Monte Verità : une utopie « réalisée » entre Konservative Revolution, Freikörperkulter, Lebensreform, occultisme et anarchie

MONTE VERITA : UNE UTOPIE « REALISEE » ENTRE KONSERVATIVE REVOLUTION[1], FREIKÖRPERKULTER[2], LEBENSREFORM[3], OCCULTISME ET ANARCHIE.

Le Tessin situé entièrement au sud de l’arc alpin, est le seul canton suisse à être majoritairement italophone. Son chef-lieu est Bellinzone, sa plus importante ville, Lugano. Le canton borde les rives du nord du lac Majeur. D’une superficie de 212 km², ce dernier est connu, notamment par ses îles et diverses stations comme Stresa en Italie, ou Locarno et Ascona en Suisse.

 

1°) Prolégomènes

Ascona, simple petit village de pêcheurs, s’était transformée, dès le dernier tiers du XIXe siècle, en un lieu de villégiature mondain et culturel, apprécié par les artistes, les intellectuels, les touristes fortunés et certains exilés. Ainsi en 1871, Nietzsche, âgé de 27 ans, acheva à Ascona, après un bref séjour, la rédaction de «La naissance de la tragédie»[4]. Au large d’Ascona, dans les deux îles Brissago achetées par le banquier irlandais Richard Flemying Saint-Léger of Kingstown (il quitta les îles en 1897), son épouse Antoinette (1856-1948) déjà deux fois veuve, en fit un jardin et un lieu pour les artistes et les intellectuels comme le peintre d’abord naturaliste, puis symboliste « astral » Filippo Franzoni (1857-1911) qui fréquentera de 1903 à 1906 le Monte Verità d’Ascona, le compositeur italien Ruggiero Leoncavallo (1857-1919), l’écrivain irlandais James Joyce (1882-1941), le poète germano-praguois Rainer Maria Rilke (1875-1926) ou le comte allemand Harry von Kessler (1879-1937), collectionneur, mécène, diplomate et pacifiste.

Dans les mêmes décennies, les rivages suisses du Lac Majeur vont accueillir divers anarchistes dans le sillage de Mikhaïl Bakunin (1814-1876). Après de nombreuses pérégrinations liées à la mise en place de la Première Internationale, à des problèmes financiers et personnels, et à des poursuites politiques et policières, Bakunin, en fuite après l’échec de la première Commune de Lyon (septembre 1870) s’embarquait clandestinement pour Gênes. Ensuite, via Milan, il regagnait Locarno. Un de ses admirateurs, en rupture avec le courant engélien-marxiste, Carlo Cafiero (1846-1892), héritier d’une riche famille bourgeoise, se mit à la recherche au printemps 1873 d’une maison dans le Tessin pouvant servir de base arrière aux révolutionnaires italiens. Il chargea Bakunin de choisir la propriété adéquate et lui proposa d’y habiter. Le Russe jeta son dévolu sur la Baronata, une maison de campagne située à Minusio, à côté de Locarno. Novices en matières immobilières, les deux hommes firent des travaux somptuaires qui finirent par ruiner Cafiero. Les deux compères se brouillèrent. À la fin de l’année 1874, Bakunin s’installa à Lugano. Ses problèmes financiers s’accumulèrent. Bakunin mourut à  Berne, le 1er juillet 1876, d’une urémie.

Parmi les visiteurs de Bakunin, on trouvait le prince Piotr Kropotkin (1842-1921) qui vint pour la première fois en 1872 avant d’être l’hôte, de 1908 à 1913, tous les étés, du médecin Raphael Friedeberg (1863-1940). Ce dernier, fils d’un rabbin, né à Tilsit, étudiant en médecine à Königsberg (renvoyé pour propagande socialiste), puis à Berlin (1890-95) arriva à Monte Verità en 1904. Athée, anarcho-socialiste, antimilitariste, Friedeberg sera le médecin du tout Ascona marginal. Impécunieux, il ne pourra pas reprendre le sanatorium en 1917. Depuis 1907, il vivait en union libre avec la théosophe Elisabeth Elly Lenz (1874-1945), artiste peintre qui le quittera en 1914 pour l’occultiste Rudolph Steiner (1861-1925), ancien secrétaire général de la Société Théosophique pour l’Allemagne (1902), maçon de l’Ordre de Memphis-Misraïm, père de l’anthroposophie[5] (1913).

Après l’anarchie, l’occultisme. En 1889, le docteur en médecine allemand Franz Hartmann (1838-1912), et Alfredo Pioda (1848-1909), tous deux épris de théories théosophiques, lancèrent l’idée d’un couvent laïc ouvert à tous «sans distinction de race, credo, sexe, caste ou couleur». Le groupe prit le nom de Fraternitas et s’installa sur la colline de Monescia, près d’Ascona, lieu nommé plus tard Monte Verità. Franz Hartmann était un médecin allemand, théosophe, géomancien, astrologue, auteur de plusieurs livres sur l’ésotérisme, biographe de Jakob Böhme et Paracelse, traducteur de la Bhagavad Gita, en allemand, rédacteur en chef de la revue Lotusblüten (1882-1890), fondateur (1896) de la Société Théosophique pour l’Allemagne, soutien du Guido-von-List-Gesellschaft (groupement ésotérico-nationaliste alliant l’ariosophie[6] et l’idéologie völkisch[7]) et un des fondateurs de l’Ordo Templi Orientis, avec Carl Kellner[8] et Théodor Reuss[9]. Alfredo Pioda était le neveu de Domenico Bazzi (1806-1871), mazzinien, plusieurs fois élu cantonal libéral radical, président de la chambre de commerce du Tessin. Après des études secondaires et supérieures à Locarno, Lugano, Pise, Turin et Heidelberg, il commença une carrière d’avocat à Milan, avant de retourner à Heidelberg pour faire une licence de philosophie. Ensuite, il s’installa définitivement à Locarno où il se consacra à l’histoire, à la littérature, à la philosophie et à la recherche spirituelle. Conseiller municipal de Locarno (1884-87), député au Gran Consiglio tessinoise (1893-1909), puis au Conseil National suisse (1893-1909), il dirigea, en 1900, le parti libéral cantonal, mais sa position modérée dite evoluzione graduale se heurta à l’aile radicale laïciste et provoquera en 1902 un schisme au sein dudit parti. Outre les deux fondateurs, on trouvait plusieurs théosophes dont la comtesse Constance Wachtmeister[10] (1838-1910), franco-anglaise née Bourbel de Monpinçon, mariée (1863) au comte Carl Wachtmeister (1823-1871), ministre suédois des affaires étrangères (1868-1871). Cette expérience du couvent laïc inspirera sans doute à Frantz Hartmann,  A Rosicrucian Institution in Switzerland (Une institution rosicrucienne en Suisse), le chapitre qu’il ajoutera en appendice aux versions successives de son roman[11] dont la première version date de 1893.

