La franc-maçonnerie face a ses mythes

Les-mythesVersion longue de la conférence présentée le jeudi  28 mai 2015, à Paris, lors des premières rencontres La Fayette.

 

La franc-maçonnerie face à ses mythes ?

 

Devant cette question un tantinet anthropomorphisée puisqu’elle semble dire que Dame franc-maçonnerie (et non les maçons) réfléchit sur ses mythes comme une image et un mirage de soi dans un miroir[1], l’envie venait de reformuler la question de diverses manières, entre camarade Raison face à ses fariboles, la Veuve face à ses fantasmes ou la Diva face à ses intuitions[2].

Prudemment, on considérera que chacun est au clair sur le sens des mots franc-maçonnerie et franc-maçon(ne) même si les acteurs sociaux ne savent pas toujours ce qu’ils font, souvent à leur insu, ou ont des intentions cachées[3].

Quant aux mythes, ils ont fait couler beaucoup d’encre[4] sans que ces flots noirs ou bleus n’épuisent le sujet[5] depuis Evhémère (c. 316/ c. 260 BC), les lectures allégoriques de Boccace et Pétrarque jusqu’à Georg Pictorius[6] et Giambattista Vico, les inventeurs de la mythologie comparée[7] comme Max Muller, Adalbert Kühn et Friedrich von Schelling, les théoriciens des religions primitives avec Edward Taylor[8], James Frazer[9], Salomon Reinach[10] et Bronislaw Malinowski[11], les interprétations psychologiques et psychanalytiques de Lucien Lévy-Bruhl[12] et Sigmund Freud, les archétypes[13] de Carl Jung, les motifs transculturels de Mircea Eliade[14], la notion un peu oubliée d’écotype[15] du folkloriste suédois Carl Wilhelm von Sydow, les structures anthropologiques de l’imaginaire de Gilbert Durand, le concept du monomythe de Joseph Campbell[16] et la diversité des analyses structuralistes avec Georges Dumézil[17], Claude Lévi-Strauss[18] et l’apport des hellénistes Jean-Pierre Vernant[19], Pierre Vidal-Naquet[20] et Marcel Detienne jusqu’à la nouvelle mythologie comparée[21].

Aussi une triple question a-t-elle semblé s’imposer pour démêler une problématique pas si évidente que cela :

***        Les mythes en franc-maçonnerie ?

***        Les mythes de la franc-maçonnerie ?

***        Les mythes pour la franc-maçonnerie ?

Ou, dit d’une autre manière :

***        Quel(s) rôle(s) joue(nt) le(s) mythe(s) dans la franc-maçonnerie ?

***        Quelle est la genèse des mythes maçonniques et comment sont-ils fabriqués ?

***        Les maçons croient-ils à leur mythe ?

 

***    Les mythes en franc-maçonnerie : quel(s) rôle(s) jouent-ils ?

Le mythe est un récit fondateur, légitimateur et cognitif. Le mythe est tenu pour vrai et remplit une fonction socio-culturelle et « reliante » dans la mesure où il se présente comme le ciment du groupe. Il propose des normes de vie à partir desquelles les personnages agissent en vertu d’une logique de l’imaginaire. Le mythe raconte une histoire dite sacrée. Il a un rôle d’explication du monde mais sur un mode souvent énigmatique, toujours symbolique et paradoxalement normatif et cognitif. Il exprime une vérité profonde par le détour d’une fiction ouvertement équivoque. C’est donc un récit atemporel qui transcende l’histoire.

Le mythe peut ainsi être défini comme un objet signifiant, une parabole conceptuelle (qui se dévoilerait avec lenteur en suscitant un subtil frisson lié à ce lent dévoilement), une métaphore nomade, une analyse en labyrinthe[22], un discursus[23] non « littérarisé » selon l’expression d’André Siganos[24] ou un mutus liber (un «livre muet»)[25] cher aux alchimistes pouvant faire entendre des «voix» silencieuses comme le suggère Gilbert Durand[26].

Quel rôle joue-t-il dans la franc-maçonnerie ? Comme ailleurs, le mythe maçonnique et/ou le mythe en maçonnerie sont des éléments fondamentaux de la composition idéelle (relative au monde des idées) et émotive de la communauté maçonnique. Il relève de la pensée et de l’affect, de l’apophtegme (parole mémorable ayant valeur de maxime) et de l’émotion. Il est donc en résonnance intime, profonde, consubstantielle avec l’institution si on postule qu’au-delà de son polymorphisme et de sa polyphonie, la franc-maçonnerie peut être définie comme une société spirituelle qui produit de l’égrégore et une institution démocratique qui produit des effets sociaux et culturels[27]. Le mythe contribue à son climat, à son parfum, à son expression. Il assure le continuum, en loge et pour chaque maçon, entre le cultuel (le rite et les usages) et le culturel (le corpus d’idées).

Au-delà des rôles réels et supposés des mythes, retenons que tout peut arriver dans un mythe, un peu nolens volens comme dans quelques films (sans être exhaustif L’ironie du sort d’Edouard Molinaro (1974), Le Hasard de Krzysztof Kieslowski (1980), The Butterfly Effect d’Éric Bress & J. Mackie Gruber (2004) ou Mr Nobody de Jaco Van Dormael (2009). Dans le récit mythique, il semble que la succession des évènements ne soit subordonnée à aucune règle de logique, de continuité et de causalité. En franc-maçonnerie, c’est particulièrement vrai dans ce que l’on nomme de manière péjorative le fouillis de l’écossisme. Pourtant, derrière cet apparent fatras, dans la mythologie maçonnique, on y trouve les mêmes caractères, et souvent les mêmes détails, que dans des récits de zones géoculturelles que les maçons ignoraient jusqu’à une époque récente. Il n’y a aucune interférence historique & culturelle entre un tapis de loge du XVIIIe siècle et un mandala tibétain de la même époque, et pourtant on peut y voir des analogies. La mythologie maçonnique a ainsi ses « écotypes » c’est-à-dire des variations spécifiques qui s’applique à un schéma narratif général, le modifie et l’adapte à son climat[28]. Il faut ainsi dépasser d’une certaine manière les archétypes jungiens. Pour la maçonnerie, lesdites fluctuations cultuelles liées à des aires culturelles s’expriment presque exclusivement dans l’occident, d’où la prédominance du chiffre trois par exemple. Au demeurant, la mythologie est une invention moderne occidentale : le terme fut forgé au XVIIIe siècle pour isoler un certain nombre de récits considérés alors comme fictifs, abscons, affabulateurs et/ou irrationnels[29].

Mais dans la mythologie maçonnique comme dans les autres, l’important n’est pas les éléments du récit mais la manière dont lesdits éléments sont combinés entre eux. Si nous voulons rendre compte des caractères spécifiques de la pensée mythique, nous devrons donc établir que le mythe est simultanément dans le récit et au-delà de lui, un peu comme le silence qui suit la musique de Mozart et qui serait encore du Mozart, qu’il est in et out, un peu comme les linguistes distinguent la langue qui relève du temps réversible et synchronique (histoire de la langue et ses évolutions)  et la parole du temps irréversible et diachronique (langue à un moment précis). C’est pourquoi en franc-maçonnerie, la parole est perdue alors que l’oralité se veut opérative, même si souvent pour éviter la logomachie, on peut lui préférer le silence, troisième élément de ce dialogue. Un mythe se développe toujours dans des faits advenus, mais sa force provient de ce que ces événements, censés se dérouler à un moment du temps, forment aussi une structure permanente. Le mythe se rapporte ainsi concomitamment au passé, au présent et au futur. De plus, le mythe en général, et ipso facto le maçonnique, n’est pas un produit fini. Il faut donc autant comprendre sa genèse qu’analyser le récit dans ses variantes successives. La maçonnisation du standard du héros injustement frappé est bien plus parlante, pertinente, explicative que les débats byzantins infra-maçonniques sur les objets qui tuent Hiram, la manière dont il est atteint et comment il tombe. Ensuite le mythe se fabrique autant sinon plus avec des mots, des noms et des objets qu’avec des récits. Ainsi de l’onomastique d’Hiram, des noms bibliques à l’Adoniram nervalien. De même, on ne peut qu’être interpellé par les correspondances entre les mots, les signes, les âges et les objets des divers degrés. Le mythe maçonnique se présente ainsi comme un festin de mots[30].

