Le temple d’Hérode ou le deuxième (troisième ?) temple de Jérusalem

Après la victoire d’Issos (333 BC),  la Judée fut occupée par les troupes d’Alexandre le grand. L’historien juif Flavius Josèphe (Yossef ben Matityahou HaCohen)(c.37/c.100) dans ses Antiquatates Judaicae (XI, 321/47) et le Talmud de Babylone (Yoma 69a), compilé au 6e siècle, rapportent la rencontre entre le jeune conquérant macédonien et le grand prêtre (Kohen Gadol) Simon le Juste (Shimon HaTzadik). Rien n’est moins sûr.20492424

Quant à la légende de sa conversion au judaïsme (de facto au christianisme vu le contexte culturel), elle naquit avec les trois versions françaises du Roman d’Alexandre (XIIe siècle).

A la mort d’Alexandre, la Judée fut disputée entre les diadoques (généraux qui se partagèrent l’empire alexandrin). Elle échut ainsi à Antigone Monophtalmos (382/301), satrape de Phrygie, Lycie, Pamphylie & Lycaonie, puis à l’hipparque Séleucos 1er Nicator (c.358/281 BC), satrape puis roi (305) de Perse-Babylonie et Syrie (301) et enfin à Ptolémée Ier Sôter (c. 367/283), satrape, puis roi (305) d’Egypte qui s’en empara en 302/1. La Judée demeura égyptienne pendant plus d’un siècle. Commença alors pour les Juifs de Judée/Coelé-Syrie (Syrie intérieure) & d’Egypte une période d’hellénisation progressive, symbolisée par la traduction, à Alexandrie, de la Torah, en grec, à la demande (sous le patronage) de Ptolémée II Philadelphe, pharaon de 283 à 246 BC, par 72 [1] (septante-deux) intellectuels. Le rôle du temple et de son grand prêtre devint central, à la fois comme outil de collecte des taxes, impôts et dons et expression de la communauté juive auprès du gouvernement d’Alexandrie. A ce poste, après Simon Ier Ha Tzadik se succédèrent de père en fils : Onias II qui serait entré en conflit pour des motifs fiscaux avec le pharaon (246/222) Ptolémée III Evergète & Simon II (219/199).

Après la cinquième guerre de Syrie (201/195) et la victoire de Panion (aujourd’hui Bāniyās, dans le Golan), le roi de Perse-Syrie le Séleucide Antiochos III Mégas occupait la Coélé-Syrie & la Judée. La domination séleucide fut moins débonnaire que la ptolémaïque. A Jérusalem, une assemblée d’Anciens (Gérousia), le Sanhédrin [2] (sunédrion) se constitua comme lieu de pouvoir politique, religieux et judiciaire, à côté du grand prêtre. Séparée de Jérusalem, une partie de la diaspora égyptienne commença à se réunir dans des « maisons de prières », ancêtres des synagogues [3]. Un phénomène identique se déroula en Judée. L’hellénisation se poursuivit opposant les Juifs hellénisés ou hellénisants, bénéficiant de l’attirance des prosélytes ou des sympathisants Craignant-Dieu aux traditionnalistes Hassidéens (Hassidim/Assidaioi). Le conflit se doublait d’une incompréhension culturelle entre la pensée grecque et le judaïsme. Pour les Grecs de l’époque hellénistique, le judaïsme n’était pas une véritable religion, mais une philosophie, le monothéisme (comme l’athéisme au demeurant) ne relevant pas de la croyance mais de la spéculation philosophique. L’aristotélicien Théophraste d’Erèse (c. 371/288), premier penseur grec à parler des Juifs dans son traité Sur la piété les qualifie de philosophoi ontes to genos. Pour les Juifs hellénisés, l’hellénisme n’était pas une religion polythéiste mais un modèle culturel, synonyme d’universalité et de modernisme. Pour les premiers, la « religion juive » (comprise par eux comme une philosophie), même connue à travers la Septante avait peu d’intérêt car bien trop absconse. Les seconds voulaient bien être des citoyens à la mode grecque mais en conservant leur foi et leurs usages. Ainsi lorsqu’Antiochos III ordonna que le peuple juif vivrait « conformément aux lois de ses pères », le législateur faisait référence à la formule judiciaire confirmant l’autonomie des cités alors que les Juifs comprirent conformément à la loi mosaïque. Cependant, les traditionalistes n’étaient pas arc-boutés sur un judaïsme judéen figé mais capables d’innovations religieuses [4].