Dans le même temps, à Lugano, fut érigée la loge « libre et indépendante » Il Dovere, admise ensuite à la Grande Loge Suisse Alpina en 1883. Elle comptait parmi ses membres l’avocat Elvezio Battaglini (1858-1924), deux fois syndic de Lugano, militant de la crémation, l’avocat et journaliste Emilio Bossi (1870-1920), élu radical anticlérical zélé, l’avocat et magistrat Brenno Bretonni (1860-1945), écrivain éclectique, libre penseur religieux et élu libéral, l’architecte Demetrio Camuzzi (1858-1899), élu radical anticlérical, Giovanni Rossi (1861-1926), père de la viticulture moderne tessinoise et l’avocat Alfredo Pioda déjà cité.

 

2°) Les fondateurs

Le groupe qui fonda Monte Verità était composé de rebelles individualistes, aisés et cultivés, aux idées composites, souvent floues et parfois contradictoires. Le couple initial Ida/Henri s’était constitué à Veldes (Autriche-Hongrie), aujourd’hui Bled en Slovénie, dans une clinique, le Naturheilanstalt Rikli du Suisse Arnold Rikli (1852-1906), un des pères du naturisme. L’idée première était de fonder un sanatorium avant-gardiste. Puis le projet s’étoffa. Inspiré à la fois par la théosophie, l’occultisme, le végétarisme, le nudisme, la lebensreform, le féminisme, le pacifisme, les expériences « utopiques » de Schwabing, le quartier bohème et contestataire de Munich[12] et les idées de Jean-Jacques Rousseau, Claude Nicolas Ledoux[13], Henry David Thoreau[14], John Ruskin[15], Charles Fourier et Léon Tolstoï, le groupe jeta son dévolu sur les lacs alpins pour y établir une communauté utopique en rupture avec la société traditionnelle et industrielle. Ils furent sept à se lancer dans l’aventure :

–  D’abord, le couple fondateur : Henri Oedenkoven (1875-1935), fils encore jeune d’un riche businessman d’Anvers et Ida Hofmann (1864-1926), pianiste austro-hongroise, née à Citinjé (Monténégro), wagneromaniaque, végétarienne, théosophe et disciple de Tolstoï ;

– Jenny Hofmann (1863-1906), sœur d’Ida, musicienne et cantatrice, qui formera un « couple en union libre » avec Karl Gräser ;

– Pauline Charlotte Hattemer, très belle, cultivée, crypto-catholique mystique, surnommée Babette ou Lotte (1876/1906), dite également Lotte Chattemer (La Chatte Mère ou Lady Chatterley) ou Die Bürgermeisterstochter, fragile psychiquement, morte dans des circonstances mal éclaircies dans lesquelles Otto Gross et Johannes Nohl (ainsi que leur ami Erich Mühsam) auraient peut-être été impliqués[16], d’abord compagne de Ferdinand Brune (voir plus loin), puis sorte de sainte évanescente, inspiratrice de passions amoureuses charnelles ou platoniques au théosophe Josua Klein (1867-1945), à Alfredo Pioda (platoniques ?), à l’artisan menuisier anarchiste qui initia aux travaux manuels divers Monteveritani, Fritz Röhl et à Ernest (1859-1941), prince héritier de Saxe-Meiningen, peintre, compositeur, metteur en scène, traducteur de classiques grecs et colonel d’artillerie ;

– Ferdinand Brune, théosophe de Graz, qui se retirera très tôt de l’aventure ;

– Enfin les frères Gräser, d’une famille volksdeutsch luthérienne de Transylvanie, Karl (1875-1915), ancien officier de l’armée impériale et royale austro-hongroise, et Gustav Arthur (1879-1958), végétarien, peintre autodestructeur de ses œuvres, nudiste, poète marcheur impécunieux, insoumis, emprisonné cinq mois à Kronstadt (aujourd’hui Brasov en Roumanie), libéré et retournant à Ascona où il vivra en marge de la communauté[17].

Oedenkoven avança la presque totalité des fonds pour l’achat de la colline de Monescia à Pioda, pour 140 000 francs suisses. L’acte de cette société, rédigé en français, était notamment signé par la comtesse Wachtmeister. Le but déclaré était de construire un sanatorium dédié à la naturopathie. Le site fut nommé par Ida et Henri, Monte Verità en référence à un projet mystico-terrestre libérée des contingences sociales et religieuses. Ida Hofmann décida de la dénomination wagnérienne de certains toponymes du Monte Verità : Harras Sprung, Loreley Felsen, Parsifal Wiese ou Walküren Felsen.

