TROIS SIECLES DE FRANC-MACONNERIE DANS LE MONDE

TROIS SIECLES DE FRANC-MAçONNERIE DANS LE MONDE (Chaine d’Union n° 81, juillet 2017, p. 20/30) 

 

Phénomène d’abord britannique, la franc-maçonnerie ne peut être dissociée de l’histoire socio-économique, religieuse, culturelle et politique insulaire (conflits civils et religieux, pré-capitalisme, dégénérescence des corporations, pré-parlementarisme, essor d’un espace public scientifique, newtonisme, latitudinarisme) du Royaume-Uni. La première obédience serait née officiellement à Londres, le 21 juin 1717, avec la formation de la première Grande Loge dite de Londres & de Westminster, par quatre ateliers londoniens nommés par leurs lieux de réunion. En fait, cette réunion de friendly societies fut rapidement rejointe par des intellectuels de la Royal Society et par des aristocrates. Cette première obédience se développa assez rapidement. Selon la gravure Les Free-Masons de 1737, elle aurait compté 129 loges dont 88 à Londres. Malgré cette primauté anglaise affirmée jusqu’à nos jours, on peut également dire que le phénomène maçonnique émergeant fut concomitamment un processus écossais et irlandais.

Dès la décennie 1720, l’Art Royal franchissait la Manche. Il bénéficia de divers groupes qui aidèrent à sa diffusion : diplomates en mission, négociants et banquiers en voyage d’affaires, capitaines de navire , membres des loges militaires ou ambulantes & prisonniers de guerre, fonctionnaires mutés, exilés politiques et/ou religieux, professeurs et précepteurs, étudiants, fils de bonne famille faisant le « Grand Tour », acteurs et artistes, aventuriers au capital social fictif autant qu’impressionnant, chevaliers de fortune & aigrefins ou paléo-touristes. Deux réceptions eurent un retentissement certain vu la qualité des récipiendaires : celles de François, duc de Lorraine et futur époux de Marie-Thérèse d’Autriche, en 1731, à La Haye, et du futur Frédéric II, dans la nuit du 14 au 15 août 1738, en l’auberge Korn, de Brunswick.

Pourtant presque immédiatement, la jeune franc-maçonnerie fut l’objet d’attaques. Les premières critiques parurent à Londres, dans The Post Man en 1722. Sur le continent, cette société nouvelle d’origine étrangère, un peu mystérieuse, un tantinet secrète, inquiéta les autorités policières et judiciaires. La franc-maçonnerie fut interdite aux Provinces-Unies (1735), en France, à Genève, dans le Palatinat & en Toscane (1737), en Espagne, au Portugal, dans les Pays-Bas autrichiens et les Etats romains, à Hambourg et en Suède (1738), en Pologne (1739), en Autriche (1743), à Berne (1745) & dans le royaume de Naples-Sicile (1750). Ces mesures coercitives furent le plus souvent guidées par des motifs de police. Très rapidement, les pouvoirs publics constatèrent que les francs-maçons n’étaient pas très dangereux et les interdictions furent progressivement levées après quelques semaines. Néanmoins, durant tout le siècle, un antimaçonnisme plus ou moins diffus se manifesta, sous forme de pamphlets, de dénonciations, de caricatures, de certaines divulgations et de fulminations d’une minorité d’évêques catholiques. Plus compliquées furent les conséquences des excommunications pontificales, notamment les bulles In Eminenti (1738) de Clément XIII et Providas Romanorum Pontificum (1751) de Benoit XIV. En France, les condamnations papales ne furent jamais enregistrées par le Parlement de Paris. Lex non promulgata non obligat. En revanche en Espagne, un antimaçonnisme politico-religieux et juridico-policier fut constant rendant toute vie maçonnique périlleuse.

