l’ « Epitre à Massol » de Charles Fauvety (1865)

MASSOL_Justice_etcMarie-Alexandre Massol (1805-1875), ancien saint-simonien devenu athée, un temps journaliste, puis petit employé dans l’industrie, fut dès 1855, un des collaborateurs de la Revue philosophique et religieuse de Charles Fauvety (1813-1874).  Ce dernier, protestant devenu libre penseur spiritualiste, l’introduisit en 1860 dans la loge La renaissance par les Disciples d’Hiram.  En 1863, Massol succèda à Fauvety au premier maillet qu’il conserva jusqu’en 1870. Les relations entre les deux hommes se dégardèrent rapidiment.  A l’intérieur du Grand Orient de France (GOdF), Massol chercha à promouvoir une franc-maçonnerie sans réference déisto-spiritualiste. A l’extérieur, il lance en juin 1864 une revue au titre programmatique La Morale indépendante, sous-entendu des religions.

Dès le projet de Massol connu, Fauvety allait chercher à contrer son ancien collaborateur. A la fin de l’année 1865, il publia un opuscule, Critique de la morale indépendante avec un sous-titre volontairement connoté, Épître à Massol [1]. Certes le texte portait sur les rapports entre la morale et la religion, mais il s’inscrivait plus largement dans les polémiques internes à la libre pensée, entre son aile positiviste et matérialiste et son aile déiste et spiritualiste. Au demeurant, l’ouvrage de Fauvety était édité et diffusé par l’Alliance Religieuse Universelle. Il est accompagné d’une longue note en bas de la page une, signée d’Henri Carle (1822-1881), juif devenu libre penseur spiritualiste, journaliste, ancien socialiste utopiste et franc-maçon  :

«Le journal philosophique la Morale Indépendante, fondé sur l’initiative de M.Massol, est rédigé par des écrivains distingués dont plusieurs ont été, dans des publications antérieures, les collaborateurs de l’auteur de la lettre que nous publions.

Dans cette lettre, notre coopérateur et ami, M. Ch. Fauvety, ancien directeur de la Revue philosophique et religieuse, proteste contre des théories qui tendent à séparer l’être moral de l’être religieux et à exclure toute nouvelle synthèse religieuse, en condamnant la religion à n’être qu’une affaire de sentiment, d’imagination et de fantaisie. Nous sommes entièrement d’accord avec M.Fauvety pour affirmer le fait religieux comme universel, permanent, inhérent à notre nature au même titre que le fait moral proprement dit. Quand à l’interprétation de ce fait, M.Fauvety a une conception particulière sur laquelle nous aurons ultérieurement à revenir pour en faire l’appréciation, quand l’auteur de cette lettre aura achevé l’exposition de ses idées».

Fauvety commença par fixer les limites de la lice :

«Croyez-bien, mon cher Massol, qu’il ne m’est pas moins pénible qu’à vous de ne pas me trouver rangé avec plusieurs de nos anciens collaborateurs, restés mes amis, sous le drapeau de la Morale indépendante. Ce n’est pas que je méconnaisse la pureté de vos intentions. Vous voulez affranchir l’humaine conscience pour élever l’Etre moral. Ce but je l’accepte et je puis dire que je le poursuis, moi aussi. Seulement nos voies sont différentes. Tandis que vous procédez par exclusion et par antagoniste, je cherche la conciliation, l’assimilation, le concours. Là où vous voulez supprimer et abattre, je prétends transformer et reconstruire. Il est des mots, par exemple, exprimant de grandes généralités, comme les termes Dieu et Religion, qui vous semblent avoir fait leur temps et n’être plus propres qu’à égarer et séparer les hommes…»[2].