 

3°) les premières années

En 1901, les premières cabanes étaient construites. En 1902, cinq pavillons étaient édifiés. En 1904 étaient érigées la Zentralschafshaus et la Casa Anata (sur quatre étages) où s’installèrent Ida et Henri. Dans la communauté cohabitaient résidents et curistes que les autochtones désignaient sous le terme de Balabiot (ceux qui dansent nus = danseurs possédés). La communauté recevait des occultistes, des spirites, des tenants de diverses religiosités, des mystiques en quête de voie (voix ?), des théosophes, des philosophes spiritualistes, des rosicruciens, des francs-maçons, des féministes, des pacifistes, des socialistes de diverses chapelles, des anarchistes, des libertaires, des apprentis gourous, des adeptes des médecines douces et naturelles, des naturistes et/ou des végétariens, mais également des dépressifs, des filles et fils de famille en recherche d’un idéal, voire des sympathisants et curieux qui venaient y chercher une thérapie, un resourcement, ou simplement un moment de calme.

La communauté prônait l’union libre, l’égalité entre les humains, quels que soient leur sexe, statut social, race ou conviction. L’activité principale était le jardinage. Le régime était végétarien. L’alcool, le tabac et les autres drogues étaient théoriquement proscrits. Les repas se composaient de légumes et fruits crus. Après quelques mois de fonctionnement, des désaccords, des contradictions, des conflits de personne et d’égo se firent jour. Ida et Henri portaient un rêve bourgeois de paradis terrestre, en harmonie avec la nature, mais intégrant le confort moderne. La communauté devait être gérée avec une rentabilité minimale. Jenny et Karl, et surtout Gusto Gräser défendaient le retour à l’état de nature, l’autosuffisance et le troc et refusaient la modernité technologique, la propriété, les systèmes et l’argent. Arrivé à Monte Verità, en 1904, après l’échec de la commune libertaire Nouvelle Société, sis à Schlachtensee, près de Berlin, l’anarchiste allemand Erich Mühsam (1878-1934) y dénonçait avec force le végétarisme.

La tendance « réaliste » l’emporta. En 1905, fut officiellement fondée par Oedenkoven la Vegetabilische Gesellschaft de Monte Verità. Directeur-propriétaire, il la dirigea toujours comme une petite entreprise. Les frères Gräser s’installèrent désormais aux marges « philosophiques » et « territoriales » de la communauté. Cette dernière s’affirma végétalienne aussi bien pour les pensionnaires que pour les curistes, encore que la différence entre les deux ne fut pas clairement établie. Les vêtements devaient être simples, adaptés à la saison, pratiques. En 1905, un ouvrage d’Ida, Vegetarismus ! Vegetabilismus[18] détaillait les questions de nourriture, d’habillement, de travail entre les sexes, mais également de pacifisme. L’établissement disposait d’un restaurant, d’une bibliothèque, d’une salle de lecture, d’un salon de musique et d’un court de tennis. Chaque cabane comportait une salle de bain et un atrium solaire. L’éclairage électrique, l’eau courante et le chauffage furent généralisés. Les séjours et/ou cures alternaient jardinage, menuiserie, gymnastique, marche, tennis, repas végétariens, repos dans les clairières, bains, douches, héliothérapie, nudisme, musique, fêtes dansantes, chant, arts, lectures et discussions. En 1907, Henri engagea le peintre belge Alexandre Willhem de Beauclair (1877-1962) comme secrétaire et administrateur du sanatorium. Vers 1910, la colonie comptait environ 200 résidents permanents et plusieurs dizaines de visiteurs qui y firent un (ou plusieurs) séjour(s) plus ou moins long(s). Le « public » d’Ascona, hétérogène et hétéroclite sur de nombreux plans, rassemblait une majorité de bourgeois marginaux, d’intellectuels et d’artistes, de vrais curistes, quelques prolétaires qui payaient leur séjour en travaillant pour la communauté et une série de fortes personnalités qui donnèrent à Monte Verità cette patine particulière.

 

4°) De quelques Monteveritani (Monte Veritaner/Montevéridiens)

Une partie des Monteveritani vint du mouvement libertaire. Nous avons déjà rencontré l’anarchiste Erich Mühsam[19], le « carnivore ». Dans un pamphlet déjà évoqué, il y dénonçait non seulement le végétarisme et la tempérance alimentaire mais y prônait un Monte Verità d’en bas, communiste, hédoniste et marginal. En réponse, Ida Hofmann raconta l’histoire « véritable » dans un ouvrage offensif, Monte Verità : Wahrheit ohne Dichtung[20]. En 1909, il quitta Ascona pour Munich où il fonda le Gruppe Anarchist, puis la revue Kain.

Le psychanalyste autrichien Otto Gross (1877-1920)[21], avec son épouse, fréquentait Monte Verità depuis 1905. Dans la communauté, il en fut une figure charismatique. Freudien hérétique, grand consommateur de cocaïne, opium et autre morphine, séducteur, il passait d’une femme à l’autre, refusant par principe de s’occuper des enfants issus de ces aventures. Au cours de différents séjours jusqu’en 1911, il promut, par la parole et par l’exemple, une forme d’utopie matriarcale, prônant liberté de mœurs et polygamie. C’est par sa femme Frieda Schloffer (1879-1956)[22], épousée en 1903 qu’il avait fait la connaissance, puis qu’il devint l’amant des deux sœurs von Richthofen, lointaines cousines du Baron Rouge, Manfred von Richthofen (1892-1918), Else[23], avec laquelle il eut un fils Peter (1907-1915) et Frieda[24], plus tard épouse de l’écrivain britannique David H. Lawrence (1885-1930)[25], le futur auteur de Lady Chatterley’s Lover (1928). Ce vagabondage affectif et sexuel commencé à Schwabing, se poursuivit à Ascona avec Regina Ullmann[26] avec qui il eut une fille Camilla (1908-2000) ou avec la peintre anarchiste d’origine munichoise Sophie Benz qui se suicida en sa présence en 1911, le conduisant à suivre un traitement psychiatrique d’une demi-année. Quelques années plus tôt, il aurait aidé au suicide Lotte Chatemmer[27] et déjà n’avait échappé aux poursuites qu’en acceptant une thérapie imposée par son père, laquelle entreprise avec Jung se révéla être un échec. A Ascona, Gross exerça une forte influence sur des artistes expressionnistes comme l’écrivain allemand anarchiste et pacifiste Karl Otten (1889-1963) et le romancier austro-tchèque, naturalisé américain en 1941 Franz Werfel (1890-1945). Avec Erich Müsham et d’autres libertaires, il[28] avait envisagé, sans succès, de fonder une école anarchiste au bord du lac Majeur.

