, le difficile problème de l’institutionnalisation du Christianisme libéral dans une Église sans dogme et sans clergé.

7de27c8cb8fe3e3b_jpg_530x530_q85Dans un premier temps, Buisson obtient du conseil communal de Neuchâtel l’utilisation du Temple du Bas pour organiser des conférences. La fine fleur du protestantisme radical francophone viendra prêter son concours : Théophile Bost, Clamageran, Colani, Coquerel fils, Fontanès, Leblois, Martin-Paschoud, Pécaut, Edouard Reuss, Albert Reville ou Steeg. Certains orateurs parlent également à la Chaux-de-Fonds, au Locle, mais également hors du canton, à Genève, à Berne ou à Lausanne. Ferdinand Buisson participe également à cette campagne dont le point d’orgue sera la disputation de Genève, le 4 mai 1869, avec Jean-Edouard Barde (1836-1904), alors pasteur «orthodoxe» à Vandoeuvres, devant 3.000 personnes.

Dès l’été/automne suivant, la question d’une plus grande organisation de l’Église libérale se pose. Dans le numéro 35 de l’Emancipation, daté du 31 octobre 1869, on trouve l’appel en date du 10 octobre du Comité de l’Union décidant d’offrir «aux familles qui s’y rattachent un foyer de vie spirituelle, un centre permanent de réunion régulière, où elles puissent venir périodiquement puiser des inspirations fécondes… ». Il propose d’organiser des réunions publiques dominicales dans les temples, des écoles du dimanche, des conférences populaires et des sociétés de secours mutuel. Néanmoins, le comité précise qu’en «attendant et aussi longtemps qu’il subsistera une Église nationale neuchâteloise, sans confession de foi obligatoire, aussi longtemps que nous devons contribuer à son entretien, nous déclarons expressément que nous ne nous séparons point de cette Église, et nous ne renoncerons ni pour nous, ni pour notre pasteur, à y exercer tous nos droits électoraux…».

Dès le début du projet, Ferdinand Buisson avait cherché un ministre. Contactés, Maurice Schwalb et Pierre Goy refusèrent d’emblée. Steeg d’accord, devra renoncer pour des raisons de santé. Après bien des hésitations, Pécaut accepte de se consacrer quatre mois à l’Église de Neuchâtel. La première Assemblée religieuse libérale aura lieu à la Chaux-de-Fonds, au Temple français, le 5 décembre 1869, sous la présidence de Zélim Perret (1823-1889), futur conseiller national. Pendant les quatre mois qu’il passe en Suisse, Pécaut connaît un succès certain au point que, celui qu’on surnomme Saint François d’Assise, agace Buisson prêt à combattre la «Pécautlâtrie»[35]. Il sera remplacé par un personnage bien plus terne, le pasteur Trocquemé, alors en poste aux Bouhets, commune des Lèves, dans la circonscription du consistoire de Sainte-Foy (Gironde). Malgré ces changements, l’Union s’organise. Le 5 juin 1870 se tient la première réunion annuelle du Comité cantonal, aux Hauts-Geneveys, sous la présidence d’Edouard Desor. Ensuite l’Union se structure au niveau national. A Bienne (canton de Berne), les 12/13 juin 1870, est érigée l’Union suisse du christianisme libéral. Elle milite activement, notamment dans le canton de Neuchâtel, pour la séparation des Églises et de l’État. La guerre de 1870 et la proclamation de la République permettent à Buisson de regagner la France. Buisson parti, l’Union décline. Le journal l’Emancipation est, d’après Charles Monvert [36], le premier à pâtir de ce départ. Le périodique fusionnera, fin décembre 1872, avec son confrère genevois, L’Alliance libérale. Si l’on en croit sa correspondance avec Edouard Desor, Ferdinand Buisson suit de manière de plus en plus distendue son œuvre. Dans le même temps, la question de la séparation[37] dans le canton de Neuchâtel va lui donner le coup de grâce. Après bien des tribulations, le seul article 71 d’un projet de loi hostile à la séparation, d’initiative populaire, est soumis à votation, le 14 septembre 1873. Il est repoussé par 6 883 voix contre 6867. La faiblesse du score va entraîner un schisme entre une Église évangélique neuchâteloise et une Église nationale[38]. La volonté des libéraux de demeurer au sein de cette dernière, si elle est conforme à leurs choix, traduit également la faiblesse d’un mouvement qui s’étiolera dans les semaines suivantes. Cette même décennie 1870, verra de manière plus globale, l’échec de la libre pensée spirituelle et du protestantisme radical. L’insuccès de l’Eglise de Buisson est typique donc d’une déconvenue plus large, celle de «séculariser la religion» comme le déclarera plus tard Pécaut[39].