Le conflit se cristallisa entre le pouvoir séleucide qui se débattait dans des problèmes financiers en partie liés à l’indemnité imposée [5] par Rome par le traité d’Apamée Kibôtos (188 BC) et le temple de Jérusalem qui cherchait à préserver son autonomie politique, religieuse et économique. C’est ainsi qu’il faut lire l’échec de la mission (c. 176) d’Héliodore, ministre de Séleucos IV Philopator, roi de Mésopotamie/Syrie (187/175) face à la résistance du grand prêtre (185/175) Onias III, épisode embellie d’interventions divines selon le 2e Livre des Macchabées (3) et corroborée en partie par la stèle d’Héliodore (Olympiodore). L’année suivante ( ?), le nouveau roi Antiochos IV Epiphane (175/164) trouva un relais à sa politique mêlant exaltation de la culture grecque et intérêts pécuniaires bien compris, dans la personne de Jehoshoua grécisé en Jason, à qui il remit (moyennant rétribution) la grande prêtrise (175/172) confisquée à son frère Onias III. Sans être contraints par le pouvoir séleucide, le nouveau grand prêtre et le « parti » hellénisant développèrent un programme destiné à faire sortir le peuple juif de son ethno-religiosité structuré autour du Temple en le remodelant dans le cadre d’une cité grecque (polis) où même les normes religieuses pourraient être discutées et votées par une gérousia ou par le démos, formé des seuls Juifs hellénisés. Il s’agissait, pas moins, de transformer Jérusalem en Antioche de Judée. Ce projet qui ne rencontra pas une hostilité généralisée comme le confirme les deux Livres des Macchabées, visait à effacer le particularisme juif sans abolir, tout en le modernisant, le référent religieux. En 172, Jason réussit à se faire donner la grande prêtrise moyennant finance. Non issu de la famille sacerdotale de Saddoq, il pilla le trésor du Temple et fit assassiner Onias III, provoquant une révolte et sa destitution (169). L’année suivante, Antiochos IV, de retour d’une guerre contre l’Egypte, écrasa la rébellion, fit construire la cité fortifié de l’Akra pour dominer la cité. En décembre 167, un décret royal, sans doute inspiré par Ménélas, abolit la loi mosaïque et interdit la circoncision et le sabbat. Sans supprimer le culte de Yahvé, traduit et/ou assimilé à Zeus Olympien, un autel de Baal fut installé à côté du sien, et des animaux cashers y furent sans doute sacrifiés. Cette assimilation/hellénisation, sans doute conduite par les « ultra-modernistes », fut vécue par les traditionnalistes comme une profanation, « l’abomination de la désolation » [6]. Des révoltes spontanées éclatèrent. Très rapidement, les Maccabées (Makabim) prirent la tête du mouvement. D’abord le vieux prêtre Mattathias (c. 240-30/166), puis son fils Judas (Yéhouda HaMakabi), vainqueur des troupes royales lors d’une série de bataille en 166/165. Jérusalem fut délivrée, le Temple rendu au seul culte yahviste. La nouvelle « inauguration » de l’autel des offrandes (décembre 165 ou hiver 164/3) donna naissance à Hanuka, la fête de l’Edification. Durant le court règne (164-3/162) du jeune (10-12 ans) Antiochos V Eupator, le « régent » Lysias et Judas auraient négocié la « liberté religieuse » pour les Juifs, mais la guerre continua aux marges de la Judée. En 161, Judas fut tué. Son frère Jonathan reprit le flambeau. Il semble cependant qu’entre 160 et 158, les hellénisants conduits par le grand prêtre Alcime (Alkimos/Eliaqim), successeur de Ménélas assassiné en 162, et appuyé par le gouverneur séleucide de Syrie Bacchidès reprirent la main. Une période assez confuse s’ensuivit où les deux camps furent tour à