Le keuf et le bouffon, par Pierre Thillet

Comment résumer Pierre en trois mots : gentillesse, dévouement et poésie, et quand on aime on compte pas, espièglerie…

jugez par vous même

 

 

imagesLe keuf et le bouffon

 

La baston tournait mal et les keums des Dahlias

Commençaient à sortir les calibres et les battes.

Les mectons des Pervenches avec leurs petits bras,

Leurs insultes à trois balles et leurs tatouages aux pattes,

Reculaient sans arrêt vers le bout du parking :

Ils se trouvèrent bien sûr coincés par le grillage.

Les autres leur criaient d’préparer l’aspirine :

Ils allaient faire vilain, les dérouiller grand large.

 

Sautant le parapet, rapide comme le dealer,

Un p’tit mec à capuche, s’éloigna d’un seul bond,

Cavalant tel un fou, motivé par la peur.

Un guetteur des Dahlias cria : « Hé ! Le bouffon !

On va te massacrer ! ». « Laisse tomber cette racaille,

Ordonna son leader, on va se faire ceux-là

Y’en a suffisamment à se mettr’ sous les chailles ! »,

Et il leva le bras pour fracasser un gars.

 

Il courait le bouffon, il courait, évitant la lumière

Traversant les allées et glissant sous les haies.

Soudain, il arriva dans un coin bien pépère

Sans bruit, sans un clampin et où il faisait frais.

 

Alors qu’en crachant dru il allait respirer,

Une porte, soudain, s’ouvrit à la volée,

Et dans la lumière crue qui faisait contre-jour

Un grand keuf à casquette déboula dans la cour !

Le pt’tit gars des Pervenches fuyant comme un paria

Venait juste d’atterrir dans un commissariat !

Mais le flic s’approchait, tapotant sa matraque

Avec un vieux rictus sur sa grosse tête à claques:

« Hé ! Que fais-tu ici, toi le petit bouffon ?

Tu n’vois pas qu’c’est privé, espèce de sale morpion !

Tu cherches encore un’ fois à nous tirer un’caisse,

Comme tes copains cailleras au post’ de Jean-Jaurès ? »

« Non, non, dit le bouffon, je suis là par hasard

Et je ne cherche rien, surtout pas la bagarre »

« Tu dis ça, salopard, mais on vous connaît bien,

Les jeunes de la cité, ta famille et les tiens

C’est vous qui nous cherchez, salauds de délinquants

Nous pourrissant la vie, raquettant nos enfants

Tout en piquant les sacs et brûlant les bagnoles… »

« Comment raquetterai-je ? Je n’vais plus à l’école »

Dit le bouffon tremblant, « Au centre culturel,

Je fabrique des sacs pour les vieux à Noël,

Et puis je distribue la bouffe quelque fois

Pour les restos du cœur, quand l’hiver il fait froid »

« Arrête ton baratin, gronda le bleu mauvais,

Tu va me faire pleurer ! Me prend pas pour un niais !

Chacun sait que tu troubles la vie des citoyens ! »

« Mais comment le pourrai-je ? répondit le gamin

Je n’sors pas d’la cité, je suis pas intégré ! »

« Tu la troubles ! » trancha sec la flicaille butée.

Voulant paraître clean, le bouffon sans malice

Exhiba ses papiers, croyant que la police

Avec de beaux fafiaux peut être amadouée :

Ils les demandent tout l’temps quand ils viennent patrouiller…

Mais le bleu énervé envoya d’un revers

Les papiers valdinguer sous les roues d’une Rover.

Le bouffon se baissa, juste pour les ramasser

« T’approche pas de ma caisse ! » Hurla le policier

Et sautant sur le jeune encore plié à terre

Il lui passa les pinces, et l’dérouilla sévère.

Et puis il l’emporta en deux grandes enjambées

Dans son commissariat en garde à vue serrée.

 

 

 

La raison du flicard n’est jamais la meilleure

Mais comme il a l’pouvoir, si tu tombes par malheur

Dans les mains d’fonctionnaire d’un bleu assermenté

Mieux vaut pas être noir, ni beur, ni d’ la cité

97656832_oCar tu pourrais alors sévèrement déguster !

 

Saint Jean aux trois Cygnes.

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