Ferdinand Buisson lui-même reviendra sur l’aventure de Neuchâtel [40]. Il accepte de manière explicite des simples erreurs de forme. D’abord, il admet plus ou moins volontiers que seules les Églises historiques qui se sont solidement structurées, ont perduré. Le protestantisme radical est demeuré trop intellectuel, marginal et «hérétique » ou, plus exactement trop radicalement hétérodoxe. Surtout Buisson reconnaît s’être trompé d’époque, erreur de jeunesse dont il s’exonère au bénéfice de l’âge : le XIXème siècle° ne sera pas le nouveau temps de la Réformation.

Dans ce même texte, Buisson cherche de nouvelles références[41]. Désormais, au niveau «religieux », Buisson se réfère explicitement au symbolisme critique d’Auguste Sabatier (1839-1901), qui avec le fidéisme d’Eugène Ménegoz (1838-1921), donnera naissance à la doctrine théologique du symbolo-fidéisme, dominante à la faculté de théologie protestante de Paris, d’où son autre nom d’Ecole de Paris. A la lumière de leurs travaux, Ferdinand Buisson distingue l’âme et le corps dans la religion :

L’âme de la religion est «l’essence vivante du fait religieux, c’est l’élan primesautier qui emporte l’âme vers l’inconnu, élan de l’esprit, du cœur, de l’imagination, de la conscience, de la volonté».

C’est pour avoir négligé le corps au détriment de l’âme que l’aventure de Neuchâtel a échoué :

«Et mon erreur – pardon, une de mes erreurs – fut sans doute de n’avoir pas su faire le départ entre le corps et l’âme de la religion […] L’intuition du divin, l’éclair qui illumine l’au-delà ne suffiraient pas à créer une vie religieuse, si des éléments inférieurs sans doute, mais plus stables ne s’y joignaient. Il faut épaissir l’idéal, qui, à l’état parfait, nous échapperait si vite…»[42].

Il nous semble utile, en conclusion de ce paragraphe de s’interroger sur la foi laïque de Ferdinand Buisson, pour reprendre une formule qui lui était chère et qui a servi de titre à la publication d’un recueil de ses discours et de ses écrits (1912). Buisson a cherché, dans diverses traverses, une solution à la question religieuse, mais sa longue existence (91 ans) est cependant marquée d’une forte continuité. Buisson, venu du protestantisme libéral, demeurera tout au long de sa vie attaché à la libre pensée religieuse. Il existe une permanence «idéologique» entre l’époque de Neuchâtel et les œuvres[43]. du dernier tiers de sa vie[44].

D’abord, Ferdinand Buisson, depuis les années 1864/1865, a toujours manifesté son soucis de «laïciser la religion». Cette idée très présente dans la brochure, Le Christianisme libéral (1865) et dans le Manifeste de 1865, ne le quittera jamais. C’est par elle que se perpétue le mieux dans la pensée, parfois fluctuante de Buisson, l’esprit de Neuchâtel.

Ensuite Buisson a toujours affirmé que la religion est un «besoin éternel de l’âme humaine […] que ni la science, ni la morale ne nous autorisent à nier»[45]. Elle s’enracine dans un fait irréductible : le sentiment religieux :

« … C’est l’homme tout entier qui, par une sorte d’instinct propre à l’homme seul, cherche un Dieu au fond des cieux et de lui […], l’âme de la religion, si je l’ai bien compris, l’essence vivante du fait religieux, c’est l’élan primesautier qui emporte l’âme vers l’inconnu, élan de l’esprit, du cœur, de l’imagination, de la conscience, de la volonté. Tout s’y mêle, sentiment, pensée, même…»[46]

Surtout Ferdinand Buisson a intensément recherché, selon ses propres termes, une «religion laïque de l’idéal moral» :

«Comme il y a un fait religieux que nous respectons, nous demandons le respect pour le fait moral : celui-ci n’est ni plus ni moins mystérieux que celui-là. Vous croyez qu’un élan de prière met l’âme en contact avec Dieu ; nous croyons que l’élan de conscience qui la met en face du devoir lui donne le frisson du divin»[47].