D’autres anarchistes fréquenteront Ascona. Sans être exhaustif, citons le médecin suisse Fritz Brupbacher (1875-1945) qui y explorait des formes communautaires de vie, en marge de l’anarchie politique, Gustav Landauer (1870-1919), un des principaux théoriciens du socialisme libertaire, traducteur de Maître Eckhart et de Shakespeare, assassiné à Munich, après la Bayerische Râterepublik (printemps 1919) dont il avait été ministre, Max Nettlau (1865-1945), historien du mouvement anarchiste ou Johannes Nohl (1882-1963), écrivain anarchiste à la bisexualité débridée, psychothérapeute freudien indépendant, réfugié à Ascona durant la Grande Guerre où il devint le psychanalyste de référence, avant de finir en RDA après 1945.

Avec Gross, une des principales personnalités de Monte Verità fut Hermann Hesse (1877-1962)[29]. En 1906, en vacances dans un village voisin, avec sa femme Maria Bernoulli (1868-1963), enceinte de leur deuxième enfant, photographe d’art et musicienne, il vit passer des Naturmenschen qu’il suivit jusqu’au Monte Verità. L’un de ces Hommes Naturels était Gusto Gräser. Le récit est sans doute inexact, mais quelques semaines plus tard, Hesse entreprit une cure au sanatorium afin de soigner son alcoolisme, sa dépression et ses idées suicidaires. Il y développera une profonde admiration et une longue amitié avec Graser qui deviendra pour lui une sorte de guide spirituel. Ensemble ils méditaient sur la montagne, lisaient les Upanishads et travaillaient sur une traduction allemande du Tao Te King de Lao-Tseu[30]. L’expérience d’Ascona sera omniprésente dans l’œuvre du futur Prix Nobel de littérature (1946), notamment dans les nouvelles Der Weltbesserer[31] ou Knulp[32], ou les roman Demian[33] ou Siddhârta[34]. En 1919, Hesse s’établit à 50 km par la route d’Ascona, sur le lac de Lugano, à Mortagnola, Casa Camuzzi[35]. Il obtint la nationalité suisse en 1924 et s’installa en 1931, avec sa nouvelle épouse la critique d’art Ninon Dolbin (1895-1966) dans la maison construite selon ses vœux, dite Casa Rossa. Il y mourut en 1962 et sera inhumé au cimetière de Sant’Abbondio, en face d’Ascona.

Parmi les visiteurs du Monte Verità, on comptait aussi le jeune romancier allemand Leohnard Frank (1882-1961), bohême de Schwabing, socialiste pacifiste, l’éditeur et poète néo-classique Stéfan Georges (1868-1933), nietzschéen, traducteur de Baudelaire, Dante et Shakespeare, le poète et écrivain trilingue Yvan Goll (1891-1950), de Saint-Dié, alors expressionniste et pacifiste, l’écrivain, peintre, journaliste et critique d’origine hongroise Emil Szittya (1886-1964), bohème, vagabond, à Ascona en 1906/7, familier des frères Gräser, plus tard ami de Cendrars, l’écrivain, dessinateur, peintre et illustrateur allemand Richard Seewald (1889-1976) ou la comtesse Fanny zu Reventlow (1871-1918), féministe, « rebelle érotique »[36], écrivaine, peintre et traductrice.

Parmi l’intelligentsia qui passa à Monte Verità, il faut retenir la haute figure du sociologue et économiste allemand Max Weber (1964-1920), auréolé de la publication de son ouvrage Die protestantische Ethik und der “Geist” des Kapitalismus[37], fondateur de la Deutsche Gesellschaft für Soziologie (1909), marqué par deux longues périodes de dépression (1897-8 & 1899-1903) l’obligeant à interrompre ses cours qu’il abandonnera à nouveau en 1909. Weber fréquentera deux fois le sanatorium au printemps 1913 et en mars 1914. Il se trouva mêlé aux aventures sentimentales et familiales du trio Otto Gross/Frieda Gross/Ernst Frick. Il marqua une relative sympathie pour les valeurs libertaires[38], mais conserva ses conceptions démocratiques et morales « bourgeoises ».

Les Muses furent également généreuses avec Monte Verità. Le peintre expressionniste Arthur Aron Segal (1875-1944), d’origine juive transylvanienne, élément important de la Neue Berliner Secession, s’installa à Ascona où la vie quotidienne de la colonie s’harmonisait avec ses recherches esthétiques. Fidus, de son vrai nom Hugo Höppener (1868-1948), peintre et illustrateur Völkisch (ethniciste), inspiré par l’Art Déco, le Jugensdstil (mouvement moderniste équivalent en Allemagne de l’Art Nouveau) et les traditions germaniques et scandinaves, nudiste, théosophe, acteur d’une contre-culture, devint la référence iconographique et idéologique au sein de la Lebensreform en général, et de Monte Verità où il séjourna en 1907. Le centre fut un des lieux où s’élaborèrent le mouvement Dada berlinois, le Bahaus[39] ou l’expressionisme.