tour vainqueurs. Profitant de la guerre civile entre le roi séleucide (162/150) Démétrios Ier Sôter et l’usurpateur Alexandre Balas qui le détrônera (150/145), Jonathan obtint de ce dernier la grande prêtrise. La tentation monarchique ne cessa de croître chez les Macchabées. S’ils finirent par s’imposer, ce fut parce qu’ils réussirent à concilier le judaïsme religieux traditionnel et une forme de pouvoir de type hellénistique, non le modèle de la cité dépassé mais celui du royaume post-alexandrin. En 143/2 le dernier fils Maccabée, Simon devint grand prêtre, stratège et hégémon, puis ethnarque « à perpétuité » profitant du règne chaotique de Démétrios II Nicator et de Diodote Tryphon, fils de Balas, qui durant son règne (142/138), chercha à soumettre la Judée. A la mort de Simon, Jean Ier Hyrcan lui succéda comme grand prêtre et ethnarque. Il obtint la quasi-indépendance de la Judée en 129 & doubla le territoire de son royaume en faisant la conquête de la Samarie (Samarie & Sichem), au nord & de l’Idumée (Hébron), au sud. La dynastie hasmonéenne s’installa pour un siècle avec les deux fils de Jean, Aristobule ler (104/3) et Alexandre Jannée (103/76), la veuve des deux précédents, Salomé Alexandra (76/67), leurs deux fils II, Aristobule II & Hyrcan II, mais les conflits entre les deux frères tournèrent à la guerre civile entre pharisiens (pharisaioi/perûšîm), classes moyennes urbaines plus ou moins hellénisées partisanes d’adapter la Loi et les usages aux exigences du temps, affirmant le caractère autoritaire de la tradition orale (Tora she-be-al pe) et saducéens (sadducaei/Tsadoukim), conservateurs religieux. Les deux camps firent appel à Rome. Pompée (Cnaeus Pompeius Magnus) qui venait de vaincre Mithridate, roi du Pont, prit Jérusalem, pénétra dans le temple mais ne le pilla. Les combats auraient fait 12 000 morts. Plusieurs centaines de Juifs furent envoyés en esclavage à Rome. L’imperator romain laissa la Judée et la Galilée à Hyrcan II qui dut renoncer à son titre de roi et se vit doubler par son ministre Antipater, à la solde de Rome. Hyrcan II règnera jusqu’en 40 BC. Marcus Licinius Crassus (c. 115/53), un des triumvirs, en route pour une guerre contre les Parthes, pilla consciencieusement divers lieux d’orient. Selon Flavius Josèphe, il aurait récupéré 10 000 talents et une poutre en or dans le Temple de Jérusalem. Sa mort en 53 provoqua une révolte matée par son successeur comme proconsul de Syrie Caius Cassius Longinus. Pendant la guerre civile romaine (49/8), la Judée fut partagée entre les partisans de Pompée (Hyrcan & Antipater) et ceux de César (Aristobule II & son fils Jonathan Alexandre, l’un empoisonné, l’autre décapité par les pompéiens en 49). Pompée mort (48 BC), Hyrcan II & Antipater se rallièrent à César. Sa mort provoqua d’autres conflits. Phasaël, stratège de Jérusalem & Hérode (73/4 BC), fils d’Antipater, stratège de Galilée se rallièrent successivement aux divers vainqueurs. Antoine les éleva au rang de tétrarque (41 BC). En 40/39, les Parthes envahirent la Syrie/Judée. Phasaël se suicida, Hyrcan II fut emmené prisonnier tandis qu’Antigone II Mattathiah, dernier fils d’Aristobule II fut proclamé roi et grand prêtre. Réfugié à Alexandrie, puis à Rome, Hérode fut proclamé roi de Judée & socius et amicus populi romani par le Sénat romain (décembre 40). A compter de 39/8, Hérode, avec l’aide des Romains, entreprit la reconquête de la Judée. Après un siège de cinq mois (printemps/été 37), Hérode s’empara de Jérusalem, non sans avoir auparavant épousé la hasmonéenne Mariamne (Myriam[7].