Paradoxalement, l’échec du christianisme libéral rapproche Buisson de la morale indépendante qu’il avait autrefois combattu :

«Par définition, donc, nous admettons la possibilité pour l’école laïque d’enseigner et d’inspirer une morale qui ne soit pas en dehors des conditions mêmes de l’école laïque. En d’autres termes, nous posons en principe qu’une morale laïque est possible. Que faut-il entendre par-là, sinon une morale qui se constitue indépendamment des données religieuses, métaphysiques ou scientifiques»[48].

Il est alors très proche de la morale ferryste «sans épithète[49]». Dans un article paru dans Le Temps du 12 septembre 1905, il est encore plus explicite :

«Le voilà donc notre «athéisme». C’est la négation du théisme obligatoire comme fondement de la morale.  C’est ce qu’on appelait à la fin de l’Empire «la morale indépendante».

En réalité, Buisson n’abdiquera jamais l’idée que la religion est le fondement de la morale comme l’indique le titre de sa fameuse conférence du 12 mars 1917, à la Ligue de l’enseignement, Le fonds religieux de la morale laïque. Cette dernière, expression des aspirations religieuses de l’homme, se rattache à l’Evangile «pris à sa source, avant les dogmes, avant les systèmes» :

«Si vous en effaciez tout ce qu’elle [la morale] doit au christianisme […], il ne vous resterait dans les mains qu’une terne nomenclature de préceptes, quelques beaux aphorismes et l’inoffensif babil de la civilité puérile et honnête».

Comme à Neuchâtel, il mène un double combat contre les orthodoxies confessionnelles et contre une libre pensée (sectaire) qui voudrait «imposer sous prétexte de rationalisme une orthodoxie à rebours»[50].

Le dialogue qu’il s’efforce d’ouvrir entre «libre pensée et protestantisme libéral» comme l’atteste l’ouvrage publié en commun (1903) sous ce titre avec le pasteur Charles Wagner (1858-1918) peut être interprété comme la continuation, sous d’autres formes et dans d’autres temps, de l’esprit de l’Église de Neuchâtel. Au demeurant, au sein de cette nouvelle forme organisationnelle que constitue l’Union de libres penseurs et de libres croyants, il n’hésite pas à évoquer les analogies entre la libre pensée et le protestantisme libéral. Ce dernier est «déjà la libre pensée». Buisson refuse une libre pensée antireligieuse et n’hésite pas a condamné ses excès. Il préfère la croire irréligieuse «par religion» :

«[C’est] pour mieux posséder le Dieu intérieur de la conscience qu’elle renie le Dieu des mythologies et des théologies»[51].

Enfin, les conceptions radicales de Ferdinand Buisson l’amènent à estimer que le Dieu de la conscience est présent dans l’humanité, que «le royaume de Dieu, entendez le règne de la justice et de la fraternité»[52] se construit sur cette terre. Ce thème est déjà présent dans les années 1860. Dans Le Christianisme libéral, Buisson invite à ériger «sur cette terre le plus prochainement possible le règne de la justice, de la paix et de la charité que Jésus appelle le règne de Dieu»[53]. Toute sa vie, la société laïque lui apparaîtra comme la version terrestre (et la seule valable) de la Jérusalem céleste. Au demeurant, cette aspiration avait trouvé sa concrétisation dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen de 1789. «Dans l’esprit de Buisson, la Révolution française et le message évangélique se font écho mutuellement»[54].

Son idée de Foi laïque manifeste le soucis de contester aux religions positives le terrain idéologique et temporel. «Elle renvoie surtout à la coloration missionnaire qu’il donne à la laïcité»[55].

A travers sa vie et son œuvre, la libre pensée de Ferdinand Buisson, peut être qualifiée de «laïco-spiritualiste». Sa Foi n’est «ni une simple morale de la pure intériorité, une intuition intime sans lien avec un projet politique global, ni une religion civile» :

«Deux idées dominent le spiritualisme de Buisson : d’abord la croyance en la liberté de l’âme humaine, irréductible à la réalité matérielle. Ensuite la conviction qu’il existe une continuité entre sentiment et raison (même si Buisson semble placer le premier plus haut que le second dans la quête de l’âme vers l’A(a)bsolu), chacun exprimant à sa façon la présence de l’infini en l’être humain»[56].

Jusqu’à la fin de sa vie, Ferdinand Buisson, sans se situer dans le christianisme protestant, ne s’en déclarera jamais totalement étranger :

«Je ne vous demande pas de me dire chrétien à votre manière, je le suis à ma manière».