On ajoutera qu’il est nécessaire de prendre en compte la totalité des variantes d’un mythe. Ainsi il n’existe pas une version « vraie » (encore moins officielle) du mythe salomonico-hiramique (ou hiramico-salomonien). Il faut retenir à la fois les récits archaïques plus ou moins oubliés, ceux qui ont donné naissance à des divers hauts grades ou side degrees, les récits nés en marge de la franc-maçonnerie comme celui de Gérard de Nerval, ou ceux plus burlesques qui expliquent l’histoire par la lutte des classes. Toutes les versions appartiennent au mythe. Et le mythe nous dit que la richesse du sens réside dans l’infinitude de son possible.

Enfin, dans la mythologie maçonnique, il faut se méfier comme de la peste de la nomination. Le même nom ou adjectif ne renvoie pas obligatoirement à la même famille. Beaucoup de mythèmes proches sont nommés différemment. D’autres ont des significations multiples, encastrées, en contrepoint, inversées, dérivées ou bien d’autres.

Ainsi du mythe d’Adam maçon.

Il va sans dire que ledit mythe nous renvoie à la Genèse mais le mythe biblique, tant par ses dramatis personnae (Dieu, Adam, Eve & le serpent) que par les moments du récit[31], évoque le questionnement de l’acte et de la motivation, du bon choix et de la tentation, de la césure et de la transition, de l’instant et la durée, de la chute et du vertige.

En maçonnerie, dès ses origines, divers auteurs affirment qu’Adam tint loge à l’orient du Jardin d’Eden[32]. Mis en relation avec d’autres références (Dieu architecte, Salomon, Nabuchodonosor, Thalès de Milet, les Pyramides d’Egypte, les Collegia romaines, les magistri comacini et les bâtisseurs des cathédrales[33]), le mythe signifie, de manière allégorique, que la franc-maçonnerie est de temps immémorial avec son expression symbolique atemporelle qu’est l’Ordre. Il lui donne une légitimité, une généalogie, une historicité qui le plus souvent fait défaut aux institutions naissantes[34].

Plus largement il signifie que cette volonté de construire, d’ériger, de se dresser, est consubstantielle à l’espèce humaine faber, ludens, sapiens et religiosus[35]. Mais le mythe adamique maçonnique est polyphonique. On le retrouve sous une version hermétique dans le 28e degré du REAA, sous la figure de l’Homme primordial, l’Adam Kadmon, androgyne d’après Jean-Baptiste Willermoz, Claude-Louis de Saint-Martin et Martinès de Pasqually dans le Régime Rectifié ou dans l’Adam rosicrucien. Ainsi élargi, le mythe adamique en maçonnerie abandonne la question de la chute pour celui de la condition humaine, ici et maintenant. Il nous fait quitter le Paradis terrestre et le mythe de l’âge d’or pour une espérance sécularisée (les millénarismes et les socialismes utopiques). Il s’inscrit dans les Lumières qui faisant fi de l’idée chrétienne de l’humanité déchue, proclamaient la volonté confiante d’assumer le bonheur humain par et dans les progrès. Il s’agissait d’inventer un salut terrestre. Le mythe adamique de la régénération est en résonnance avec celui de la renaissance d’Hiram. Selon les conceptions spirituelles et philosophiques de chacun, le modèle de l’Adam maçonnique offrent un panel de possibles depuis l’Adam Kadmon cabaliste, imago dei jusqu’au modèle référent de l’homme régénéré[36] définissant une éthique et une pratique sociétale et sociale utile et juste.

 

***Les mythes de la franc-maçonnerie

 

On peut trouver de nombreux mythes en maçonnerie, des grands et des modestes, des explicites et des cachés, des expressifs et des discrets. D’aucuns trouveront qu’on en oublie après le choix (par définition arbitraire) qui suit.

Il nous semble que les grands mythes maçonniques[37] peuvent se réduire à trois : la construction du temple, Hiram comme élément central de la maîtrise et de nombreux grades post-magistraux et la chevalerie. Historiquement, c’est dans cet ordre qu’ils sont entrés dans le corpus maçonnique. De plus dans la morphogenèse dudit corpus, la construction du temple occupe non la place principale, mais assure la centralité et la continuité. Au commencement est le rêve, l’idée et le désir de bâtir le Temple. A la fin sera le temple même si progressivement ce temple inachevé et peut-être inachevable est projeté dans les cieux, sous les traits de la Jérusalem céleste, ou dans un ailleurs utopique, dans des lendemains qui chanteraient avec la réalisation de projets de cités idéales, du XVIIIe siècle à nos jours. Le mythe d’Hiram qui se situe dans un temps T du précédent (tout en se renouvelant perpétuellement) est celui par lequel la franc-maçonnerie atteint l’universel anthropologique bien mieux et bien plus que par ses valeurs qui, somme toute, sont celles du tout humanisme de bon aloi. Enfin ciselant le tout, comme le remarque fort justement Céline Bryon-Portet[38], la franc-maçonnerie a intégré le mythe de la chevalerie médiévale avec ses valeurs de loyauté, de solidarité envers les faibles et de vertu/virtù tout comme l’aviation à ses débuts.

Il va sans dire qu’il faut prendre ces trois grands ensembles comme un bloc et en accepter toutes les versions, les variantes et les détours, même s’ils semblent parfois contradictoires. Les diverses significations s’additionnent, les unes n’excluant, ni ne séparant les autres. Bien sûr les mythes maçonniques possèdent un certain récit chronologique, une construction linéaire, mais l’important se situe dans leurs dimensions synchroniques car lesdits mythes se répondent, se complètent et se fécondent. Pour reprendre l’image musicale, on pourrait parler de variations sur un thème donné. La synchronie est d’autant plus parlante que le corpus maçonnique est marqué par la répétition. Les « mythèmes » (principes fondamentaux d’un récit mythique) y traitent de manière récurrente d’histoires proches et/ou de thèmes voisins, sans toujours un souci de chronologie. Ils constituent pourtant des invariants qui assurent une cohérence certaine audit corpus. Ni brouillamini, ni indétermination, ni confusion : Ordo ab Chao. C’est pourquoi plus loin, on parlera d’anti-Babel. Ces variations qui reviennent de manière périodique expriment la portée cognitive et salutaire (« curative ») des mythes. Ces redites/symptômes constituent ainsi une sorte de métaphore obsédante[39].