Le texte de Fauvety se structurait en dix paragraphes :

1°)«Que faut-il entendre par morale indépendante ? »

La morale comme la religion ont leurs lois propres, «dès lors il n’y a pas lieu de confondre la religion avec la morale qu’il n’y a lieu de confondre la physiologie avec la chimie»[3]. Les deux sont donc indépendantes, l’une de l’autre, et ni l’une, ni l’autre ne peuvent prétendre à une quelconque suprématie. Fauvety faisait cependant remarquer ironiquement, que contrairement aux idées reçues c’est souvent la morale qui prévaut sur la religion. Ainsi la polygamie, chez les musulmans, est un «fait social» non un «dogme» religieux :

«C’est en vain qu’on leur démontrerait (ce qui est vrai) qu’on peut renoncer à la polygamie sans renoncer au Coran, je suis sûr que beaucoup, et des plus fidèles à la loi, aimeraient mieux renoncer au Coran qu’à la polygamie…»[4].

2°) « La morale [est] considérée comme une des branches de l’anthropologie« .

Dans ce paragraphe, Fauvety développait sa conception de l’anthropologie[5], «science du monde moral» qui a pour objet d’étude «l’homme, dans ses puissances et dans ses actes, dans ses moyens et dans ses fins».

3°) L’anthropologie se divise en quatre branches : la psychologie, la sociologie, la morale proprement dite ou éthique et la religion.

4°) « Un fait de sentiment ne peut  pas avoir la valeur d’un critérium ». L’espace et l’histoire montrent que le respect de la personne humaine n’est pas «un fait primitif, causal et permanent», mais au mieux «un effet, un résultat à produire, un état à créer, […] un desideratum, un idéal». Il n’est guère évident que la morale soit innée chez l’homme.

5°) « L’individualisme qui fonde la morale sur le droit personnel et le théologisme qui fonde la morale sur le droit imposé [sont] renvoyés dos à dos ».

6°) «Si le sentiment en religion ne peut fonder la science religieuse, pourquoi le sentiment en morale fonderait-il la science morale ? » En réalité, «la balance chez chacun de son droit et de son devoir» peut servir de «principe de justice et [de] point de départ de la morale»[6].

7°)De tout cela, il résulte «que le critérium du bien et du mal n’est pas inné dans la conscience humaine, et qu’il faut le demander à la raison»[7].

8°)Alors «comment l’homme s’élève-t-il à la loi morale» :

«Ce mouvement de l’esprit humain, qui consiste à généraliser un fait de justice pour en faire une loi universelle, est tout bonnement l’opération par laquelle se crée la moralité. Elle s’accomplit par la communion de la conscience de chacun avec la raison universelle dans la loi même des choses, au lieu de la chercher dans des causes extérieures à leur nature, comme on ne l’a fait que trop souvent dans le passé. Mais la communion de la conscience avec la raison universelle, pour s’être faite sous des noms différents et sous des formes symboliques dont l’utilité aujourd’hui nous échappe, est aussi vieille que l’humanité. La conscience humaine n’a pas attendu jusqu’au XIXème siècle pour avoir des notions de morale, et bien que nous ayons le désir, vous et moi, nous et d’autres, de donner à la morale des bases plus scientifiques que celle sur lesquelles elle a paru reposer jusqu’ici, personne n’a la prétention d’inventer la science de la morale»[8].

9°)Il faut donc revenir à l’impératif catégorique de Kant : l’universalité est l’unique critérium de la moralité de nos actes.

10°)Les lois morales universelles ne peuvent souffrir d’exceptions et sont supérieures à la «dignité personnelle». Ainsi sœur Simplice en mentant à ceux qui cherchaient un innocent réfugiée chez elle, a certes «abdiquer sa dignité personnelle» par le mensonge, mais a atteint l’universel par son amour de l’humanité :

«C’est pourquoi la logique de notre doctrine nous oblige a repousser l’idée d’une morale indépendante qui tendrait à séparer notre morale  de nos moyens de moralité. En effet, notre moralité a besoin de s’appuyer sur la psychologie, parce que celle-ci nous fait connaître le dynamisme des sentiments, le jeu des forces similaires ou antagonistes qui peuvent agir comme causes ou comme mobiles de nos déterminations. Elle ne peut dédaigner la sociologie qui nous fournit des moyens et des exemples. Enfin elle a besoin de la religion, en saisissant l’âme dans ses rapports d’universalité, de durée et de transformation progressive, donne à nos actes une sanction efficace. Reste à montrer que la religion, bien loin d’infliger à la morale, le principe égoïste d’un bénéfice usuraire ou d’une pénalité extérieure à l’être conscient, ainsi que cela a eu lieu pour l’état d’enfance de l’humanité, a pour mission de purifier nos mobiles en les soumettant à l’épreuve d’un idéal de justice absolue, de perfection inépuisable et d’universelle solidarité»[9].