Parmi tous ceux qui convergèrent vers cet Axis Mundi, il est parfois difficile de distinguer les Monteveritani stricto sensu, pensionnaires, curistes et/ou visiteurs du sanatorium d’Ida et d’Henri, des Asconiens qui fréquentèrent plus ou moins longtemps Ascona, voire de tous ceux qui séjournèrent sur les rives du lac Majeur, notamment à Arcegno, Locarno, Minusio comme le poète Rainer Maria Rilke (1875-1921) ou dans les îles. De plus, Monte Verità fut au centre de divers réseaux tissés autour de lieux « utopiques », de groupes ou de personnalités en interdépendance les uns par rapport aux autres. Ainsi des Monteveritani comme Gusto Gräser ou Alfred Weber participeront au développement de la Freideutsche Jugend, mouvement de jeunesse associé à des groupes d’adultes, des universitaires ou des associations de type Lebensreform, à la fois völkisch et progressiste.

 

5°) Monte Verità, berceau de la danse moderne

A compter de la décennie 1910, Monte Verità va connaître une relative mutation par le renforcement de ses liens[40] avec les mouvements de jeunesse de l’espace germanophone, l’omniprésence de l’expression chorégraphique et le rôle d’un des plus importants éditeurs allemands, Eugen Diederichs (1867-1930). Fondateur d’une maison d’édition à Florence (1896), puis à Leipzig et Iéna (1904), éditeur de classiques grecs, de sagas scandinaves, de Maître Eckart, de romantiques allemands, de philosophes vitalistes, de Bergson, Emerson, Nietzsche, Ruskin, Tchékhov ou Tolstoï, des tenants des « religions modernes », de nombreux textes maçonniques[41], des pédagogues de l’éducation corporelle, de livres d’art, des Upanishads, puis d’ouvrages volkstumbewegung (nationalistes racialistes), sera pendant trois siècles l’éditeur de la Bildungsbürgertum (la partie éclairée, instruite et décideuse de l’upper middle class, par opposition à la petite bourgeoisie supposée étriquée), soutien de divers mouvements de jeunesse nationalistes, naturistes et/ou pacifistes, Diederichs, à la fois anti-wilhelminien et anglophobe, alors militariste, puis révolutionnaire conservateur, allait être une sorte de sponsor et de mécène de Monte Verità.

Via la mystique, l’éducation corporelle, le naturisme et diverses rencontres notamment avec Rudolf Laban dont nous reparlerons plus loin, Diederichs s’intéressa aux arts chorégraphiques. Il diffusa les textes de Rudolf Bode (1881-1970), pianiste, chef d’orchestre, théoricien et professeur d’Ausdrucksgymnastik (Gymnastique d’expression) et de danse, très tôt membre du parti nazi (1922) et de Mary Wigman, publia des essais sur l’Ausdruekstanz (danse d’expression ou moderne) et édita des ouvrages et revues des écoles de danse d’avant-garde, notamment celles d’Elisabeth Duncan, sœur d’Isadora et Emile Jaques-Dalcroze. Ce dernier (1865-1950), compositeur, chorégraphe et chansonnier suisse, professeur au conservatoire de musique de Genève (1892-1910), alors fondateur (1910) d’un institut de Rythmique dans la cité-jardin de Hellerau[42], près de Dresde, fit une cure au Monte Verità, en 1909[43]. En 1913, la danseuse américaine Isadora Duncan (1878-1927), installée à Paris depuis 1900, fondatrice de deux écoles, l’une à Grünewald, l’autre près de Paris, déjà célèbre pour ses innovations, y fit également un court séjour.

C’est en mai 1913 qu’un hôte (1911/1912) de Schwabing, le chorégraphe d’origine hongroise Rudolf Laban[44] visita Monte Verità pour la première fois. Il y retourna l’été avec sa deuxième femme, la cantatrice Maja Leberer, leurs cinq enfants[45] et sa maitresse Suzanne Perrottet (1889-1983), ancienne élève de Jaques-Dalcroze, future participante au mouvement dadaïste zurichois et directrice de la Labanschule de Zurich jusqu’en 1979. A l’été 1913, arriva Mary Wigman (1886-1973), ancienne élève également de Jaques-Dalcroze, qui décida de suivre Laban à Munich avant de retourner à Ascona l’année suivante. Cette année, elle présentera son premier récital en solo, sa célèbre Hexentanz (La danse des Sorcières).

Séduit par le lieu et les hôtes, Laban fonda à Monte Verità, une Schule für Lebenskunst (Ecole pour l’Art de vivre). En plus des étudiants et des stagiaires, elle reçut l’appui de la presque totalité des membres de la colonie. Cette création apporta une bouffée d’oxygène au sanatorium alors à bout de souffle. Grâce à ce centre, d’autres grandes figures de la danse moderne séjournèrent à Monte Verità comme Sophie Täuber (1889-1943), à la fois danseuse, peintre, sculpteuse et décoratrice, dadaïste puis surréaliste, future épouse (1921) du plasticien Jean Arp (1886-1966) ou Katja Wulff (1890-1992), danseuse, professeure de danse et chorégraphe, future fondatrice de la Tanzgruppe Wulff à Bâle.

Au Monte Verità, la danse fut à la fois une pratique de vie, une éthique et une esthétique. Dans la perspective nietzschéenne, elle devait faire sentir le monde et traduire la fulgurance de l’émotion totalement insaisissable par la seule raison raisonnante. Elle était sensée apportée une réponse morale, philosophique et artistique à l’hyper-technologie, à l’omnipotence des sciences et à la perte d’âme de la société urbaine individualiste petite-bourgeoise capitaliste, Les peintres et les danseurs Monteveritani donnèrent corps à ce rêve nietzschéen du danseur-philosophe. L’école de Laban/Wigman s’imposa rapidement dans le monde de la danse. Une grosse vingtaine de danseurs constituait la troupe. Divers spectacles furent montés, avec allers-retours à Zurich. L’été 1917 vit le dernier cours et l’ultime spectacle comme nous le verrons ci-après.