A coup sûr, l’évolution de Buisson, du christianisme libéral à la religion laïque (on préférera peut-être l’expression laïcite religieuse[57]) de la conscience et de l’humanité, vaut pour toute une génération protestante, dans ce dernier tiers du XIXèmesiècle. Et nous ferons notre, la conclusion de Jean Marie Mayeur :

«Mais comme bien d’autres personnalités venues du protestantisme libéral, celui qui fut l’un des fondateurs de la laïcité républicaine resta marqué par l’empreinte de sa formation première. Le vieillard qui demeurait fidèle aux intuitions de l’auteur du Christianisme libéral, près de soixante ans plus tôt. La «foi laïque» de Ferdinand Buisson est bien une libre pensée religieuse. Elle est une composante, certes minoritaire, mais non dénuée d’influence, de l’«idée laïque»[58].

[1]              Sur Buisson, voir Un moraliste laïque, Ferdinand Buisson. Pages choisies, précédées d’une introduction par C.Bougle. Avant-propos de Edouard Herriot, Paris, 1933 ; Mayeur Jean-Marie, la foi laïque de Ferdinand Buisson in Libre pensée et religion laïque en France, op. cit., 1980, p. 247-257 ; item, Une libre pensée religieuse, la foi laïque de Ferdinand Buisson, in Mesure, Paris , n° 4, 1990, p. 139-148 ; Hayat Pierre, La passion laïque de Ferdinand Buisson, Paris, Ed. Kimé, 1999, Gueissaz-Peyre Mireille, L’image énigmatique de Ferdinand Buisson. La vocation républicaine d’un Saint Puritain, Thèse de doctorat d’histoire, Paris, 1998 & Brunet Martine, Ferdinand Buisson, éducateur et pacifiste, Mémoire de DEA sous la direction du professeur J.N. Luc, Paris IV-Sorbonne, 2001; Peillon Vincent, Une religion pour la République : la foi laïque de Ferdinanad Buisson, Paris, Le Seuil, 2010.

Les pages qui suivent doivent beaucoup à ces travaux. Nos remerciements vont également à Samuel Tomei qui nous fit part de ses connaissances et de ses hypothèses lors de la rédaction de sa thèse, Ferdinand Buisson, protestantisme libéral, foi laïque et républicaine (Paris, Institut d’Etudes politiques).

[2]              L’Orthodoxie et l’Evangile dans l’Eglise réformée. Réponse à M. Bersier, Paris, Dentu, 1864, 16 pages.

[3]              Paris-Genève, Cherbuliez, 1865, 63 pages.

[4]              De l’enseignement de l’histoire sainte dans les écoles primaires, Paris-Genève, Cherbuliez, 1869 ; 114 pages.

[5]              Le protestantisme libéral aux prises avec le protestantisme orthodoxe, Neuchâtel, imp. G. Montandon, 1869, 15 pages.

[6]              Se vend au profit des pauvres : 20 centimes, Neuchâtel, chez tous les libraires, 1869, 16 pages.

[7]              Sa définition du «vrai protestantisme» nommé «Église libérale» pourrait correspondre, peu ou prou, à celle de la libre pensée religieuse. D’où la justification de ce présent paragraphe ?

[8]              A Johann von Herder, Buisson emprunte sa compréhension de la Bible, faite à la fois d’expérience de la révélation et de culture historique, à Lessing, son soucis de soumettre la théologie de son temps à une critique pertinente, à Schleiermacher, l’idée que la religion, distincte de la métaphysique et de la morale, à pour logis le « sentiment ». Bien sur les auteurs de la méthode historico-critique, expression majeure de l’exégèse protestante allemande, sont privilégiés.

[9]              Ferdinand Buisson reprendra plus tard cette idée. Interprétant la Réforme avec une grille de lecture toute contemporaine, il affirme que «du vivant même de Luther et de Calvin, il y a dans le mouvement protestant une droite, un centre et une gauche. Les uns se bornent à réprouver les grossiers abus du fétichisme catholique, le trafic des indulgences, la corruption des couvents, la cupidité du clergé, la stupidité des superstitions populaires, la férocité du fanatisme persécuteur. Les autres, au contraire, commencent résolument à appliquer la critique aux dogmes fondamentaux du christianisme…» (Sébastien Castellion. Sa vie et son œuvre (1515-1563). Etude sur les origines du protestantisme libéral français, Paris, 1892, t. II, p. 9/10.). Comme d’autres libres penseurs, Buisson voit dans la Réforme la promesse de la libre pensée, et de manière plus précise, dans la Réforme radicale une sorte de «pré-libre pensée religieuse».

[10]             Op. cit., p. 7.