 

Le texte était assez percutant, court et clair, ce qui n’est pas toujours le cas chez Fauvety. Destinataire de l’Épître, Massol allait répliquer par un long article publié dans « La Morale indépendante »[10]. Il commença par des critiques ad nominem qui n’étaient pas toujours sans pertinence:

«M.Fauvety est un esprit aimable, gracieux, une âme sympathique, dont le cœur resté, comme chez beaucoup, mystique, théologique, lutte contre les lumières de la raison positive.

Attiré par le mirage trompeur de l’infini, il aime à s’élancer dans l’univers : c’est le fils d’une génération de 1830, celle des Jean Reynaud et des Pierre Leroux, toujours à la recherche de cette pierre philosophale qu’on appelle religion scientifique, comme si une religion dont on a le secret et où l’on a mis sa main d’homme pouvait jamais être une religion.

Celle que rêve notre ami présente cette singularité ; qu’elle vient à la suite de toutes les sciences, qu’elle est l’oméga et non l’alpha des choses, le résumé de nos connaissances, ou, comme il dit, leur synthèse. Cela explique pourquoi il l’appelle scientifique et progressive ; c’est une sorte de char dont les roues immobiles ne se meuvent que grâce à la science et qui par la science a besoin, de temps à autre, d’être restaurée pour ne pas tomber dans la vétusté…»[11].

Pourtant, Massol se refusait «à entrer dans le détail de la conception de notre ami Fauvety ». Peu lui chaut de savoir «comment de cet alambic transcendantal sort un je ne sais quoi qui se confond avec un idéal divin où l’âme se contemple…». Il proposait à Fauvety une alternative :

«Ou notre ami croit que l’idéal divin dont il parle est réel, vivant, doué d’intelligence, de volonté et de conscience, c’est-à-dire un être personnel, et alors il est religieux à la façon des bonnes gens et catholique, s’il est conséquent, ou théiste, déiste, si mieux il aime rester à moitié route.

Ou au contraire, cet idéal est une pure conception, une création de l’esprit, et dès lors, qu’il le veuille ou non, il est bel et bien athée»[12].

Ce choix laissait sous-entendre l’orientation implicite de la majorité des collaborateurs de la revue. La morale est indépendante des religions car ces dernières ne sont pas un critérium pertinent pour la légitimer. De plus les dites religions (et a fortiori la chimérique Religion) ne reposent sur rien. La morale est indépendante, autonome, libre car le ciel est vide. Sans le dire, Massol laisse clairement entendre que la morale indépendante suppose l’athéisme.

Au demeurant, «ce qui nous importe, c’est de savoir ce que notre ami Fauvety pense de l’indépendance de la morale».

Massol demeura assez modéré dans sa critique [13]. Il se refusait à mettre en doute la «bonne foi» de Fauvety. Il lui reprochait simplement sa subtilité dialectique, ses formules trop conciliantes (la morale distincte (pas indépendante) de la religion ; la morale indépendante des dieux et des hommes ; la morale ne doit pas être indépendante des moyens de moralité). Il espèrait toujours convaincre son ami et frère :

«Notre sincère amitié souffre de le voir au fond d’un trou où il croit avoir trouvé un trésor et où son esprit n’a fait que perdre la clarté et la limpidité qui le distinguaient. Une fois l’indépendance de la morale reconnue, nous verrions, avec fruit, en quoi la base que j’ai donnée à la morale est fautive ou incomplète, ou si elle est inébranlable, comme j’espère l’en convaincre»[14].