hérode-6Hérode régnera jusqu’en 4BC. Il brisa le parti sadducéen, élimina une partie de sa belle-famille hasmonéenne & prit à son service Nicolas de Damas (64 BC/19-20 AD) qui rédigera pour lui, une histoire universelle en 114 livres en partie conservée de nos jours (Ίστορίαι). Il agrandira son royaume comme auxiliaire de Rome. Il vainquit les Nabatéens (31BC) et après sa rencontre à Rhodes (printemps 30) avec Octave (Auguste), tout nouveau vainqueur d’Actium, il obtint diverses villes au nord et à l’ouest comme Gaza, Jéricho, Joppé (Jaffa) ou Samarie. Néanmoins, il demeura de facto « vassal » de Rome, chargé à la fois de maintenir l’ordre dans ses états et de protéger sa part de « frontière » orientale contre les Parthes en échange de la protection des légions romaines.

Grand bâtisseur entre 29 & 9 BC, Hérode fit, à Jérusalem, édifier le théâtre et l’amphithéâtre, restaurer la forteresse Antonia et les murailles. Il fit construire ou reconstruire plusieurs cités comme Samarie (Sébaste), le port de Césarée maritime (Qaysârya), des aqueducs ainsi que diverses forteresses comme Massada (entre 37 et 15 BC). Par soucis de prestige, de philohellénisme et de géopolitique, il finança les travaux de divers ouvrages dans plusieurs villes de l’orient méditerranéen (Antioche, Athènes, Rhodes, Tripoli ou Tyr notamment).

Pour contrôler le temple, Hérode nomma des grands prêtres choisis parmi des Juifs non judéens d’esprit crypto-saducéen : Hananel Hamitzri (Egyptien) (36/30), José ben Phadi (Egyptien) 30/23, Simon ben Boëthus (Alexandrin) 23/6 & son frère Yoazar ben Boëthus . Seul Mathias (Mattatiah) ben Théophile, juif hellénisé, semble être de Jérusalem (ou de Galilée).

Le plus grand projet de construction d’Hérode fut cependant le Temple de Jérusalem. Plusieurs motifs divers et convergents poussèrent le roi à modifier et à agrandir le temple dit de Zorobabel :

***prestige géopolitique et personnel ;

***acte de piété sincère ou feint ;

***légitimation religieuse de son pouvoir politique ;

***renforcement de la position de Jérusalem comme centre religieux et politique des Juifs de Palestine et de la Diaspora ;

***nécessité de recevoir des pèlerins de plus en plus nombreux aux trois principales fêtes (Pessa’h (Paque), Shavuot (Fête des Semaines, Pentêkostề hêméra (cinquantième jour), fête du début des moissons) et Sukkot (Fête des Tabernacles, assistance divine lors du retour d’Exil et fin des récoltes) ;

***imitation de la Rome monumentale et de la vision architecturale et urbanistique d’Auguste.

Selon la belle formule de René Bloch [8], Hérode agissait pour Auguste mais aussi comme Auguste. « Son » temple sera plus haut, plus beau et plus grand que tout édifice hiérosolymitain existant.

Les travaux commencèrent en 20/19 et durèrent pour la partie centrale une dizaine d’années mais des découvertes récentes semblent confirmer que les travaux se terminèrent sous le règne d’Agrippa II (27-28/93-101), roi de Chalcis en 50, puis en 55/4, d’Iturée, Batanée, Trachonitide & Auranide et administrateur du temple de Jérusalem alors en Judée romaine, avec pouvoir de désigner le grand prêtre.

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Second Temple bis ou d’Hérode, inclus dans la maquette de la Jérusalem reconstituée (du milieu du premier siècle), construite pour l’Holy Land Hotel Jérusalem & déposée depuis 2006 en exposition permanente à côté du Sanctuaire du Livre, au Musée national d’Israël, à Jérusalem.

 