Malgré ses péripéties, la franc-maçonnerie connut un important succès dans la décennie 1760/80. Le Royaume-Uni, malgré des divisions obédientielles en Angleterre et en Ecosse, s’affirmait comme la première puissance maçonnique du moment. A la fin de la décennie 1780, la France, qualifiée de royaume des mille loges, sans compter une centaine de loges d’adoption, regroupait environ 50 000 frères. Au même moment, l’«Allemagne» abritait 300 loges et 18 000 maçons. Le lent déclin de la Stricte Observance Templière laissa le champ libre aux obédiences nationales, notamment aux trois grandes loges berlinoises protégées par les rois de Prusse : la Grosse Konïgliche Mutterloge Zu den Drei Weltukügel (Aux Trois Globes) (1744), la Grosse Landesloge (1770) & la Grosseloge von Prussen (1798). A côté de ces trois principales nations maçonniques, on trouvait de fortes densités en Suède où sous le règne du roi Gustave III (1771-1792), la franc-maçonnerie devint un véritable appareil idéologique d’état, structuré autour d’un système spécifique dit Rite Suédois. Alors que les Treize Colonies comptaient une cinquantaine de loges et un gros millier de maçons en 1750, les Etats-Unis abriteront en 1800, onze grandes loges, 387 loges et 16 000 frères. L’ Art royal était également dynamique à Haïti, à Moscou et à Saint-Péters bourg, dans les pays baltes russes, à Varsovie, au Danemark, dans la principauté de Liège, à Prague, dans la République de Genève, à Chambéry et à Turin, dans le royaume de Naples et Sicile et à Constantinople. De manière plus diffuse et plus modeste, l’Ordre s’était également dilaté dans des ports et des villes de l’Europe de l’Est et d’Amérique latine, et dans quelques comptoirs d’Afrique et d’Asie.

La simple anglomanie ne peut entièrement justifiée ce succès. Plus profondément, la franc-maçonnerie répondra à certaines attentes des élites européennes. Dans l’espace social autant que public, la loge allait s’avérer être un espace concurrentiel dans la sociabilité élitaire, mondaine, urbaine et intellectuelle du siècle, grâce à ses multiples facettes & à la souplesse et à l’adaptabilité de la convivialité maçonnique. Grace à ce polymorphisme, la franc-maçonnerie put s’épanouir aussi bien dans la société de Cour (Berlin, Dresde, Stockholm) que dans la sphère publique bourgeoise, à la ville, dans des cités modestes, dans l’espace public comme dans l’espace domestique, entre le huis clos de la tenue et les agapes, banquets, soupers, pique-niques, concerts, bals théâtre, feux d’artifices, ouverts aux Dames et aux amis, sous la protection d’un prince (loges de cour (Hoflogen) dans l’espace germanophone) ou à la suite d’un aventurier comme Cagliostro, chez des sédentaires comme chez des migrants définitifs ou temporaires, en interférence/concurrence avec les autres formes de sociabilité (académies, salons, clubs, « associations patriotiques », sociétés de lectures, café ou tavernes/auberges), tout en étant la seule ou presque à entretenir une savante ambiguïté entre le secret et le public. Les maçons et les loges occupèrent prioritairement les interstices de la société d’Ancien Régime, mais sans rompre avec lui, pour se créer des espaces de rencontre et d’expression, à la fois en empruntant aux structures anciennes ou supposées telles (corporations, chevalerie), en voguant sur les formes associatives nouvelles, et en profitant au mieux des opportunités.

Le siècle de l’Âge d’or maçonnique finira dans les larmes. La latomophagie espagnole se poursuivit avec les rois Charles IV et Ferdinand VII. En 1785, la franc-maçonnerie fut interdite en Bavière, dans le Wurtemberg et dans les Deux-Siciles en 1789. En 1786, une campagne antimaçonnique, inspirée directement par l’impératrice Catherine II se développa en Russie. Dans les années 1789-1794, la vie maçonnique devint difficile, voire impossible, dans les Pays-Bas autrichiens et la principauté de Liège. En 1791/2 et jusqu’en 1797, la répression antimaçonnique, menée par l’Inquisition, reprit au Portugal. Fin 1793, la franc-maçonnerie était presque en dormition dans les Etats des Habsbourg. A cette date, les 9/10 des loges françaises étaient en sommeil. En Grande-Bretagne même, en 1799, la franc-maçonnerie faillit être assimilée aux sociétés secrètes à caractère subversif. Partout en Europe, l’Art royal fut victime d’attaques de toute nature.