 

Les mois suivants, la disputatio cessa. Est-ce parce que Massol ne jugeait plus Fauvety comme un adversaire à sa taille [15] ? Voulait-il éviter une fâcherie définitive avec son ami et frère maçon ? La «voix» de Fauvety devenait-elle moins audible lorsque la discussion autour de la morale indépendante s’intensifiait ? Fauvety pensait-il que ce sujet n’était pas prioritaire dans le débat religieux et philosophique du temps ?

Ainsi, le thème de la morale indépendante sera absent dans les colonnes de la revue de Fauvety, La Solidarité. Ce dernier jugeait plus utile d’exposer ses propres notions que de combattre les idées (erronées à ses yeux) des autres. On peut également imaginer le rôle de médiateur joué par des collaborateurs des périodiques de Fauvety et de Massol, comme l’ancien quarante-huitard Léon Brothier, le poète provençal Eugène Garcin [16]ou l’ancien fouriériste, Edouard de Pompery.

 

Contre la Morale indépendante, en revanche, l’ultra-gauche de Dieu [17] jeta dans la bataille ses meilleurs stratèges. La morale indépendante fut combattue par toute une série d’ouvrages et d’articles d’Emile Beaussire [18], alors président du jury de l’agrégation de philosophie, de Paul Janet [19], de Félix Ravaisson [20] ou de Jules Simon [21]. Ces sommités étaient relayées, avec plus ou moins de bonheur, par des plumes plus modestes, comme Frédéric Esmanjaud :

«Pour notre compte, instruit par l’expérience, nous partageons de bon cœur l’avis de celui qui, le premier, a émis ce sage paradoxe : Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer. Qu’on ne nous parle pas de morale indépendante, c’est-à-dire prise en dehors de la religion, en dehors de Dieu ; je concevrais plus facilement une ville bâtie en l’air ou une pyramide reposant sur sa pointe. Il y a dans le sein de l’homme, j’en conviens, quelques instincts généreux et noblement irrésistibles ; mais si ces sentiments, aussi restreints qu’aveugles, doivent être l’unique base des devoirs imposés à ma dignité, ah ! de grâce ! passons-nous d’une telle morale : l’animalité n’en est pas dépourvue…»[22].

 

Mais ce fut le philosophe Edme-Marie Caro suppléant, puis  titulaire (1864) de la chaire de philosophie à la Sorbonne,  membre de l’Académie des Sciences morales et politiques (1869) et de l’Académie française (1874), qui ferraillera ferme, durant cinq ans, contre la revue « La Morale indépendante ». Aux attaques de l’hebdomadaire envers celui que ses adversaires surnomment le «philosophe des salons» répondront les critiques acérées de ce dernier dénonçant les «voies stériles» de l’école « massolienne ».

D’une certaine manière, les libres penseurs spiritualistes gagnèrent provisoirement la bataille des idées, mais deux décennies plus tard, le courant massolien gagnait la guerre au sein du GOdF comme au sein de la Libre Pensée.

 

[1] Paris, bureaux de l’Alliance Universelle Religieuse, 1865, 10 pages.

[2] Op. cit., p. 1.

[3] Op. cit., p. 2.

[4] Op. cit. p. 2.

[5] Cf. 1ère partie, paragraphe f.

[6] Op. cit. , p. 6.

[7] Op. cit., p. 7.

[8] Op. cit., p. 9.

[9] Op. cit., p. 10.

[10] 19 novembre 1865, n °16, p. 124-126.

[11] Op. cit., p. 124-125.

[12] Op. cit., p. 125.