macons-moyenageD’abord le Temple …

Le mythe de la construction est omniprésent dans la franc-maçonnerie (Pyramides, Tour de Babel, Temples de Jérusalem, Cathédrales). Certes le modèle est le temple dit de Salomon tel que le décrit la Bible (1er Livre des Rois, 6-8 ; 2e Livre des Chroniques, 3-5)[40] mais l’édifice construit (à construire, en reconstruction) va bien au-delà. Il donne le cadre spatio-temporel dans lequel s’exprime l’imaginaire maçonnique, entre midi et minuit, de l’orient à l’occident, du midi au septentrion, du nadir au zénith. Un peu comme la scène du théâtre et ses décors, ce cadre est également le vrai/faux lieu de l’activité maçonnique où peut s’exprimer le « coucounage » fraternel, le plaisir pour les maçons d’être inclus ensemble. Mais le mythe de la construction en maçonnerie s’active et se féconde dans un mouvement plus ample, plus prolifique et plus opératoire que l’on peut nommer sans jeu de mots (encore que !) le constructivisme maçonnique, c’est-à-dire la construction/déconstruction/reconstruction à la fois d’un homme (femme) debout, d’un édifice spirituel et d’un monde meilleur. Ce processus incarné dans l’initiation du cherchant, à la fois comme mise en chemin, début (initium en latin) et comme complétion (but/achèvement/accomplissement) (télété/τελετή)[41] préempte, engendre, porte la transformation de la vision et du comportement du maçon. Le mythe constructiviste se déploie ainsi dans deux directions dialectiquement complémentaires. L’une est épistémologique, philosophique, spirituelle, herméneutique, l’autre est empirique, culturelle, philanthropique et critique. Dans cette double perspective, il y a analogie entre le travail manuel d’un maçon opératif et le travail cognitif d’un maçon spéculatif[42]. Il en est de même entre la construction du temple dit de l’humanité (version sécularisée du templum Dei) et celle du temple intérieur de chaque maçon, entre l’espérance de la cité idéale et la résilience du cherchant après l’altération que constitue la dramaturgie d’Hiram. Le mythe de la construction dépasse la question de savoir si l’Art Royal relève de la pensée et/ou de la spiritualité. En effet, ledit mythe (et son expression symbolique) permet par sa polyphonie, sa polysémie et sa force interprétative, une déconstruction/reconstruction de la réalité. Ce mythe constructiviste énonce l’idée que notre image de la réalité est le produit de l’esprit humain en interaction avec cette réalité, et non le reflet exact de la réalité elle-même[43]. Ainsi le monde ne serait plus un livre qu’il suffirait de lire et d’interpréter, mais un ensemble de représentations que le cherchant élabore patiemment, seul et/ou avec les autres[44]. Ordo ab Chao.

Mais la construction du mythe ne s’est pas faite hors sol. Au XVIIIe siècle, le temple maçonnique se voulait un espace de paix religieuse et civile et de dialogue interconfessionnel et international[45] dans l’Europe/monde du temps (y compris les Amériques et les colonies). Les mythes et récits de construction maçonnique mettaient l’accent sur la nécessité de rouvrir le chantier de Babel et d’en faire le symbole de l’harmonie retrouvée dans la cité. Ils exprimaient la perte du sens, la parole perdue, l’impossibilité de communiquer et de transmettre son savoir. Les récits de construction de divers temples, les quêtes mythiques en Égypte, en Mésopotamie, en Grèce, voire en Chine, des vestiges supposés de l’Art Royal, mais aussi la construction d’une mémoire et d’une tradition maçonniques par les francs-maçons antiquarians de la Grande Loge de Londres suggéraient que leur temple est la nouvelle Babel[46]. En effet, alors que l’hubris[47] des hommes interrompait à tout jamais l’érection de la tour dans la vallée de Sennar (Genèse, XI, 1-9), le mythe maçonnique[48] développait l’idée que les « bons » ouvriers (ceux qui prirent conscience de leur faute et se repentirent) malgré la profusion/punition des langues, inventèrent une véritable et nouvelle koinè[49] de signes, mots et attouchements susceptibles de continuer l’œuvre. Ordo ab Chao[50]. Pourquoi ne pas voir en notre XXIe siècle, dans l’utopie d’un village planétaire harmonisé communiquant intelligemment par toutes les nouvelles technologies de la communication, le mythe de la République universelle[51] des francs-maçons structuré au XVIIIe siècle[52]. Nil animis discordibus actum est[53].

220px-St_John's_Church,_Chester_-_Hiram-Fenster_2Ensuite Hiram…

Au commencement était une genèse floue[54]. Dans le chantier du temple de Salomon, on signale un chef des travaux. Le Manuscrit Cooke 23198 (British Library, c. 1400/10) indique qu’il est fils du roi de Tyr. Le manuscrit Grand Lodge n° 1 (1583) précise que ledit fils « chef de tous ses maçons » [de Salomon] et « Maître en Géométrie » se nomme Anyone (anybody, quelqu’un. Cf. également, anonymus, sans nom) avec des variantes Amon/Aynon/Aymon/A Man/Ajuon[55]. Ce n’est que dans Les Constitutions de 1723 qu’apparait le nom d’Hiram Abiff d’après la traduction de la Bible (1538) de Myles Coverdale (c.1488/1568). C’est alors un homme important, mais sans généalogie prestigieuse[56], sans passé, sans histoire[57]. Cependant le manuscrit Graham (1726) relate des histoires analogiques qui feront florès. La première raconte le relèvement du corps de Noé par ses trois fils. La seconde présente le personnage de Betsalée dont le cœur « sut garder tous les secrets » et la langue silencieuse. Le troisième décrit le rôle professionnel d’Hiram qui paye les ouvriers selon leur travail, mais qui ne meurt pas de mort violente. Le manuscrit Wilkinson (1727) évoque les dimensions de sa tombe. Le drame de sa mort est plus ou moins explicité dans la Masonry Dissected (1730)[58]. Son destin se joue comme une œuvre classique : un temps (il était une fois, un jour du règne du roi Salomon), un lieu (le temple de Salomon), une action (son meurtre). Au moment fatal, il n’est ni un vieux sage (modèle de la gravitas), ni un jeune homme épique (modèle de la celeritas). C’est un artifex et un artista, chef du chantier du temple, et plus largement expert dans les Arts libéraux (plus le quadrivium que le trivium) et les Arts serviles ou mécaniques (architecture, sculpture, peinture, orfèvrerie)[59]. On le suppose juste, droit, intègre. Il n’a pas offensé le Ciel. Il n’a pas contesté le roi. Il est sans doute un bon patron. Les autres personnages peinent à sortir de l’anonymat : trois mauvais compagnons dont les biographies iront croissant. Il existe un 5e personnage (d’aucuns diraient un deux ex machina) : l’heimarménè, le fatum, le destin, sans doute plus stoïcien[60] qu’augustinien.