[11]             Il va sans dire que cette analyse est pour le moins un tantinet schématique et approximative.

[12]    P. 1.

[13]             Lettre du 1er mars 1869 citée par Meylan Henri, in Musée neuchâtelois, p. 108.

[14]             C’est le cas de la revue de la Morale indépendante. Dans un article publié dans l’Emancipation du 21 mars 1869, un des ses principaux animateurs, Jean-Marie Caubet remarque «qu’une association d’hommes libres et honnêtes où la liberté de croire et de ne pas croire, en ce qui touche les matières religieuses, est laissée à la conscience de chacun, ne saurait constituer ce qu’on appelle une Église». Il invite Buisson et ses amis à s’affranchir définitivement de l’influence religieuse.

[15]             C’est le cas de Jean-Frédérich Bruch (1792-1874), doyen de la faculté de théologie de Strasbourg.

[16]             Dans «son» hebdomadaire Le Lien, A.Coquerel apportera un soutien constant à l’instigation de Buisson, tout en émettant diverses réserves vis à vis de l’admission des athées, de l’absence de ministre et de culte et de la séparation des Églises et de l’Etat. Buisson en tiendra compte. Dans l’Emancipation du 1 août 1869, Ferdinand Buisson précise que son Église n’admet que les athées de bon aloi alors qu’elle rejette l’athéisme asocial. C’est la même attitude que Charles Fauvety fait adopter quelques années plus tôt au Grand Orient de France. De même Buisson admettra l’instauration d’un culte libéral.

[17]             «Les partisans de la liberté doivent applaudir à votre courageuses initiative, lors même que sur quelques points, ils se permettaient de limiter par quelques réserves de détail l’adhésion chaleureuse que vos intentions et vos principes leur inspirent…» (Lettre de Rotterdam, datée du 20 février 1869).

[18] Numéros 10, p. 73/75, 11,p. 81/86, 12, p. 94/95, 13, p. 101/103 & 14, p. 107/109. Secretan y développe l’idée que la seule Conscience fait autorité et constitue le plus fort motif de croire en Dieu. Elle enseigne l’existence d’un Bien qu’il faut faire pour lui-même sans l’espoir de récompense.

[19]             Lettre de Libourne datée du 23 février 1869.

[20]             Dans une lettre à Jules Steeg du 20 février 1869, Pécaut se montre prudent même s’il invite le pasteur de Libourne à aider l’entreprise de Neuchâtel. Quelques semaines plus tard, il manifeste sa sympathie épistolaire à Buisson. Sur les réactions au Manifeste, voir la section V de la thèse en cours de préparation de Samuel Tomei.

[21]             Ces divergences seront utilisées par des «orthodoxes» suisses et français pour discréditer l’initiative de Buisson. Sans pour autant la cautionner, Martin-Paschoud viendra faire une conférence à Neuchâtel «pour dissiper ce malentendu».

[22]             Buisson en était le secrétaire.

[23]             Lettre du 3 mars 1869. Pourtant dans divers autres articles, Vacherot demeure très «christocentrique » et considère que le christianisme libéral s’identifie au théisme chrétien de Pécaut. L’appui de Vacherot à Buisson est typique de l’attitude «ouverte» de certains membres du « Grand diocèse», à savoir appuyer toutes les initiatives nées en son sein, même si elles ne correspondent pas totalement à ses propres choix. A l’inverse, Charles Fauvety à une attitude «étroite» envers toutes les formules qui ne sont pas en totale harmonie avec la sienne. Ainsi il signalera le projet de Buisson, le trouvera intéressant mais ne lui manifestera aucune approbation.

[24]             Lettre du 2 mars 1869, publiée dans l’Emancipation du 7 mars 1869.

[25]             Lettre du 3 mars 1869.

[26]             BNF, Paris, NAF, 11835.

[27]             Lettre du 1 mars 1869, , publiée dans l’Emancipation du 7 mars 1869. On voit ainsi combien l’initiative de Buisson peut avoir des lectures différentes si on se réfère à la lettre de J.Barni ou à celle de J.Steeg citée plus haut.

[28]             Lettre du 14 juillet 1869, publiée dans l’Emancipation du 22 août 1869.

[29]             Cf. divers articles parus dans La Libre Conscience du printemps 1869.

[30]             L’Eglise libérale de Buisson est donc plus libérale («idéologiquement» parlant) que l’ultra-gauche de Dieu, puisqu’elle est ouverte à tous les hommes de bonne volonté, ceux qui croient au ciel de toutes les manières possibles et ceux qui n’y croient pas ou qui doutent.