 

6°) 1917

Ces années 1913-1914 virent également la désagrégation du couple Ida/Henri. Ce dernier allait tomber amoureux d’une nouvelle arrivante Isabelle Adderley qu’il épousera rompant ainsi les règles de l’union libre de la colonie, et dont il aura trois enfants. Dans le même temps, Ida évoluera vers une mystique maritale, mâtinée d’un féminisme spiritualiste articulé autour de diverses figures de déesses.

La Grande Guerre mit à nu les contradictions de la colonie qui entra en même temps, de plein pied, dans la mouvance occultiste via une sorte de Cagliostro de la Belle Epoque, l’anglo-allemand Theodor Reuss (1855-1923). Né à Augsbourg où il fit ses études primaires et professionnelles, le jeune Theodor y travailla ensuite dans une pharmacie. A vingt ans, il gagna Londres où un marchand de musique Heinrich Klein le présenta à la loge germanophone Pilgrim n° 238 (Grande Loge Unie d’Angleterre). Fait maçon le 8 novembre 1876, il fut avancé compagnon le 8 mai 1877 et exalté maitre le 9 janvier 1878. Cependant il ne semble pas avoir assisté à d’autres réunions et fut radié le 1er octobre 1880 pour défaut de paiement. Reuss devint ensuite un militant actif de la Socialist League, d’obédience anarchisante (1884), tout en poursuivant sa carrière de chanteur wagnérien. En même temps, il devint correspondant du quotidien Suddeutsche Presse (novembre 1885). Accusé d’être un agent de la police secrète prussienne, il fut exclu de la League en 1886. A Londres jusqu’en 1899 comme journaliste, Reuss déménagea ensuite pour Berlin tout en couvrant les festivals de Bayreuth, l’exposition universelle de Chicago (1896) ou la guerre turco-grecque de 1897. De la décennie 1890, datent ses premiers contacts avec l’occultisme. Reuss affirmera avoir été un proche d’Helena Blavatsky[46]. Herpétologiste, lépidoptériste, il s’intéressa au yoga et au tantrisme, notamment par l’intermédiaire du frère autrichien Karl Kellner (1850-1905), industriel et chimiste, fait maçon par la loge hongroise Humanitas (1873), théosophe et rose-croix. L’occultiste envisageait de constituer une Academia Massonica dite Ordo Templi Orientis (O.T.O.). Ce cercle maçonnique intérieur, instauré en parallèle aux Hauts Grades de Memphis-Misraïm, aurait eu pour but d’enseigner les doctrines ésotériques rosicruciennes aux maçon(ne)s. Cette société néo-templariste pratiquait une magie sexuelle, aussi peu templière que possible. Ce choix bisexué dans une franc-maçonnerie mondiale alors pratiquement totalement masculine entraina Kellner à envisager la prise de contrôle d’une micro-obédience pour la rendre mixte. Son choix se porta sur la maçonnerie « égyptienne », notamment Memphis et Misraïm en interférence depuis 1881. Les deux branches fusionnèrent à Naples en 1899. Le nouveau groupe dit Rite Oriental Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm se choisit le britannique John Yarker (1833-1913), comme Grand Hiérophante général (président mondial). En 1902, Reuss fut mis à la tête du Souverain Sanctuaire de Memphis-Misraïm en Allemagne. En 1913, à la mort de Yarker, il lui succéda comme 7e Grand Hiérophante général. Reuss avait été également fondateur d’une loge néo-illuminée Ludwig (1901), sise à Berlin, inspecteur principal pour l’Allemagne de l’Ordre martiniste (juin 1902) et Supreme Magnus du Grand Conseil allemand de la Societas Rosicruciana in Anglia. En février 1902, Yarker donna une charte à Reuss lui accordant le pouvoir de constituer une loge swedenborgienne dite du Saint Graal à Berlin. Celle-ci devait être la mère loge pour ce rite en Allemagne, avec le pouvoir de former une Grande Loge Provinciale et de créer d’autres ateliers. En 1905, Reuss devint le Chef visible de l’Ordo Templi Orientis. Il sera encore espion au service de l’état-major britannique (1914) ou évêque néo-gnostique.

Reuss arriva sur les rives du Lac Majeur, concomitamment avec Laban. On ne sait comment les deux hommes se rencontrèrent mais Laban devint un membre actif de l’O.T.O. Reuss noua également des contacts avec Ida en pleine période mystique et avec Henri à qui il proposa une aide financière. A Monte Verità, sous les auspices de l’O.T.O., il fonda (aurait fondé) la loge Vera Mystica (Verita Mistica). La Grande Guerre amena également en Suisse des pacifistes et des objecteurs de conscience. C’est dans cette perspective pacifico-occultiste que se tint Ascona, le Congrès anational de l‘O.T.O. convoqué par Reuss. Son but était double : d’une part, réunir des théosophes, des végétariens, des occultistes, des francs-maçons & des pacifistes dans un refus militant de la guerre, d’autre part faire connaitre et reconnaître l’Ordo par et dans les milieux ésotériques européens. Par rapport aux diverses manifestations maçonniques comme les congrès de Paris (janvier et juin 1917) qui évoquaient la paix mais seulement après la victoire des alliés, ladite réunion fut une des seules tentatives authentiquement neutralistes et pacifistes intégrales, avec les conférences socialistes de Zimmerwald (septembre 1915) ou de Kienthal (avril 1916)[47].