Au moment crucial du drame qui s’annonce, Hiram se reconnait sujet et agent de l’histoire. Devant l’inéluctable, il ne fait pas appel au Ciel. Autrement dit, il n’accepte aucun modèle d’humanité en dehors de la condition humaine. Au lieu d’implorer le GADL’U ou d’appeler au secours (même s’il cherche à s’enfuir), il décide de vivre son destin en toute conscience en refusant par trois fois de donner le mot. Par ce choix, comme un héros camusien[61], il s’inscrit dans l’immanence et devient libre de disposer de sa vie. Par là-même, il devient maître de son destin. L’homme se fait lui-même. Hiram n’y arrive complètement que dans la mesure où le dernier acte est Hic et Nunc. Cependant par sa souffrance (puisqu’il ne meurt pas immédiatement[62]) et sa mort, il se sacralise. Le temps et le lieu de son meurtre constituent une sorte de via dolorosa. Hiram s’inscrit dans le processus du bouc émissaire[63] qui aboutit à la sacralisation du sujet sacrifié. Le sacré devient le moyen et le justificatif de sa liberté individuelle. Hiram vivant, personnage historique et/ou inventé, n’est qu’un grand artiste/savant bâtisseur. Il ne deviendra pleinement lui-même qu’après son « passage ». Le héros s’érige en modèle qui transcende la réalité humaine. Son trépas est le point culminant qui donne la tonalité finale de la lecture et de l’enseignement de sa vie. Le moment du décès constitue l’apothéose de son parcours car la suite est plus embrumée ou plus subtile. Dans le mythe, personne n’a vu Hiram corporellement ressuscité. Avec lui, il n’y a donc pas de message univoque de résurrection et de salut. Simplement la mort engendre une nouvelle vie. Le contraire de la mort, ce n’est donc pas la vie, mais la naissance. La doxa dit qu’Hiram renaît au travers et en la personne de chaque nouveau maître maçon. Cependant en chaque nouvel exalté, apparaît une forme d’imitatio Hirae : palingénésie, métempsychose, réincarnation, métensomatose, reviviscence, renouvellement, identification virtuelle au héros, imitation du modèle, référence éthique, parabole morale, image idéale, transfert psychanalytique et bien d’autres. Paradoxe des conséquences, du fratricide[64]/parricide nait la fraternité. Ainsi Hiram est plus proche d’Osiris[65] que de Prométhée[66], du Phoenix[67] que de Jésus[68], du héros fondateur que du saint et martyr.

En dehors d’un comportement exemplaire face à l’adversité et à la mort, Hiram n’a transmis aucun texte canonique. Comme il n’ y a pas de message, cette conscience d’une « parole perdue » incite donc les francs-maçons à entamer une quête, à adopter un comportement de «cherchant», aux antipodes de certains croyants qui reçoivent une parole conçue comme une vérité révélée ou de fanatiques séculiers qui absorbent la doctrine, la ligne officielle du parti comme une vérité intangible. Pourtant ce fratricide/parricide a une double suite : positive d’une part, le chantier et la chaine des maçons continuent, négative, la question du mal et du juste frappé n’est pas résolue.

 

Penthesilea_as_one_of_the_Nine_Female_WorthieEnfin la chevalerie …

Très rapidement, la franc-maçonnerie s’accaparera l’ancienne chevalerie. On situe le début du processus avec les Discours (1736/7) du chevalier André de Ramsay (1686-1743). La chevalerie devint un des mythes fondateurs de l’Ordre, lui empruntant l’épée, le cordon et diverses pratiques comme l’adoubement. La fraternitas militaris était et demeure en résonnance avec l’idée de fraternité en loge. A partir de la décennie 1740, les grades chevaleresques se mirent à fleurir. En se créant cette filiation chevaleresque, en ancrant sa présente démarche spéculative dans un temps médiéval mythique, la franc-maçonnerie, institution nouvelle, se donnait une légitimité d’une certaine manière immémoriale. Bien plus, comme le fait remarquer Pierre Mollier[69], il était pour le moins paradoxal qu’au siècle de l’Encyclopédie, la franc-maçonnerie intégrât une structure en voie de désaffection. Mais d’une part, l’imaginaire chevaleresque allait croissant tandis que la chevalerie déclinait, d’autre part, ledit cursus offrait un mythe aux maçons des Lumières, critiques vis-à-vis de nombreux dogmes des religions révélées et des institutions religieuses, en particulier l’Eglise romaine, mais en appétit de récits symboliques, d’onirisme, de rêves nostalgiques et de spéculations. Au cœur du siècle des Lumières, la franc-maçonnerie offrira un cadre accueillant à ceux qui voulaient redonner corps à un mythe alliant action et spiritualité[70]. Chemin faisant, le mythe chevaleresque en maçonnerie s’enrichira de nouvelles métamorphoses (la chevalerie du travail[71]). Comme le remarque Franco Cardini, « dans l’imaginaire de l’Occident, le chevalier est une figure intemporelle. Là encore, le mythe ne conduit pas au réel mais à une autre réalité.

 

*** Les mythes pour la franc-maçonnerie ?

 

QUIZ_Monstres-de-la-myhtologie-grecque_6463Les francs-maçons d’aujourd’hui croient-ils à leur(s) mythe(s) ? Seuls des enquêtes et des sondages pourraient nous éclairer. Au demeurant, il semble plus pertinent de se demander comment les francs-maçons croient à leur(s) mythe(s), et subséquemment s’ils peuvent ne pas croire à leur(s) mythe(s). En effet, on ne peut transposer à l’identique la question que Paul Veyne pose pour les Grecs envers leurs mythes[72]. Néanmoins, on retiendra de cet ouvrage, son sous-titre essai sur l’imagination constituante et sa méthode qui réside à s’intéresser moins à la nature intrinsèque du mythe qu’aux modalités de sa réception et aux gammes de réactions qu’il peut susciter. Pour l’historien, il s’agissait cependant de savoir si les Hellènes croyaient à la réalité des dieux et des héros. La réponse majoritaire variait en fonction des circonstances et de diverses manières, de l’adhésion populaire à la critique philosophique. En revanche, il semble difficile de trouver un maçon qui croit à l’existence historique d’Hiram encore que !

A l’inverse, même si dans la grande famille maçonnique mondiale, il demeure marginal, on ne peut pas ne pas signaler le quarteron clubiste qui considère les mythes comme fariboles, billevesées, calembredaines et autres fumisteries, au mieux des allégories littéraires de seconde main. Néanmoins, il semble cependant qu’un très large consensus puisse se faire pour affirmer que les mythes, mais également les symboles, le corpus initiatique et les rites sont consubstantiels à la franc-maçonnerie. A moins de ne voir dans la franc-maçonnerie qu’une société de pensée totalement désenchantée, au sens wébérien[73]. Il serait tout aussi pernicieux de ne voir dans la voie mythique qu’une voie étroite vers la quête intérieure, voire une voie mystique. A moins de ne voir dans la franc-maçonnerie qu’une école de spiritualité un peu close sur elle-même[74].

Quelle que soit l’interprétation des acteurs sociaux[75], la mythologie maçonnique n’est pas qu’un ensemble de fables, de contes et d’historiettes qu’on écoute en somnolant à la fin de chaque cérémonie d’avancement. C’est aussi l’expression d’une vision « reliante » (pas religieuse stricto sensu) du monde et un espace/lieu où les choix (pas les dogmes et les idéologies) individuels et collectifs trouvent leur légitimité et leur source, tout en s’adaptant à la fois à ceux qui les racontent et à ceux qui les entendent (pas uniquement qui les écoutent). L’explication du monde, le sens de la vie individuelle et de l’histoire collective s’y expriment dans un imaginaire symbolique. C’est dire qu’au-delà du récit littéral, il y a une vraie/fausse réalité, une exactitude autre, une vérité que chaque maçon doit prendre au sérieux tout en gardant vis-à-vis d’elle une certaine distance prophylactique. Mais le mythe permet aussi l’épochè, à la fois la suspension temporaire du jugement mais aussi la porte/passage[76] (sur le plan « anthropo-psychanalytique ») pour l’imaginaire, le fantasmatique, l’onirique et l’inconscient. C’est peut-être alors un moyen de ne pas appréhender l’autre comme une altérité dont il faudrait se méfier mais de le recevoir comme un vrai alter ego.

La dialectique du maçon consiste à jeter un pont entre ce corpus qui se présente comme imaginaire et la réalité de l’ici et maintenant de chacun. Les mythes ne parlent pas pro intuiti personnae. Ils ne font que répondre aux questions qu’on leur pose et on ne peut poser des questions que de sa propre immédiateté. Il s’agit donc d’être présent à son propre monde avant de questionner le monde mythique. Car tout bon maçon, tout en cherchant à accéder à une connaissance objectivante du monde, donne un sens immédiat à son être au monde.