S’il fut construit à la romaine, avec d’importantes innovations architecturales, l’archétype du temple demeurait juif : Ulam/Hêkâl (éclairé par le chandelier à sept branches à l’entrée, avec la table des pains de propositions et un autel en or pour l’encens/Debir (séparé par un double rideau du précédent, sans mobilier et accessible qu’au seul grand prêtre), avec ouverture vers l’est. On y accédait par un escalier donnant sur la cour des prêtres où se déroulaient les sacrifices. Devant, le temple était précédé d’une série de cours : la cour d’Israël (cent trente-cinq coudées de long et onze de large), réservée aux hommes circoncis, avec un autel, des tables destinées à recevoir les animaux sacrifiés et un bassin pour la purification des prêtres. Elle était séparée de la cour des femmes, plus basse de deux coudées, par la porte de Nicanor et un escalier de quinze marches en demi-cercle. Aux quatre coins de ladite cour, on trouvait les magasins du bois (NE) et des huiles (SO) et les salles des lépreux (NO) et des nazirs (SE), nazirites ou naziréens, les séparés qui avaient fait vœu d’ascétisme pour une période limitée en remerciement d’une bénédiction (naissance, guérison, etc…). Bien que baignant dans la culture romano-hellénistique, le plan général exprimait une théologie juive. Par ses degrés successifs marqués par des dénivelés et ses séparations par des portes, l’architecture du temple illustrait parfaitement la hiérarchisation de la société globale définie par le corpus juif : goyim, femmes juives, hommes juifs, prêtres, grand prêtre. Chacun des degrés servait à la fois de séparation et d’intermédiaire entre le précédent et le suivant. Le parcours conduisait vers Dieu que chacun pouvait approcher plus ou moins selon son statut, mais l’Eternel était au cœur de l’édifice.

A ce plan en partie « salomonien » s’ajoutait autour mais étendu vers le sud, la cour des goyim (gentils), entourée de galeries à colonnades, où se rencontraient les changeurs (car le temple avait sa propre monnaie) et les marchands d’animaux et d’objets nécessaires aux cultes, et certains rabbis qui y enseignaient. Au nord-ouest de l’enceinte se dressait la forteresse Antonia, vaste caserne militaire construite sous Hérode sur l’emplacement d’un fort hasmonéen. Au sud de la cour des goyim et s’ouvrant sur elle, légèrement surélevée, on trouvait la stoa royale, sur le modèle d’une basilique romaine, lieu de commerce et d’administration.

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Reconstitution du mont du Temple à l’époque hérodienne vue du NO d’après LeVigilant.com.

 

Le mont du Temple remodelé occupait 15 hectares soit 1/6 environ de la ville de Jérusalem. Il fut entouré d’une muraille inclinée à 12° & formée de blocs de 1 à 7 m. de long et 1 m. et plus de haut, formant un trapèze de 260/280/281 mètres (sud), 445/488/491 (ouest), 290/310/315 (nord) et 430/461/470 (est).

En 4 BC, Hérode Archélaos, fils aîné d’Hérode, lui succéda sur la Judée/Samarie/Idumée avec le titre d’ethnarque. Dénoncé à Rome comme tyran, il fut déposé par Auguste en +6 et exilé à Vienne (Gaule). Il nomma trois grands prêtres :

*** Eléazar ben Boethus (4/3 BC)

*** Josué ben Sié (-3/6)

*** Joazar ben Boethus (frère d’Eléazar) (6)

Durant ce règne se déroula une révolte zélote menée par Judas le Galiléen ou Judas ben Kizkiya (Ezéchias, tué en 47/6 BC sur ordre d’Hérode, alors stratège de Galilée) qui prendra Sepphoris, laquelle sera rasée en représailles.

En + 6, la Judée devint province romaine rattachée à la Syrie, administrée par un procurateur résidant à Césarée (Tour de Strabon), mais sous la tutelle du légat d’Auguste propréteur de 6 à 9, Publius Sulpicius Quirinus (c. -40/+21) qui nomma comme grand prêtre Anân (Hanan/Anne) ben Seth (6/15). Furent successivement procurateurs :

***Coponius (c.6/c.9) ;

***Marcus Ambivius (c.9/12) ;

***Annius Rufus (12/14-15) ;

***Valerius Gratus (15/26). Il nomma successivement quatre grands prêtres :

*** Ishmaël ben Phabi (15/16) ;

*** Eléazar ben Anân (fils d’Anân ben Seth) (16/17);

*** Simon/Ishmael ben Camithus (17/18) ;

*** Joseph dit Caïphe, gendre d’Anân ben Seth) (18/36).

***Pontius Pilatus (26/36-7), [prae]fectus Iudaeae selon une inscription et non épitropos (ἐπίτροπος), ce qui correspond au titre latin de procurator (Philon, évangile de Luc, Tacite) : durant ses onze ans de gouvernance, on relève six incidents notables avec la communauté juive, sans compter les arrestations et les exécutions de Jean le Baptiste (vers 28/9 ?)  et de Jésus de Nazareth, et l’emprisonnement de Jésus Bar Abba (Barabbas), lestaï c.a.d. un sicaire ou un zélote.