[13] Il en est de même dans la Réponse à l’Épître de M.Fauvety, publié par G. de Brunoy, dans La Morale indépendante (N ° 19, 10 décembre 1865, p. 149-152) : «D’ailleurs M.Fauvety veut autant que personne au monde que la morale soit affranchie de toute influence surnaturelle. Nous sommes donc d’accord et d’accord sur le point culminant de toute la discussion. Ce point, très important selon nous, M.Fauvety ne semble en faire si bon marché que parce qu’il est convaincu que s’escrimer contre le supernaturalisme, c’est s’escrimer contre les moulins à vent. Puise-t-il avoir raison ! Mais les morts de l’Encyclique qu’il nous demande de laisser en paix sont bien vivants, je lui en réponds, bien alertes, bien au guet de tous les tours qu’ils pourraient jouer à M.Fauvety qui ne les voit pas et à nous qui les voyons […] Cette erreur d’optique du reste , loin d’être particulière à M.Fauvety n’est que trop commune parmi les libres penseurs qui, à force de regarder en eux, ne regardent plus autour d’eux et s’avancent imprudemment sans éclaireurs, la cuirasse dénouée et le glaive au fourreau. Oh ! que nous n’en sommes pas là! Quand à la sœur Simplice et aux sentiments de dignité, il me paraît que placée entre deux nécessités, celle de mentir et celle de livrer la vie d’un homme, elle se serait plus déshonorée à ses propres yeux en sacrifiant la vie d’un homme qu’en sacrifiant passagèrement la pureté de son âme par un mensonge. Il n’y a rien de contradictoire ; il n’y a que le choix entre le moins et le plus. Fossé contre fossé, je saute le moins profond. L’altruisme d’A.Comte a aussi son bon côté! Sœur Simplice à coup sûr se sent plus de dignité et est plus fière d’elle après son mensonge qu’avant. Je crois ne point me tromper en disant que nous prenons tous ce mensonge à notre compte […] D’ailleurs, et après tout, est-il besoin de la dire ? Je me réjouis de trouver dans la lettre de M.Fauvety et la foi dans le progrès, même quand il s’agit des dogmes, et une tendance décidée vers la solidarité universelle des êtres, et enfin un ensemble de doctrine qui en dehors de la logomachie de l’école le rapproche tout à fait de nous, que dis-je ? en fait certainement un des nôtres ».

Cette relative bienveillance peut être motivée par plusieurs attitudes, parfois contradictoires : solidarité maçonnique, amitiés personnelles, respect pour Fauvety vécu à la fois comme un «chef d’école», un «maître à penser» et/ou un hôte généreux, motifs «stratégiques» (volonté d’enfoncer un coin au sein de la libre pensée religieuse, entre les tenants et les adversaires de la morale indépendante), soucis de maintenir l’unité du camps libre penseur face à la France «cléricale», etc.…

[14] La Morale indépendante, op. cit., p. 126.

[15] En 1863, Fauvety est mis en minorité au sein de la loge La Renaissance par les disciples d’Hiram, puis en 1867 au sein du conseil du grand maître.

[16] Eugène Garcin (1830-1909) est un des sept fondateurs du Félibrige en 1854

[17] Du moins la majorité de cette mouvance hostile à la morale indépendante.

[18] Cf. notamment La Liberté dans l’ordre intellectuel et moral, études de droit naturel, Paris, A.Durand & Pedone-Lauriel, 1866.

[19] Ces divergences n’empêchent point une grande admiration de Massol et de Clarisse Coignet envers Janet.

[20] Cf. notamment La philosophie en France au XIXème siècle, Paris, imprimerie impériale, 1867 ; Paris, Fayard, 1984, p. 277 : «De nombreuses publications périodiques ont fait connaître, dans ces derniers temps, une école de morale dite «indépendante» ; indépendante non seulement de toute religion quelle qu’elle soit, mais de toute métaphysique, de toute croyance, par exemple, à l’existence de Dieu et à une vie future. C’est la thèse soutenue par Bayle et par tous ceux qui s’appelaient au XVIIème siècle des libres penseurs, que l’athéisme et la morale n’ont rien d’inconciliable. Aujourd’hui comme alors, il semble qu’on soit fondé à douter qu’une théorie morale puisse se constituer, sinon sur la base mobile et fragile de l’intérêt matériel, en dehors de toute conception de cet idéal moral que représente le nom de Dieu. « Considérer la morale comme indépendante de toute métaphysique, a dit un grand penseur, c’est considérer la pratique comme indépendante de toute théorie».

[21] Cf. la sévère critique de le troisième édition de La Religion naturelle in La Morale Indépendante du 11 février 1866, p. 222/223.

[22] La Lettre tue et l’Esprit vivifie, ou Foi et Raison, op. cit., p. 179.

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