L’antimaçonnisme de la fin du XVIIIe siècle se distinguait de celui des décennies précédentes, par son intensité, sa systématisation, son inclusion dans le mythe cosmopolite et sa radicalisation. Trois œuvres dominèrent ce discours. En 1794, à Francfort, le journaliste allemand Ludwig Adolf Christian von Grolman (1741-1809) publia Endliches Schicksal des Freymaurer-Ordens dans lequel il accusait la franc-maçonnerie d’être la courroie de transmission des Illuminaten. En 1797, à Edimbourg et à Londres, l’ancien maçon d’une loge liégeoise, secrétaire général de la Royal Society, le britannique John Robison (1739-1805) fit paraître les Proofs of a Conspiracy against all the religions and governments of Europe, Carried on in the secret meetings of Freemasons, Illuminati and Reading societies, collected from good authorities, dont le titre est tout un programme. Ce fut à Hambourg, en quatre volumes, et à Londres, en cinq volumes, que furent publiés, en 1797-1798, les Mémoires pour servir à l’histoire du jacobinisme, du français, alors émigré, l’ancien novice jésuite Augustin de Barruel (1741-1820). Le succès de son ouvrage tint en partie à la simplicité de la thèse : la Révolution française fut ourdie par les philosophes « sophistes de l’incrédulité et de l’impiété« , les maçons « sophistes de la rébellion » et de leurs enfants naturels, les Jacobins. Dans toute l’Europe contre-révolutionnaire, on se mit à voir les traces d’un vaste complot par l’amalgame franc-maçonnerie /Illuminaten/Lumières radicales /jacobinisme. Cette latomophobie contraignit la majorité des corps maçonniques européens à se démarquer d’une maçonnerie radicale assimilée à la France révolutionnaire.

Après un réveil modeste sous le Directoire, la franc-maçonnerie devint un véritable appareil idéologique d’Etat dans la France napoléonienne. En 1814, le GOdF comptait 1219 ateliers dans la France des 130 départements et satellisait les obédiences des états alliés (Italie, Naples, grand-duché de Varsovie), vassaux (Confédération du Rhin) et/ou occupés (Espagne) tandis que les loges du Portugal, de Prusse, de Russie et de Suède participèrent à l’élaboration du réveil national et à la résistance anti-française. Dans le Royaume-Uni, en 1813, après six décennies de rivalités, les Modernes et les Ancients s’unifiaient en une Grande Loge Unie d’Angleterre qui s’affirma désormais comme la Mother Grand Lodge of the World. Dans le même temps, des loges (Lautaro, à Buenos Aires, Lautarina, à Santiago ou Arquitectura Moral à Mexico) et des maçons (Belgrano, Bolivar, Hidalgo, Miranda, O’Higgins, San Martin, Santander ou Sucre) jouèrent un rôle central dans l’indépendance des colonies espagnoles (1810-1821).

Les décennies 1820/1840 furent une période basses-eaux. En Europe, la franc-maçonnerie fut interdite dans la péninsule ibérique, les Italies, les Etats des Habsbourg ou en Russie depuis 1822. Néanmoins, on vit la naissance du Grand Orient de Belgique (1833) et de la Grande Loge suisse Alpina (1844). Outre-Atlantique, les Etats-Unis connurent une vague d’antimaçonnisme (1826-décennie 1840) suite à l’affaire Morgan. Il se forma un Anti-Masonic Party (1828-1840) lequel obtint 25 députés à la Chambre des Représentants en 1833. L’Art royal nord-américain fut ébranlé par de nombreuses démissions. Entre 1826 et 1846, la Grande Loge de New York passa de 500 à 65 loges, et de 15 000 à 2800 frères. De 1817 à 1821, puis de 1822 à 1831, la maçonnerie fut interdite au Brésil.