Ce fut sous son governorat, à la date de Pessa’h 14 Nissan/7 avril 30 (27 avril 31 ?, 3 avril 33 ?) qu’est fixée la mort de Jésus le Nazôréen, « roi des Juifs » après un « ministère » [9] de douze à trente mois (les trois années des Evangiles sont une durée symbolique)

En 36, Pontius Pilatus fit réprimer avec célérité un rassemblement de  Samaritains sur le  mont Garizim, conduit par le Samaritain (Dosithéos, selon Origène) qui s’était auto-proclamé «nouveau Moïse». Le préfet sera désapprouvé par l’empereur Caligula : le massacre des Samaritains  lui coûte sa place.

NB : En 35, l’ancien consul Lucius Vitellius (-5/+51) fut nommé légat de Syrie jusqu’en 37/8. Il destitua Caïphe et le remplaça par Jonathan ben Anân (36/7), frère d’Eléazar et beau-frère de Caïphe, puis par son frère Théophile ben Anân (37/41).

Les successeurs de Pilate furent Marcellus (36/7) & Marullus (38/41).

Durant cette période, la fin de la royauté hasmonéenne avait redonné force et vigueur à la grande prêtrise. En 41, l’empereur Claude donna la Judée, l’Idumée et la Samarie à Hérode Agrippa (-10/44), déjà roi de Basanée & Trachonitide (37), de Galilée & Pérée (39), déclaré Rex amicus et socius populi romani.

Le roi Hérode Agrippa nomma trois grands prêtres :

*** Simon Cantheras ben Boethus (41/3)

*** Mathias ben Anân (frère d’Eléazar & Jonathan) (43)

*** Elioneus ben Simon (fils de Simon Cantheras) (43/4).

A sa mort (44), la Judée fut à nouveau administrée par des procurateurs romains. Néanmoins Hérode (V), fils d’Aristobule IV, lui-même fils d’Hérode le Grand, et frère cadet d’Agrippa, roi de Chalcis (Anjar au Liban) depuis 41 est nommé inspecteur du temple de Jérusalem (44/48). Il nomma comme grand prêtre Elioneus (Elionée/Elioheini) ben Simon Canthara (ben Ha qqayyah) (43/44), puis Cuspius Fadus (44/6) ;

Sous sa gouvernance se déroula la révolte messianique de Theudas/Thaddée.

Lui succèda Tiberius Julius Alexander (46/48). Sous sa gouvernance se déroula la révolte galiléenne conduite par Jacob et Simon, fils de Judas le Galiléen, lesquels seront tous deux crucifiés.

Puis vinrent Ventidius Cumanus (48-52), Marcus Antonius Félix (52/60), Porcius Festus (60/62), Albinus (62/64), Gessius Florus (64/66) & Marcus Antonius Julianus.

Durant cette période, Hérode Agrippa II (27/c.101) fut roi de Chalcis (49), puis de Batanée, Trachonitide & Auranitide (55) et d’une partie de la Perée et de la Galilée (peut-être en 61). Il participa à la répression romaine de la révolte juive tandis que sa sœur-reine Bérénice (c.28/c.100) devient la maitresse de Titus et demeurera auprès de lui jusqu’en 79.

Sous son administration commença la première guerre judéo-romaine (66/73) ou la Grande Révolte (ha-Mered Ha-Gadol) : la guerre « nationale » se transforma en guerre civile. L’armée romaine (50 000 hommes) conduite par Titus Flavius Vespasianus (39/81), futur empereur (79) assiégea (mars-septembre 70) puis prit Jérusalem. Les habitants sont exterminés, la ville et le temple sont rasés.

Durant cette première révolte juive, narrée scrupuleusement par Flavius Josèphe (37-100) dans le De Bello Judaica, Jérusalem fut détruite quasi complètement. Les habitants subirent de grosses pertes tandis que 90 000 Juifs s’exilèrent. Cette destruction est gravée dans les murs de l’histoire. En effet, aujourd’hui encore dans la ville de Rome, il existe un témoignage de la destruction de Jérusalem sur l’Arc de Titus que les Romains érigèrent en 81 pour commémorer la prise de Jérusalem. Alors commença la deuxième Diaspora.