Le mythe ne saurait donc être simplement assimilé à une fiction gratuite, à un assemblage d’irréalités ou à un jeu d’esprit et d’inventivité. On peut alors admettre, sans être taxé de déraison, que l’imagination mythopoïétique[77] se présente comme un mode spécifique d’activité intellectuelle, cognitive et langagière, pourvoyeuse de sens. De manière connexe, on pourrait se demander à partir de quel moment le mythe devient opératoire, signifiant en quelque sorte pour le cherchant ? En effet, un discours ne se construit pas au hasard et sa forme indique l’intention de ce discours. Il n’est donc pas question d’affirmer qu’un discours logique équivaut à un discours mythique – il s’agit de deux domaines bien distincts – mais de dire que les deux participent du savoir partagé. Pourquoi ne pas rappeler que la franc-maçonnerie a grandi, au XVIIIe siècle entre les Lumières et l’illuminisme, entre l’Encyclopédie et la Scienza Nuova[78] de Giambattista Vico (1668-1744), entre raison logique, vérité expérimentale, intuition du cœur et imaginaire occultisant. Si la pensée mythique est constitutive de l’entendement humain elle est nécessairement présente dans le corpus maçonnique. Si la pensée mythique est au cœur de l’Art royal, elle lui donne sa légitimité à l’universel anthropologique comme il a été dit.

Une des questions du cherchant face aux mythes maçonniques serait ainsi une invitation à réfléchir sur son système de vérité, à la fois collectif et individuel, et par là même à poser une question obsédante en franc-maçonnerie, la quête de la vérité. Plus largement, ce questionnement pose une réflexion générale sur le statut de la croyance et de la vérité. Le mythe repose sur le postulat qu’on peut croire à des choses contradictoires à partir du moment où l’on reconnait la pluralité des programmes de vérité[79]. Il serait ainsi un moyen d’assumer la pluralité des modèles de raisonnement (déductif, inductif, conditionnel, etc…). Le mythe légitimerait la variété, la vision pluraliste de la pensée dans laquelle se combineraient plusieurs processus qui pourraient opérer tour à tour selon les cas en se combinant et/ou en s’opposant[80]. La croyance en un mythe se situe donc en dehors de l’alternance du vrai et du faux. Le mythe génère son propre programme de vérité. C’est à ce titre qu’il tutoie et titille le franc-maçon. Dans le mythe, le maçon cherche la vérité non sur le mode analytique, logique, linéaire (qui est une des voies de la quête) mais sur le mode intuitif, relationnel et simultané. Au fond, le maçon ne trouve pas la vérité, il la crée ou mieux il la recrée sans cesse[81] au fur à mesure de son chemin. La production de mythes constitue ainsi une approche de la (V)vérité. Il faut donc sans cesse réinterpréter le contenu du mythe car le sens n’est jamais donné pour toujours. Dans ce processus dialectique, réalité subjective et réalité objective interagissent mutuellement[82], pour engendrer une véritable compréhension du monde socioculturel, articulée sur une approche constructiviste (évoquée plus haut) de la connaissance. Les maçons se forgent ainsi délibérément des représentations mentales spécifiques, lesquelles collaborent à la construction de leur temple intérieur comme elles orientent leur action pour la construction du temple de l’humanité. Ainsi se légitiment la gestuelle et les usages en loge car notre corps capte et conserve des traces permanentes de ce que nous vivons et les réactive. Le corps engendre de l’émotion laquelle participe à son tour à la vélocité et à la pertinence de la raison[83]. Plutôt que d’opposer rationalité et imaginaire, raison et émotion, il semble plus productif de les croiser, de les emboîter, bref, d’une certaine manière, de réaliser les noces sinon mystiques[84] ou « chymiques »[85], du moins dialectiques du Logos et du Muthos.

 

 

Le mythe traverse les temps et les lieux. Il reste inaltéré car il représente à la fois ce qui est permanent et/ou ce qui se répète. Le mythe est un présent éternel. Caché ou explicite, revu, réinterprété, manipulé, on le retrouve aujourd’hui, dans la littérature, les arts plastiques, le cinéma, la science-fiction et la fantasy, la bande dessinée, la musique, les média, les jeux, la publicité, les métarécits, le discours politique, les utopies sociales, l’histoire, l’économie et bien d’autres lieux. Il peuple consciemment ou non nos espoirs, nos craintes, nos émotions et nos rêves. Le mythe (comme le symbolique en général, le don et l’échange, les rites, le langage, la culture, l’imagination poétique, les songes) est ainsi une dimension transversale constitutive de la société globale et de l’individu. Il est donc au cœur de la quête maçonnique. D’une certaine manière, le maçon cherche le meilleur des mythes possibles (ou le meilleur de la mythologie) pour l’aider, l’accompagner, le façonner, le fortifier, le soutenir dans la construction de son temple intérieur et l’édification de la cité idéale. En effet, la franc-maçonnerie est selon les formules de Marcel Bolle de Bal[86] à la fois un laboratoire de reliance et une porte du devenir. La mythologie maçonnique participe de cette reliance à soi, à l’autre et au monde. Elle aide aussi à naître, à être et à advenir. Elle éclaire le lien entre la construction de l’identité individuelle et les normes et valeurs de la société dans laquelle celle-ci se réalise. Elle participe du désir de reliance (verticale/horizontale) nichée au cœur de l’être humain. Elle soutient la volonté de conciliation entre le transcendant et l’immanent. Elle ouvre à l’appréhension de la Jérusalem terrestre et de la Jérusalem Céleste[87]. Elle s’inscrit dans tout ce qui rapproche puisqu’elle est symbolique[88]. La franc-maçonnerie, quant à elle, fut, est et demeure un univers complexe, d’une certaine manière culturellement hétérogène, mais qui possède une forte utilité sociale. Elle génère et entretient, malgré les aléas, les vicissitudes et les abandons, une forme originale culturelle et cultuelle qui permet au maçon cherchant de prendre conscience de sa propre finitude et de son utilité sociale et en interrogeant le mythe de le conduire à appréhender et à s’approprier la question du sens qui éclairera la place qu’il croit devoir trouver et occuper dans le chantier du temple de l’humanité. Le mythe demeure donc un réservoir de mobilisation inépuisable quand bien même sa visibilité et sa lisibilité seraient obscurcis par un certain pharisianisme maçonnique.

Cependant l’approche mythique n’exclut point l’examen critique, la discussion argumentée, la démarche empirique et le raisonnement discursif (pléonasme ?). Le maçon cherchant doit être aussi éclectique dans le choix de ses questions et de ses actions que dans celui des méthodes pour les résoudre et les mettre en œuvre. On peut être à la fois apollinien et dionysiaque, solaire et lunaire, platonicien et nietzschéen. En ce XXIe siècle commençant, on peut « croire » que le mythique construit du réel, que la complexité est la règle, que l’incertitude projette un nouvel horizon, que la science est pertinente, que la raison raisonnante est intelligence et que la singularité et l’individu sont tout à fois irréductibles et particuliers en même temps qu’universels et généraux. . Comme le dit le Code de Tryphême[89], Ne nuis pas à ton voisin. Ceci bien compris, fais ce qu’il te plaît. Alors la mythification opèrera comme un mode de pensée et une fonction de l’esprit à condition de ne pas être une « mysticisation » et une mystification. Felix qui potuit rerum cognoscere causas, Atque metus omnes et inexorabile fatum Subjecit pedibus, streptitumque Acheronis avari[90].