[31]    Fauvety tentera de faire prévaloir ce point de vue au sein du Grand Orient De France (voir chapitre VI).

[32]    Le Manifeste de Neuchâtel in Le protestant Libéral, n° 26, 11 mars 1869, p. 2-3.

[33]    N° 21, 25 juillet 1869, p. 164.

[34]    L’hebdomadaire distingue ainsi «orthodoxe»(de conviction) et «orthodoxe»(d’imposition) : l’orthodoxe n’est pas «celui qui croit à la divinité de Jésus Christ, à la Trinité, au péché originel…» mais celui qui a la «prétention de rendre ces croyances obligatoires par tous et nécessaire au salut» et qui par la même s’exclut de lui-même de l’Eglise».

[35]             Lettre à Jules Steeg, janvier 1870,

[36]             Histoire de la fondation de l’Eglise neuchâteloise indépendante de l’État, Neuchâtel, P. Attinger,  1898, p. 108.

[37]             Dans le canton de Neuchâtel, les rapports entre les Églises et les pouvoirs publics, sont définis par une loi spéciale du 1er janvier 1849. Les biens et revenus de l’Église sont réunis au domaine cantonal qui se charge du traitement des ministres. La direction spirituelle de l’institution ecclésiale est confiée à un Synode composé de laïques et de pasteurs élus. Les paroisses choisissent les pasteurs parmi les ministres ayant reçu la consécration synodale dans le canton

[38]             Depuis 1832, il existe une Église libre à Neuchâtel.

[39]             D’après Buisson, in La Foi laïque, 1913, op. cit., p. 62.

[40]             Souvenirs 1866-1916 ; conférence faite à l’Aula de l’Université de Neuchâtel le 10 janvier 1916 ? Paris, Fisbacher, 1916, 40 pages.

[41]             Sur cette problématique, voir également S.Tomei, op. cit.

[42]             Seize ans auparavant, Buisson avait déjà développé cette idée dans des conférences données à l’Aula de l’Université de Genève en avril 1902 et reprises dans La Religion, la morale et la science. Leur Conflit dans l’éducation contemporaine, Paris, Fischbacher, 1904, p. 118 sv.

[43]             Notamment, La Religion, la morale et la science, un conflit dans l’éducation contemporaine, Paris, Fischbacher, 1904 .;.La Foi laïque. Extraits de discours et d’écrits (1878-1911), préface de R.Poincaré, Paris, Lib. Hachette & Cie, 1912 ; Le fonds religieux de la morale laïque in Revue pédagogique, avril 1917, p. 345/377 ; Le sentiment religieux à l’heure actuelle, Paris, Vrin, 1918 ; L’avenir du sentiment religieux. Nécessité et conditions d’une union pour la culture morale. Deux conférences faites en 1914 et 1923, Paris, Fischbacher, 1923   L’unité profonde de la morale religieuse et de la morale laïque. Communication au Congrès pour le progrès des idées morales, Bruxelles, 1923.

[44]             Sur cette thématique, nous reprendrons les conclusions de Jean-Marie Mayeur, op. cit., 1980 & 1997 et Pierre Hayat, op. cit., 1999.

[45]             La Religion, la morale et la science, op. cit., p. 116.

[46]    Souvenirs, Paris, 1916, p. 20.

[47]    Buisson Ferdinand & Wagner Charles, Libre pensée et protestantisme libéral, Paris, 1903, p. 27.

[48]    Nouveau Dictionnaire, op. cit., Morale, p. 1348.

[49]             Discours au Sénat, 2 juillet 1881, in Jules Ferry, Discours et opinions, t. IV, p. 175.

[50]             La Libre pensée et la religion, lettre à Alphonse Aulard, in La Foi laïque, op. cit., p. 190.

[51]             Libre Pensée et protestantisme libéral, op. cit., p. 62.

[52]             La Religion, la morale et la science, op. cit., p. 71.

[53]             Op. cit., 1865, p. 49.

[54]             Hayat Pierre, op. cit., p. 51.

[55]             Idem.

[56]             Idem.

[57]             Hayat Pierre, op. cit., p. 53.

[58] Op. cit., 1997, p. 88.

 

Extraits du chapitre 5 Du protestantisme comme religion de l’avenir du diplome post-doctoral (EPHE-Paris-Sorbonne), L’ultra-gauche de Dieu. Charles Fauvety et la Libre Pensée religieuse. Essai d’analyse croisée… (présentement en sommeil)

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