Durant cette période, les grands prêtres furent :

*** Joseph ben Canée (Camidas) (44/46);

*** Hananiah, fils de Nébédé (46/52), tous deux nommé par Hérode de Chalcis ; 

*** Jonathan ben Hanan (52/56), assassiné ;

*** Ishmael ben Phabi II (56/62), nommé par Hérode Agrippa II, destitué, envoyé comme otage à Rome, et décapité à Cyrène (c.70) ;

*** Joseph Qabi ben Simon (62/3);

*** Hanan ben Hanan (63);

*** Josué ben Damnée (63)

*** Josué ben Gamla (63/4)

*** Mattatiah ben Théophile II (65/6), tous nommé par Hérode Agrippa II.

Le dernier grand prêtre sera Pinhas ben Chmouel (67/70)

La révolte juive se termina le 2 mai 73, par la prise de Massada : Les derniers résistants juifs se suicidèrent pour ne pas survivre à la victoire romaine.

50 ans plus tard, la révolte de Shimon Bar Kokhba (Kozevah) (132-135),  ou seconde guerre judéo-romaine, est la seconde (ou la troisième en prenant en compte les émeutes de 115/117 connues sous le nom de guerre de Quietus, du nom du général Lusius Quietus qui la réprima) insurrection des juifs de Judée contre Rome, et la dernière des guerres judéo-romaines. Bar Kokhba organisa une armée, instaura un État juif indépendant, projeta de reconstruire le Temple & fit battre monnaie.

Les causes de sa révolte étaient multiples :

*** D’abord la décision de l’empereur Hadrien de construire sur l’emplacement de Jérusalem ruinée une colonie du nom d’Aelia Capitolina, autour d’un temple dédié à Jupiter capitolin, sur l’emplacement de l’ancien Temple  (selon lanumismatique, la fondation d’Ælia Capitolina est effective dès 131-132).

*** Ensuite, l’interdiction générale de la circoncision, prise à l’encontre de tous les peuples la pratiquant tels les Juifs, mais aussi les Arabes et les prêtres égyptiens ou syriens.

La guerre toucha uniquement la Judée (et non l’ensemble de la Palestine). Elle dura trois ans ; Elle commença par la prise de la forteresse de l’Hérodion. Elle prit la forme d’une guérilla rurale. Rome envoya huit légions aux ordres de Sextus Julius Severus pour la réprimer. Par la politique de la terre brulée, ce dernier brisa la révolte.

Après la défaite, Jérusalem fût rasée sur ordre d’Hadrien et interdite aux Juifs. Une ville romaine, Aelia Capitolina, fût bâtie sur le site de Jérusalem. Sa population était composée de vétérans de la Ve Légion Macedonica, mais aussi de Grecs et de Syriens. Après 135, le mouvement rabbinique se déplaça vers la Galilée. Cette expulsion marquait la fin de la relation du peuple Juif avec la terre des anciens Hébreux et du Temple.

Il faudra attendre le règne d’Antonin le Pieux (138-161) pour que soit abrogées en 139/140 les lois anti-juives, à l’exception de l’interdiction de circoncire des prosélytes et d’entrer dans Jérusalem. Le Sanhédrin s’établit à Ousha en Galilée occidentale autour de Rabbinim Shimon ben Gamliel II, tanna (docteur de la Mishna), nassi (président) de l’assemblée, Meïr (Nehoraï) et Shimon bar Yohaï, auteur supposé du Zohar.

Le Sanhédrin présidé par le nassi (נָשִׂיא), choisi jusqu’à la fin dans la maison de Hillel, sera la seule autorité juive subsistant et son influence s’exercera bien au-delà de la terre d’Israël. Il faisait fonction de tribunal suprême du judaïsme et sur le territoire de l’ancienne Judée, il percevait la dîme. A partir du IIIe siècle, les ressources du Sanhédrin allant s’amenuisant avec les taxes romaines, il sera fait appel au financement par la Diaspora.

Cependant, avec l’avènement du christianisme officiel, l’opposition avec les autorités ecclésiastiques se fit de plus en plus forte. Quand Gamaliel VI mourut en 426, il ne fut pas remplacé et un décret de Théodose II demanda que les impôts qu’il percevait seraient désormais versés au trésor impérial. En fait, dès le IIIe siècle le centre spirituel du judaïsme se déplaça hors l’Empire romain, vers la Mésopotamie.