[1]           Pour reprendre une problématique de Daneshvar-Malevergne Negein, in Narcisse et le mal du siècle, Paris, Dervy, 2009. Cf. Ébert-Zeminová Catherine, Image et mirage de soi dans le miroir du mythe, Acta fabula, vol. 11, n° 10, Essais critiques, Novembre-Décembre 2010.http://www.fabula.org/acta/document5995.php, page consultée le 19 mai 2015.

[2]           La manière dont est libellée la question peut nous permettre d’écarter ici un autre aspect, savoir la franc-maçonnerie comme mythe.

[3]           En outre, les comportements des acteurs ne sont pas que déterminés, ils ont des raisons de faire ce qu’ils font (ou de ne pas le faire) et sont capables d’exprimer ces raisons de façon discursive, y compris en mentant, ou bien en se trompant ou sans toujours comprendre.

[4]           « Le mythe ne nie pas les choses, sa fonction est au contraire d’en parler ; simplement, il les purifie, les innocente, les fonde en nature et en identité, il leur donne une clarté qui n’est pas celle de l’explication, mais celle du constat : si je constate l’impérialité française sans l’expliquer, il s’en faut de bien peu que je ne la trouve naturelle, allant de soi : me voici rassuré. En passant de l’histoire à la nature, le mythe fait une économie : il abolit la complexité des actes humains, leur donne la simplicité des essences, il supprime toute dialectique, toute remontée au-delà du visible immédiat, il organise un monde sans contradictions parce que sans profondeur, un monde étalé dans l’évidence, il fonde une clarté heureuse : les choses ont l’air de signifier toutes seules. », Barthes Roland, Mythologiques, Paris, Ed. du Seuil, 1957.

             « Le mythe raconte une histoire sacrée ; il relate un événement qui a eu lieu dans le temps primordial, le temps fabuleux « des commencements ». Autrement dit, le mythe raconte comment grâce aux exploits des Etres surnaturels, une réalité est venue à l’existence, que ce soit la réalité totale, le Cosmos, ou seulement un fragment, une île, une espèce végétale, un comportement humain, une institution. C’est donc toujours le récit d’une « création ». Eliade Mircea, in Aspects du mythe, Paris, Gallimard « idées », 1963.

             « Le mythe apparaît comme un récit (discours mythique) mettant en scène des personnages, des situations, des décors généralement non naturels (divins, utopiques, surréels etc.) segmentables en séquences ou en petites unités sémantiques (mythèmes) dans lesquels s’investit obligatoirement une croyance – contrairement à la fable ou au conte. Ce récit met en œuvre une logique qui échappe aux principes classiques de la logique d’identité. » Durand Gilbert, in Structure Anthropologique de l’imaginaire, Paris, Dunod, 1992 ;

[5]           Cf. une mise au point récente  Les grands mythes, Grands dossiers des Sciences Humaines, n° 37, Paris, décembre 2014.

[6]           Theologia mythologica ex doctiss. uirorum promptuario, labore Pictorij Vill. in compendium congesta. : Videlicet De nominum deorum gentilium ratione. De imaginibus, aut formis, insignibusque eorundem et omnium imaginum explanationes allegoricæ, Antwerpen (Belgique d’aujourd’hui), Michiel Hillen, 1532.

[7]           Müller Friedrich Max, Comparative Mythogy in Oxford Essays, Londres, J. W. Parker & Son, 1856 ;  Essai de mythologie comparée, Éditions A. Durand, Paris, 1859.

[8]           Primitive Culture, Londres, Murray, 1873/4, 2 volumes.

[9]           The Golden Bough, A Swdy in Magic Religion, Londres, Mc Milan and Co., 1890, 2 volumes; 1900 (3e vol.), 1911/12 (12 volumes), 13e volume (1935).

[10]          Cultes, mythes et religions, Paris, E. Leroux éd., 1905-1923.

[11]          Myth in Primitive Psychology, New York, W. W. Norton Inc., 1926.

[12]             La Mythologie primitive. Le Monde mythique des Australiens et des Papous, Paris, Alcan, 1935.

[13]        « On croit souvent que le terme « archétype » désigne des images ou des motifs mythologiques définis. Mais ceux-ci ne sont rien autre que des représentations conscientes : il serait absurde de supposer que des représentations aussi variables puissent être transmises en héritage.L’archétype réside dans la tendance à nous représenter de tels motifs, représentation qui peut varier considérablement dans les détails, sans perdre son schème fondamental. »

Jung Carl Gustav, Man and his Symbols, New York, Double Day, 1964; L’homme et ses symboles, R. Laffont, 1964, p 67.

[14]          Das Heilige und das profane, Hambourg, Rowohlt, 1957 ; trad. française, Le sacré et le profane, Paris, Gallimard, 1965.

[15]          Geography and Folk Tale Oicotypes in C. W. von Sydow, Jan-Öjvind Swahn & Laurits Bødker, Selected papers on folklore published on the occasion of his 70th birthday, Copenhague, Rosenkilde and Bagger, 1948.

[16]          The Hero with a Thousand Faces, Novato (Californie), Joseph Campbell Foundation, 1949, traduction française, Le Héros aux mille et un visages, Paris, Robert Laffont, 1977.

[17]             Mythe et épopée, Paris, Gallimard/NRF, 3 volumes, 1968/73.

[18]          Mythologiques, Paris, Plon, t. I, Le Cru et le cuit, 1964 ; t. II, Du miel aux cendres, 1967 ; t. III. L’Origine des manières de table, 1968 ; t. IV : L’Homme nu, 1971.

[19]             Mythe et pensée chez les Grecs, Paris, Maspero, 1965.

[20]             L’Atlantide, petite histoire d’un mythe platonicien, Paris, Éd. Les Belles-Lettres, coll. Histoire, 2005.

[21]          Lajoie Patrice, D’Huy Julien, Oudaer Guillaume & Le Quellec Jean-Loïc (dir.), Nouvelle mythologie comparée, n° 1, 2013, Raleigh (Etats-Unis) éd. Lulu.com, 2014.

[22]             Cf. Attali Jacques, Chemins de sagesse. Traité de labyrinthe, Paris, Fayard, 1996.

[23]          Synonyme de syllogisme (raisonnement logique à deux propositions ou prémisses conduisant à une conclusion), le discursus renvoie à la discursivité du raisonnement. Il désigne le processus ou l’effectuation de l’activité logique qu’est l’inférence.

[24]          In Le Minotaure et ses mythes, Éditions PUF, 1993. Cf. également Mythe et écriture, Paris, PUF, 1999 et en collaboration avec Chauvin Danièle & Walter Philippe, Questions de mythographie. Dictionnaire, Paris, Imago, 2005.

[25]             Un « livre muet » où les images seraient des mythes.

[26]          Les Structures anthropologiques de l’Imaginaire, introduction à l’archétypologie générale, Paris, PUF, 1960.

[27]          Cf. Etienne Bruno, Une grenade entr’ouverte, essai d’anthropologie complémentariste, Editions de l’Aube, La Tour d’Aigues, 1999 ; item, Une voie pour l’Occident, la franc-maçonnerie à venir, Dervy, Paris, 2001 ; item, L’initiation, mythe, rite et symboles, Dervy, Paris, 2002 ; item, Anthropo-illogiques I, La spiritualité maçonnique, Dervy, Paris, 2007.

[28]             Hiram est, si l’on peut dire, l’écotype maçonnique de l’archétype du Juste persécuté.