Le 22 janvier 1917, un manifeste fut envoyé à divers groupes et individus :

« A tous ceux que cela peut concerner :

La Fraternité Hermétique de la Lumière, connue comme O.T.O. (dont le quartier général a été transféré en Suisse depuis le début de cette guerre mondiale) envoie le Message suivant à tous ses membres, & à tous les hommes & toutes les femmes qui ont à cœur la paix & l’avancement de l’humanité. Plus puissante que tout ce qui a pu arriver dans l’histoire de l’humanité cette guerre a révélé les antagonismes sous-jacents profondément enracinés qui divisent l’humanité en ses buts & aspirations. Vainement, l’évangile de la fraternité universelle a été prêché par une aristocratie d’hommes & de femmes spirituellement évolués. Des millions de maillons fraternels ont été rudement & cruellement rompus. La moitié du monde est devenue l’ennemi de l’autre moitié. En fin de compte, seuls la Force & l’Argent comptent en ce monde. Le sang a été répandu à flots. De prospères contrées ont été transformées en déserts. Les êtres humains en démons. Pour quoi ? Pour l’amour de l’argent. Le monde a tremblé sur ses fondations afin de satisfaire l’avidité d’une petite classe d’irresponsables, de capitalistes démoniaques ! Il est grand temps que des personnes ayant des vues très claires & saines, & une volonté ferme, issus de toutes les parties du globe, se rassemblent, se concertent pour prendre des mesures & agissent pour empêcher que ce conflit fratricide ne devienne un état normal des choses. Afin d’empêcher les nations de se diviser en camps perpétuellement hostiles ces mesures & actions doivent être pris sans délais. Il faut rappeler au Peuple, & l’amener à réaliser que l’humanité en son ensemble, a, & ne peut qu’avoir qu’Un seul but qui est le Progrès de l’Humanité lui-même. Afin de remplir cet objectif, une véritable coopération fraternelle est nécessaire.

[…]

L’étape suivante doit être de commencer la reconstruction de ce qui a été détruit. Ceci peut être le mieux achevé par l’établissement sur des bases coopératives de Colonies Fraternelles sur toute la surface de la terre, en marge de toutes les sociétés & entreprises capitalistes. De nouvelles normes éthiques, un nouvel ordre social, basés sur le principe de la coopération de Tous, sur la possession commune de Tous du sol & des moyens de production, & sur un véritable contrôle libre de tous, doivent devenir les lumières qui nous guident & les points de repère de ces nouvelles colonies & établissements.

[…]

L’O.T.O. se fait le défenseur d’une éthique nouvelle, d’un nouvel ordre social & d’une nouvelle religion. L’O.T.O. possède les Secrets de la réussite Mystique. Les membres de l’O.T.O. sont tous Francs-Maçons. Par conséquent, il prend l’initiative de ce nouveau mouvement mondial & appelle à un Congrès Anational de O.T.O. pour l’organisation de la reconstruction de la Société sur des bases pratiques & coopératives qui se tien [dra] du 15 au 25 août A.D. sur le Mont Verità à Ascona (Suisse). Toutes ces organisations dans chaque pays du globe qui se lèvent pour le Progrès de la race sur des bases coopératives & pour la guérison des maux que cette guerre abominable a infligée à l’humanité sont invitées à envoyer des délégués à ce Congrès. De plus amples détails du programme de ce Congrès seront envoyés à tous les délégués régulièrement élus & accrédités sur réception de leur lettre de créance. Les membres de l’O.T.O. doivent seulement envoyer leur nom & le nom de leur loge ou colonie. Il y deux centres de l’O.T.O., tous les deux dans des pays neutres, où les demandes peuvent être envoyées par ceux intéressés par les buts de ce Congrès. Un est à New-York (Etats-Unis d’Amérique), l’autre à Ascona (Suisse italienne).Les arrangements pour le voyage en compagnie des autres délégués américains ou australiens, peuvent se faire par le biais du Quartier Général de l’O.T.O., tandis que les arrangements pour les délégués d’Europe, d’Asie & d’Afrique seront traités par le Quartier Général européen. En premier lieu, toutes les demandes de renseignements doivent être adressées au secrétaire J. Adderley, Monte Verità, Ascona (Suisse). Veuillez inclure une enveloppe timbrée pour la réponse, & 1 dollar ou 5 shillings pour l’envoi de la publication du Congrès. Les Maçons de toutes obédiences auront l’opportunité de participer à des Réunions de Loge à Ascona. Les Théosophes pourront suivre des conférences sur la Théosophie & autres sujets similaires. Les Mystiques seront invités à assister à une représentation du Poème Mystique d’Aleister Crowley « Le Bateau ». Les Membres de l’O.T.O. recevront des instructions de leurs secrétaires locaux. Publié par Ordre du C.E.O., le 22 janvier 1917, à Ascona (Suisse). X J. Adderley, [Isabelle Adderley] Secrétaire : F.H.L.

L’Amour est la Loi ! L’Amour sous la Volonté ! »

 

Cinq jours en février julien (8-12 mars) provoquèrent la fin du régime tsariste. Le 2 avril, les Etats-Unis entraient en guerre. Le 1er août, le pape Benoit XV envoyait une lettre aux belligérants, baptisée « exhortation à la paix ». Le congrès d’Ascona réuni à la mi-août, n’eut que des effets limités, mais les participants assistèrent à un grand spectacle chorégraphique Sang an die Sonne, l’Hymne au Soleil, qui commença le 18 août à 18 heures et s’acheva le lendemain à six heures. Mis en scène par Laban, la manifestation se composait le premier soir, d’une représentation du Soleil couchant (Die Sonne geht unter), suivi par Der Dämonen der Nacht, pantomime dansé avec une ronde de flambeaux. Le lendemain, à l’aube, fut exécuté Der Triumph der Sonne, hymne dansé. La chorégraphie dura douze heures. Avec ses centaines de danseurs courts vêtus sous la voûte étoilée, en symbiose avec le paysage, son récitant de vers des poèmes d’Otto Borngräber (1874-1916), ses flambeaux, lampions et brassiers, ses gongs, tambours et fifres, Laban posa les fondements d’un spectacle païen de masse qui se retrouvera dans diverses manifestations qu’il mettra en scène pour le IIIe Reich. Le 22 août, la danse solaire, Die Winderblumen (Les Fleurs miraculeuses), fut le dernier spectacle chorégraphique de Laban à Monte Verità.