Au IVe siècle, la mère de l’empereur Constantin, Hélène (247/50-329/30), visita Jérusalem & y identifia les lieux saints.heleneetconstantin

En 324, Constantin restitua son nom à la ville Jérusalem, mais le nom de la province (Palaestina) demeura. La ville (Ήὰγία πόλις Ίερουσα[λήμ] = Hagiapolis Ierusalem, Cité Sainte) ou Hierusalem, est représentée sur plusieurs mosaïques chrétiennes, en particulier sur la carte de Madaba (env. 560-565).

En 451, fut créé le patriarcat de Jérusalem dont les titulaires furent :

Juvénal (422-458) ;

Anastase 1er  (458/478) ;

Martyrios (478/86) ;

Salluste (486/94) ;

Elie 1er (494/516) ;

Jean III (516-524) ;

Pierre (524/52) ;

Macaire II (552, puis 564/575) ;

Eustoche (552/64) ;

Jean IV (575/594) ;

Amlos (594/601);

Isaac (601/9);

Zacharie (609 – ? );

Modeste (632/4);

Sophrone 1er (634/8).

Sous leurs autorités, Jérusalem devint une ville relativement importante de la province byzantine Palestina Prima. Cependant la Palestine fut prise dans la longue guerre perso-byzantine de 602 à 628. Dès le début du règne en octobre 610 du basileus Héraclius (il règnera jusqu’en 641), Antioche en 610 et Emèse en 611 furent prises par les Perses. En 613, une révolte juive partie de Tibériade se manifesta contre l’autorité byzantine. Profitant de ce conflit, les Perses Sassanides de Khosro II Parviz (590/628) s’emparèrent de Jérusalem en mai 614. Jérusalem était alors une ville majoritairement chrétienne même si depuis 438 les Juifs étaient à nouveau autorisés à vivre dans la cité.

Jérusalem sera reprise en 629 par l’emperuer byzantin Héraclius (610/641) avant d’être conquise par les Arabes en 637…

[1] Chiffre sans doute symbolique : 6 pour chacune des 12 tribus d’Israël. Dans ses Antiquatates Judaicae (XII, 2, 1-15), Flavius Joseph réduisit le nombre à 70 d’où son nom de Septante. Une quinzaine de livres déclarés plus tard deutérocanoniques ou apocryphes furent également traduits dans les quatre suivants.

[2] La tradition fait remonter le Sanhédrin Gédola (la Grande Assemblée) aux Anciens qui siégeaient à côté de Moïse. Il n’est pas certain qu’il ait été véritablement créé au début du retour d’Exil. Il semble se structurer sous le règne d’Antiochos III si l’on en croit Flavius Josèphe.

[3] La plus ancienne προσενχή (synagogue) présentement connue (240 BC) est mentionnée dans une dédicace trouvée à Schédia, à 20km d’Alexandrie.

[4] Cf. Mélèze-Modrzejewski Joseph, Juifs et Grecs entre l’Etat et la religion : la crise maccabéenne et sa signification politique in Revue des sciences morales et politiques, 1994, vol. 149, n° 1, p. 27/41.

[5] 12 à 15 000 talents soit un à deux ans de revenus fiscaux d’une bonne province romaine.

[6] βδέλυγμα τῆς ἐρημώσεως : expression de Mathieu (XXIV, 15), tirée de Daniel (IX, 27 ; XII, 12) mais utilisée deux siècles après les faits et écrite en grec.

[7] Fille de Jonathan Alexandre II, fils d’Aristobule II & d’Alexandra, fille d’Hyrcan, sœur d’Aristobule III, dernier grand prêtre hasmonéen, homicidé sur ordre de son beau-frère en 35 BC, Mariamne sera assassinée en 29 BC, sa mère Alexandra vers 28 BC & plus tard ses deux fils, Alexandre et Aristobule IV en 8 BC.

[8] La politique augustéenne d’Hérode le grand, in Revue de l’histoire des religions, Paris, 2006/2, t. 223, p. 123/47.

[9] Ogg George, The Chronology of the Public Ministry of Jesus, Cambridge University Press, 1940 (2014).

 

A SUIVRE : LA JERUSALEM MUSULMANE…

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