Franc-maçonnerie et féminisme

Extrait de la deuxième édition revue et augmentée de Comment la franc-maçonnerie vint aux femmes, Paris, Dervy,  2015, p.  461/2.

http://www.dervy-medicis.fr/femmes-et-franc-maconnerie-p-6762.html

289740_143647059056057_100002322900628_258823_4624022_oLa variété des parcours des actrices sociales rend plus complexe les raisons de ce processus : L’engagement citoyen, le rapport au pouvoir, la volonté d’être socialement utile, la quête du plaisir d’être incluse ensemble, le choix de la sororité, la recherche d’un équilibre et d’un épanouissement individuels et/ou l’attrait de l’ésotérisme, motifs au demeurant souvent semblables, mutatis mutandis, à ceux des frères, sont largement présents. . Ces années voient également une forte émergence des Françaises dans la vie associative. Près de deux femmes adultes sur trois adhèrent aujourd’hui à une association, dont un tiers environ à un groupe artistique, culturel ou éducatif, et un autre tiers à des institutions syndicales, mutualistes et sociales. Cette situation est le résultat de la « longue marche » (non encore terminée) des Françaises. Diverses mesures jalonneront ce processus : loi Neuwirth sur la contraception (1967), « autorité parentale » se substituant à l’« autorité paternelle » (1970), divorce par consentement mutuel (1970), loi Veil sur la contraception (1975), lois sur l’égalité salariale et professionnelle (1972, 1983, 2001 et 2005 avec peu d’effets), loi Roudy (1983), lois contre le harcèlement sexuel (1992 et 2012), lois sur la parité politique (2000 et 2008), ou loi relative aux violences faites spécifiquement aux femmes (2010). Aujourd’hui, 58 % des diplômés de l’enseignement supérieur sont des femmes. Même si de fortes inégalités notamment dans les taches familiales et au travail (position hiérarchique, salaires, chômage, tâches subalternes et dévalorisées) subsistent et résistent, les Françaises forment une grosse moitié de la Fonction publique (mais seulement 20% des postes de direction et 10% des préfets), un tiers des cadres et professions intellectuelles supérieures, la moitié des médecins de moins de quarante ans, des journalistes et des avocats, et les 2/3 des magistrats, mais rarement plus de 1/5 des postes de décisions économiques et politiques. Aujourd’hui, les maçonnes représentent entre 1/550 et 1/750 de l’engagement féminin total. Autant qu’on puisse l’analyser faute d’une documentation exhaustive disponible, la très grande majorité des Sœurs est présentement issue de ces classes moyennes éduquées. Se posent également la question des facteurs limitant (contraintes privées, rôles sociaux intériorisés, poncifs misogynes) ou favorisant (réseaux entre femmes) la participation des femmes à la vie maçonnique. De manière un tantinet impertinente, on pourrait se demander également si la Franc-maçonnerie, par son histoire, son corpus et ses usages, offre un cadre idéal à l’engagement féminin ?

Enfin comme les Sœurs françaises se partagent par moitié entre la mixité et la « monosexualité », il serait pertinent de s’interroger si l’initiation (à la fois comme « entrée » et chemin, initium et télété) est un opérateur de genre[1]. Quel(s) motif(s) pousse(n)t les unes à choisir la première voie, les autres à prendre la seconde. Une comparaison avec les hommes où seulement un sur douze environ (% avant les choix du GODF en 2010) optait pour la mixité serait largement signifiante. D’une certaine manière, la représentation[2] stéréotypée encore dominante de la femme dans l’imaginaire collectif, notamment la publicité et la symbolique maçonnique largement d’origine virile, judéo-chrétienne, opérative et chevaleresque constituent sans doute toujours des fils invisibles (parfois niés et/ou inaperçus par les acteurs sociaux eux-mêmes) pas toujours facilement franchissables.

Bref les années 1970 marquent un seuil dans, si l’on peut dire, la confrontation de la Fraternité (maçonnico-masculine) à l’épreuve des femmes.


[1] Cf. les travaux d’Ingrid Chapard.

[2] Claire Batazzi, « Représentations de la femme dans la société française et franc-maçonnerie féminine », in Cécile Révauger et Jacques Lemaire éd., « les femmes et la franc-maçonnerie, des Lumières à nos jours », volume II, n° 86-87, « XXe et XXIe siècles », Bruxelles, La Pensée et les Hommes, 2012, pp. 305-319.

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