[29]             Detienne Marcel, L’invention de la mythologie, Paris, Gallimard, 1981.

[30]          Cf. Scheid John & Svenbro Jesper, La tortue et la Lyre. Dans l’atelier du mythe antique, Paris, CNRS Editions, 2015.

[31]          « Pièce » classique avec une unité de lieu (l’Eden), de temps (le dernier jour avant la Chute) et d’action (la faute).

[32]          Affirmation qui pose quelques problèmes : Adam maçonna-t-il seul ? Avec Eve (Horresco referens !) ? Avec des animaux ? Voire avec le Serpent ?

[33]             Références également constitutives du mythe de la construction évoqué plus loin.

[34]          Dans l’ouvrage codirigé par Éric Hobsbawm & Terence. Ranger, The Invention of Tradition, University Press Cambridge, 1983 (traduction française par Christine Vivier, Paris, Ed. Amsterdam, 2006), diverses études montrent comment les Etats-nations, les mouvements anti-systémiques et les sociétés dites traditionnelles ont cherché à s’inventer, parfois de toutes pièces, des traditions (ou des contre-traditions) pour se légitimer, s’inscrire dans l’histoire et assurer la cohésion du groupe.

[35]          Mais aussi demens, degradundis et violentus… (cf. le mythe maçonnique de la victoire sur les vices).

[36]          Encore qu’il soit prudent de se méfier de cette prétention politique à base pseudo-scientifique à édifier un homme neuf comme dans le concept (?) de l’homme nouveau soviétique (новый советский челове).

[37]         Cf. Durand Gilbert, Les mythes fondateurs de la franc-maçonnerie, Paris, Dervy, 2002 ; Vierne Simone, Les mythes de la franc-maçonnerie, Paris, Véga, 2008.

[38]          Bryon-Portet Céline, La chevalerie, un mythe à l’ère de la communication, Quaderni[En ligne], 70 | Automne 2009, mis en ligne le 05 octobre 2011, consulté le 12 mai 2015. URL : http://quaderni.revues.org/520

[39]          Mauron Charles, Des métaphores obsédantes au mythe personnel, Paris, José Corti, 1963. Face à ses symptômes, Gilbert Durand est plus optimiste. Cf. Le décor mythique de la Chartreuse de Parme. Contribution à l’esthétique du romanesque, Paris, José Corti, 1961.

[40]          Sa description n’est connue que par le texte biblique. Cependant en 586 BC, lors de la prise de Jérusalem par l’armée néo-babylonienne du roi Nabuchodonosor II (605/562 BC), un temple est détruit et des objets cultuels sont ramenés à Babylone.

[41]          En grec ancien, télos (τελός) signifie la fin, l’aboutissement, la perfection, les rites initiatiques se disent telea, telein signifie initier, teletè, initiation et teloumenoi, initiés.

[42]          Même si la continuité historique entre les opératifs et les spéculatifs méritent d’être largement nuancée.

[43]          Cf. Bryon-Portet Céline, L’ambiguïté de la Franc-maçonnerie, entre interculturalisme et discriminations socioculturelles in Esprit critique. Revue internationale de sociologie et de sciences sociales,2012, vol.16, n°1, p. 193-216.

[44]          Morin Edgar, La Méthode, Paris, Le Seuil : La Nature de la nature, t. 1, 1977 ; La Vie de la vie, t. 2, 1980 ; La Connaissance de la connaissance, t.3, 1986 ; Les Idées, t. 4, 1991 ; L’Humanité de l’humanité, t. 5), 2001, L’Éthique complexe, t.6, 2004.

Watzlawick Paul (dir.), Ernst von Glaserfeld, Heinz von Foerster, Rupert Riedl, David L. Rosenhan, Rolf Breuer, Jon Elster, Gabriel Stolzenberg et Francisco J. Varela, The invented Reality : How Do We Know What We Believe We Know ?, New York, Norton & Cy, 1980; L’invention de la réalité, contributions au constructivisme, Paris, Seuil, 1981, trad. française Anne-Lise Hacker.

Berger Peter L. & Luckman Thomas, The Social Construction of Reality, New York, Anchor Books, 1966; trad. française,  La Construction sociale de la réalité, Paris, Méridiens Klincksieck, 1986.

[45]          Beaurepaire Pierre-Yves, Le temple maçonnique, in Socio-anthropologie [En ligne], 17-18 | 2006, mis en ligne le 16 janvier 2007, consulté le 12 mai 2015. URL : http://socio-anthropologie.revues.org/466.

[46]          La version « officielle » biblique est cependant conservée dans les rituels de la Maçonnerie des Dames avec en plus un poids supplémentaire, les femmes supportant les conséquences de l’hubris des hommes.

[47]          L’Hubris ou Hybris (ὕϐρις) désigne la démesure, l’impudence orgueilleuse, le sentiment de se croire l’égal du Ciel.

[48]          Cf. James Anderson, Constitutions…, Londres, 1723, p.9/10 ; La relation sur la franc-maçonnerie de l’abbé Antoine François Prévost dit d’Exiles, in Le Pour et le Contre. Ouvrage périodique d’un goût nouveau, 1737, Louis-François, marquis de La Tierce, Histoire, Obligations & Statuts de la très Vénérable Confraternité des francs-maçons…, Amsterdam, 1742, p. 23/9 ; degré de Noachite ou Chevalier Prussien ; personnage de Phaleg.

[49]          Stricto sensu, langue véhiculaire du monde grec antique.

[50]          Toujours et encore la même problématique !

[51]          Res publica universalis : non un régime politique particulier, mais une organisation transnationale, une communauté confraternelle, une institution savante ignorant les frontières politiques, les clivages idéologiques et les différences culturelles, et donc une idée généreuse et une utopie même si des réalisations concrètes virent le jour au XVIIIe siècle.

[52]          Pierre-Yves Beaurepaire, La République Universelle des Franc Maçons, Nantes, Ed. Ouest-France, 1999.

[53]             On ne mène rien à terme par la discorde.

[54]          Cf. Dachez Roger, Hiram et ses frères, Paris, Vega, 2010.

[55]          Ce nom est repris dans le Briscoe Pamphlet (1724) en réaction contre le choix andersonien de l’année précédente.

[56]          Fils d’un père inconnu à l’exception de son origine tyrienne et d’une veuve de la tribu de Nephthali (I Rois, 7, 14) ou de la tribu de Dan (II Chroniques, 2,4).

[57]          De Nerval (La Légende d’Hiram. Histoire de la Reine du Matin et de Soliman Prince des Génies, Paris, Charpentier, 1851) à Christian Jacq (Maître Hiram et le roi Salomon, Paris, Presses Pocket, 1991), pour demeurer dans l’espace francophone, la vie du héros s’étoffe. Avec l’ouvrage d’Anne-Marie Molinié, Hiram et la parole perdue, Paris/Montréal, Publibook, 2011, on possède comme dit le sous-titre une « biographie ».

[58]          Cf. Dachez Roger, http://www.compagnonnage.info/renaissancetraditionnelle/PDF/Dachez-Hiram.pdf

[59]          Classification du savoir selon Alcuin (c. 732/804).

[60]             L’homme demeure maître de la manière dont il accueille le destin.

[61]          Le mythe de Sisyphe. Essai sur l’absurde, Paris, Gallimard, 1942.

[62]          Le mythe fondateur commence souvent par une crise destructrice : toute révérence gardée, il y a du mythe hiramique dans Orange mécanique, de Stanley Kubrick, lorsque les trois droogs se révoltent contre leur ancien leader, Alex.