Liée à la formation des états-nations, à l’essor du libéralisme et aux progrès démocratiques et sociaux, la deuxième moitié du XIXe siècle vit un essor assez général de la franc-maçonnerie mondiale. Une maçonnerie dynamique réapparut dans l’Italie unifiée, la vie maçonnique renaquit en Espagne (1866), dans la partie hongroise (Transleithanie) de la double monarchie (1868) et en Russie (1905). Des obédiences nationales virent le jour dans les nouveaux états balkaniques, notamment en Grèce (1867) et en Roumanie (1880), au Libéria (1867), en Egypte (1873) et dans l’Empire ottoman (1909). Après une décennie défensive (1870), la franc-maçonnerie française devint un des principaux acteurs du camp républicain (IIIe République). La maçonnerie britannique maillait de loges tout l’Empire, notamment dans les Dominions et dans les Indes. Au Mexique, le pouvoir politique imposa aux quinze grandes loges d’Etat et à la quasi-totalité des loges, la formation, en février 1890, d’une autorité unique dite Gran Dieta Simbólica, présidée par le président (1876-1911) José de la Cruz Porfirio Díaz. Néanmoins des forces centrifuges et des pressions américaines entrainèrent une fin brusque de ladite association et une nouvelle balkanisation de la maçonnerie mexicaine. Au Brésil, l’obédience unifiée dite Grande Oriente/Supremo Conselho do Brasil passa de 139 loges (1883) à 390 (1914). Au chili, dans la décennie 1900, on trouvait à côté de la vingtaine des loges de la Gran Logia de Chile, une douzaine d’ateliers sous l’autorité d’obédiences d’Ecosse, d’Angleterre, du Massachusetts, de Hambourg, de Berlin et du GOdF.

A la veille de la Grande Guerre, la franc-maçonnerie mondiale comptait  environ 27 000 loges et 2 300 000 maçons. Depuis la fin du XIXe siècle, les Etats-Unis étaient devenus la première puissance maçonnique par leurs effectifs : 1 500 000 maçons « blancs » répartis dans 49 grandes loges « caucasiennes » et 14 500 loges, 30 000 « noirs » regroupés dans 1 300 ateliers dans la maçonnerie dite de Prince Hall, afro-américaine, autonome et marginale, ostracisée par sa consœur blanche et 8 000 membres dans diverses micro-obédiences. Le deuxième espace était constitué par le Royaume-Uni et l’Empire britannique, notamment les dominions (Australie, Canada, Nouvelle-Zélande et l’Union sud-africaine) avec environ 490 000 maçons et 6 000 loges. Venait ensuite l’Europe continentale (160/180 000 maçons) avec l’Allemagne (trois obédiences prussiennes, cinq humanitaires et une « internationaliste », 450 loges et 50 000 frères) et la France (600 loges et 40 000 sœurs et frères). L’ Amérique latine comptait 55/60 000 membres.

La Grande Guerre fut particulièrement douloureuse pour la franc-maçonnerie européenne (1 maçon (allemand ou français) sur 9/10 fut tué), alors qu’elle entraina un essor dans tout le continent américain. En contre-point, dans l’immédiat après-guerre, une partie de la franc-maçonnerie notamment latino-européenne, se fit le coryphée de la Société des Nations et de l’esprit pacifique de Genève. Dans ce courant fut créée la première véritable « internationale » maçonnique dite Association Maçonnique Internationale (1921-1949) regroupant des obédiences libérales et de tradition (1/10 des maçons du monde à son apogée avant le retrait de la Grande Loge de New York (1925). Cependant, le XXe siècle sera celui du martyr d’Hiram, notamment en Europe. Aux divers ennemis de l’Ordre s’ajoutera un nouvel adversaire avec le Komintern ou troisième Internationale. Lors des 3e et 4e congrès, il fut décidé l’incompatibilité entre les partis communistes et les loges. Un texte de Léon Trotski, publié, dans les Cahiers communistes était explicite : « la franc-maçonnerie est une plaie mauvaise sur le corps du communisme français. Il faut la bruler au fer rouge ». En quelques mois, la franc-maçonnerie fut éradiquée dans la Russie des Soviets et interdite par le gouvernement bolchevik hongrois de Bela Kun. Elle sera ensuite victime de l’Italie fasciste (1925), du Portugal salazariste (1935), de l’Espagne franquiste (1939), de la France de Vichy (1940) et de divers régimes autoritaires (Hongrie, Pologne, Roumanie, Turquie). Avec la montée des gouvernements philogermaniques et l’expansionnisme militaire du IIIe Reich, au tournant des années 1942/3, l’Ordre ne pouvait plus s’exprimer publiquement et librement que dans cinq états européens : Eire, Islande, Royaume-Uni, Suède et Suisse.