[63]          Cf. Girard René, La violence et le sacré, Paris, Grasset, 1972.

[64]          Les mauvais compagnons sont les frères d’Hiram. Mais leur statut d’ouvrier les place en position « filiale » vis-à-vis du maître.

[65]          Ou de Tammuz, Attis, Adonis & Dionysos, tous « deux fois nés », mais également les dogons Nommo, le yoruba Shango (Nigeria) ou l’imàndwa Ryangombe (Rwanda) pour rester dans l’Afrique subsaharienne.

[66]          Encore que !… Cf. Lecourt Dominique, Prométhée, Faust, Frankenstein. Fondements imaginaires de l’éthique, Synthélabo, 1996.

[67]          Autre figure mythique présente en franc-maçonnerie. Cf. Fabrizio-Costa Silvia (dir.), Phénix. Mythe(s) et signe(s), actes du colloque international de Caen (octobre 2000), Berne/Berlin/Bruxelles/Francfort/New York/Oxford/Vienne, Lang, 2000 ; Ghasarian Christian & D’Ortenzio Diego, La renaissance du Phénix. Mythe(s) et signe(s), 2011.

http://www.academia.edu/3520654/La_renaissance_du_Ph%C3%A9nix_Mythe_s_et_symbole_s_

[68]          Encore que le Jésus maçonnique n’est pas le Jésus rédempteur. Cf. Rousse-Lacordaire Jérôme, Jésus dans la tradition maçonnique, rituels et symbolismes du Christ dans la franc-maçonnerie française, Paris, Desclée, 2003 ; item, Le Rose-Croix Parfais Maçon & Parfait Chrétien ; le grade de Rose-Croix et le christianisme primitif, SFERE, séminaire de mai 2006 (Palais du Luxembourg), Paris, SFERE, 2007.

[69]          Mollier Pierre, La Chevalerie maçonnique : franc-maçonnerie, imaginaire chevaleresque et légende templière au siècle des Lumières, Paris, Dervy, 2005.

[70]          Bryon-Portet Céline, La chevalerie, un mythe à l’ère de la communication, in Quaderni, 70, 2009, p. 111-119.

[71]          Société d’origine nord-américaine (Knights of Labour), aux formes maçonnisantes  mais distincte de la franc-maçonnerie même si en France la double appartenance est fréquente notamment chez les animateurs du mouvement.

[72]          Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes ?, Paris, Editions du Seuil, 1983.

[73]          Cf. Weber Max, Wissenschaft als Beruf (1917) et Politik als Beruf.(1919), conférences prononcées à l’université de Munich, traduites en français et publiées par Jean Freund, avec une introduction de Raymond Aron, Paris, Plon, 1959.

[74]          La question a été évacuée en introduction mais se pose néanmoins la nature de la franc-maçonnerie. Après plus de quarante ans de pratique et d’analyses (mais cela prouve seulement que je suis vieux), j’aurais tendance à croire que l’efficience de la franc-maçonnerie réside dans sa polysémie, sa polyphonie, sa polychromie, sa polymorphie et sa polyglossie. Aussi peut-on dire qu’elle est simultanément, successivement, partiellement, partialement, maladroitement, temporellement un lieu de sociabilité discret middle class, une réunion de copain(ine)s, une structure initiatique, un club de réflexion politique, un laboratoire d’idées, un simple diner’s club, un ordre non religieux, une société à secrets, un réseau relationnel, une Eglise de volontaires (une communauté exclusive d’adhérents « libres » pour un projet commun à prétention universelle), une secte non sectaire, une religion humaniste, une religiosité séculière, une civil religion, une institution philosophique et progressive, un mode d’engagement citoyen, une camarilla, une coterie, une organisation caritative et philanthropique, un conservatoire de pratiques sociales, une forme d’ésotérisme, une discipline d’éveil, une école de pensée, un « jeu royal », une école du silence, une forme de brainstorming, un art de la litote, une herméneutique, une éthique, une sagesse, un mode pour être et pour être au monde, une méthode éducative, un mode de connaissance de soi, une thérapie, une solution pour apprivoiser la solitude, un lieu de convivialité, une forme de cocooning et autres encore, bref un corps social et un corps spirituel.

[75]          « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font… », Luc, XXIII, 34.

[76]             Cf. les nombreux rites de passage et les mythes de voyage dans le corpus maçonnique.

[77]          Relatif à la formation des mythes.

[78]          I principi di une Scienza Nuova Prima, Naples, F. Mosca, 1725. Cf. http://www.philosophie-pinchard.com/giambattista-vico.php

[79]          On pourrait ainsi se demander quelle est la conception de la vérité à l’œuvre dans la mythologie maçonnique à la manière, nolens volens, de Bruno Cany posant cette même problématique pour la poésie homérique. Cf. Homère. Une anthropologie de la vérité, Paris, L’Harmattan, 2001.

[80]             Cf. George Christian, Polymorphisme du raisonnement humain, Paris, PUF, 1997.

[81]          D’une certaine manière, la construction de la « vérité scientifique » (c’est-à-dire une proposition construite par un raisonnement rigoureux appuyé sur des données vérifiables et reproductibles) obéit au même processus. Cf. René Thom (avec Emile Noel), Prédire n’est pas expliquer, Parsi, Eshel, 1991, p. 120 : «La théorisation, pour moi, est liée à la possibilité de plonger le réel dans un virtuel imaginaire, doté de propriétés génératives, qui permettent de faire des prévisions ».

[82]          Cf. Berger & Luckmann, op. cit.

[83]          Cf. Vincent Jean-Didier, Biologie des passions, Paris, Odile Jacob, 1986 ; Dennett Daniel, Consciousness Explained, Boston, Little Brown & Co, 1991, traduction française par Pascal Engel, Paris, Odile Jacob, 1993 ;  Damasio Antonio, L’erreur de Descartes. La raison des émotions, Paris, Odile Jacob, 1994 ; item, Spinoza avait raison : joie et tristesse, le cerveau des émotions, Paris, Odile Jacob, 2003 ; Goleman Daniel, Emotionnal Intelligence,New York, Bloomsbury Publishing, 1996.

[84]          Cf. par exemple le triptyque de Hans Memling Het Mystieke Huwelijk van de Heilige Catherina (c.1474/1479), présentement au Musée Memling à Bruges.

[85]          Allusion toute littéraire (comme la note précédente) à l’œuvre attribué à Johann Valentin Andreae, Chymische Hochzeit Christiani Rosencreutz anno 1459 (Strasbourg, 1616).

[86]             Avec Fontaine Jacques, La franc-maçonnerie en débat, Paris, Dervy, 2010.

[87]          Bryon-Portet Céline, La Franc-maçonnerie, entre cité céleste et cité terrestre : divisions et équilibrages internes au sujet du théisme, de la religion et des questions sociétales, in Amnis. Revue de civilisation contemporaine Europes / Amériques, 2012, n°11.

[88]          Cf. l’étymologie du mot symbole, sumbolon (σύμβολον), le tesson de poterie donné à chaque partie contracte et qui devait parfaitement s’emboiter avec l’autre. De là à voir dans Hiram la figure opposée à celle du diabolos (διάβολος), celui qui divise ?

[89]             In Louÿs Pierre, Les aventures du roi Pausole, Paris, Charpentier & Fasquelle, 1901.

[90]          Heureux qui a pu connaître les causes des choses et qui a mis sous ses pieds toutes les craintes, et l’inexorable destin, et le bruit de l’avare Achéron in Virgile, Géorgiques, II, 490/2.

 

 

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