Post bellum, la reconstruction fut lente et difficile en Europe continentale. La France maçonnique ne retrouva que dans la décennie 1960, ses effectifs des années 1930. Victime à la fois de la collaboration d’une partie de la maçonnerie avec le nazisme et de la répression antimaçonnique (2000 maçons allemands exterminés), l’Allemagne devint une puissance maçonnique moyenne (16 000 frères dans une confédération dite Vereinigten Grosslogen von Deutschland, soit 90% des effectifs maçonniques allemands). En revanche, le monde anglo-saxon connut un essor spectaculaire dans les décennies 1950/1960, lié en partie à la Guerre froide, à la nostalgie impériale, au développement de la philanthropie et à la promotion d’un certain type de vie (American Way of Life) : 3 950 000 de frères blancs (1966) et 400 000 frères noirs aux Etats-Unis, 600 000 maçons dans les trois Grandes Loges historiques du Royaume-Uni.

Il faudra attendre la chute des régimes fascisants et du mur de Berlin pour voir refleurir l’acacia dans l’Europe du sud (Espagne, Grèce, Portugal) et de l’Est. De même, la décolonisation entraina la création d’obédiences africaines et asiatiques qui connaitront souvent de nombreuses difficultés, notamment dans l’espace arabo-musulman.

En ce début du XXIe siècle, la franc-maçonnerie demeure un phénomène largement occidental (96%), masculin (96%) et « blanc », avec des adhérents très majoritairement middle class, middle-aged, ennemis des extrêmes politiques, grandement diplômés, disposant d’un certain temps libre et inclus dans un plus ou moins grand ensemble de réseaux de sociabilité. La franc-maçonnerie, fortement visible aujourd’hui (hors les pays où elle est interdite) mais avec des effectifs globalement en baisse à l’échelle mondiale conserve son attractivité légitimée et favorisée par une dynamique de trois siècles, mais avec une grande diversité de situation. Si 90% des maçons observent peu ou prou les normes de Londres, Edimbourg et Dublin, et/ou celles de la Conference of Grand Masters in North America, on assiste en parallèle au développement de courants libéraux, adogmatiques, néo-traditionnels, ésotérisants, féminins et/ou mixtes. Depuis cinq décennies, l’espace maçonnique anglo-saxon connait un déclin continu. Aujourd’hui, les Etats-Unis comptent 1 100 000 frères dans les 51 Grandes Loges « caucasiennes », 200 000 dans la maçonnerie « noire » de Prince Hall et 10 000 dans diverses micro-obédiences. Au Royaume-Uni, la baisse semble stabilisée, la Grande Loge Unie d’Angleterre regroupant environ 200 000 frères. A l’exception de la Finlande et de l’Islande, la maçonnerie scandinave connait une relative stagnation. En revanche, dans l’espace franco-belge, les effectifs ont été multipliés par quatre en cinquante ans. La France regroupe 190 000 maçon(ne)s répartis dans une quinzaine d’obédiences principales et une bonne centaine de petites associations. L’Europe de l’ouest est également le territoire où la maçonnerie féminine et mixte est dynamique (un maçon sur trois en Belgique et un sur cinq en France sont des sœurs). Avec 40 000 sœurs et frères, l’Italie est devenue la troisième puissance maçonnique européenne. Dans l’Europe du sud et de l’Est, à l’exception du Portugal et de la Roumanie, les effectifs hiramiques demeurent modestes. L’Amérique latine possède 300 000 maçons dont la moitié au Brésil. Dans le Pacifique, l’Australie et la Nouvelle Zélande comptent 80 000 frères. L’Art royal demeure interdit dans un certain nombre de pays afro-asiatiques et/ou arabo-musulmans cependant l’Afrique et l’Asie ne rassemblent que 4 % des effectifs maçonniques actuels. Globalement le paysage maçonnique mondial actuel protéiforme et polyphonique rend compliqué toute vision d’ensemble d’autant qu’en trois siècles d’existence, l’Art royal a connu des hauts et des bas, des adaptations et des crises, des transformations et des rigidités. Les phénomènes actuels de replis et les dynamiques de croissance, peut être provisoires, qui se déploient selon des temporalités différentes produisent des effets contrastés (recul, stagnation, essor, balkanisation), laissant envisager que, entre interprétations atrabilaires ou optimistes, la franc-maçonnerie « universelle » va connaître son chant du cygne ou des métamorphoses fécondes ouvrant sur de nouveaux horizons.

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