En octobre 1917, après un accord avec Reuss, Laban fut autorisé à fonder sous les auspices du Rite Ecossais [dit de Cerneau] et de Memphis Misraïm une loge dite Libertas et Fraternitas, sise à Zurich. L’atelier comptait dix sœurs dont Olga Feldt-Dussia Bereska, Maja Lederer, Suzanne Perrottet et Mary Wigman, et six frères dont Oskar Bienz et le baron Herbert von Bomsdorff-Berger (1881-1965). Cette loge aura une existence éphémère. Ses membres se dispersèrent. L’atelier sera plus tard régularisé et intégré sous le n° 37 à la Grande Loge Suisse Alpina.

En marge de la guerre, l’année 1918 verra arriver à Ascona un certain nombre d’artistes comme le peintre, sculpteur et poète allemand Hans (jean) Arp (1886-1966), naturalisé français en 1926, l’écrivain et poète dada Hugo Ball (1886-1927), le peintre allemand expressionniste d’origine russe Alexej von Jawlensky (1864-1941), le peintre et cinéaste allemand plus tard naturalisé américain Hans Richter (1888-1976), le peintre et sculpteur d’origine roumaine Arthur Segal (1875-1944) ou la baronne Marianne von Werefkin (1860-1938), compagne d’Alexej jusqu’en 1920, la future nonna d’Ascona, qui guidera le banquier von der Heydt vers Ascona[48].

 

7°) essai d’interprétation 

On pourrait qualifier Monte Verità d’utopie « réalisée » dans le sens d’un rêve construit, d’un projet incarné, d’une communauté utopique inscrite dans les courants de son temps.

La colonie traduisait le malaise de la Bildungsbürgertum, face à l’entrée paroxystique de l’Allemagne wilhelmienne dans la modernité, l’industrialisation, l’urbanisation rapide et massive et la mondialisation provoquant dans certaines couches aisées et cultivées de la société, un appel au lebensreform (réforme de la vie) structuré autour du naturisme, du végétarisme, des médecines douces, de l’agriculture biodynamique, de la thalassothérapie, de l’héliothérapie et/ou du yoga. Cette attitude suscita trois attitudes sociales emboitées : de nouvelles pratiques médicales douces, homéopathiques et/ou naturelles se substituant et/ou complétant la médecine officielle allopathique, une réaction de protection sociale et culturelle contre les dégâts réels ou supposés des techniques, des sciences, de l’industrialisation, de l’urbanisation et de la massification sociale, et le choix de l’esthétisme comme mode d’évasion par rapport à la laideur du monde. Elle s’inscrivait dans la forte tradition germano-suisse des communautés libres et des cités-jardins. La Vegetarische Ostbaukolonie Eden, établie en 1893, sise à Oranienburg, au nord de Berlin, fut la première colonie végétarienne avant le Monte Verità, et un modèle pour Henri et Ida. Concomitamment, la cité-jardin fut un concept théorisé par l’urbaniste britannique Ebenezer Howard (1850-1928) dans son livre Tomorrow-. A peaceful path to real reform[49]. Il s’agissait de penser une cité nouvelle harmonieuse, opposée aux agglomérations industrielles polluées, à la démographie galopante, et aux campagnes trop loin de la modernité. Les premières réalisations menées par un autre urbaniste Raymond Unwin (1863-1940) se concrétisèrent à Letchworth, Hampstead et Welwyn, près de Londres. Inspiré d’Howard, l’ébéniste-menuisier devenu businessman Karl Schmidt-Hellerau (1873-1948) fonda la ville-nouvelle d’Hellerau, près de Dresde (1909). Nous avons vu que plusieurs Monteveritani comme Jaques-Dalcroze y travaillèrent. L’expérience communautaire progressiste de Hellerau prit fin en  1933.

L’utopie s’inscrivait également dans le contexte politique et culturel de la Suisse qui non seulement proclama sa neutralité affirmée en 1815, mais déclara également la défendre aux besoins par les armes. Dans les décennies 1880-1900, la Suisse connut l’essor du tourisme, notamment à Lugano, et des infrastructures hôtelières, parfois liées au thermalisme et à la santé (sanatorium). Dans le même temps, le développement des chemins de fer réduisirent l’espace et le temps. Ainsi la durée du trajet Lausanne-Milan passa de 61 heures (1850) à 6h30 (1913). La neutralité active de la Confédération avec l’appui à diverses institutions philanthropiques liées au progrès des libertés confédérales ou cantonales favorisa diverses effervescences spirituelles et politiques. A la marge des institutions catholiques et protestantes, des religions nouvelles apparurent. Ainsi de la théosophie dont Jean-Pierre Laurant[50] dit qu’elle servit de plaque tournante à l’ésotérisme du dernier quart de siècle grâce à l’habileté de sa fondatrice, Helena Petrovna Hahn-Blavatsky (1831-1891). Pratiquement tous les occultistes du temps y passèrent un temps plus ou moins long. Forte de cette autorité, elle put développer une doctrine ésotérique syncrétique à partir d’un bouddhisme revu pour l’Occident, théorisée dans divers ouvrages notamment Isis Unveiled[51] et The Secret Doctrine[52]. Mme Blavatsky structura sa société sur le modèle maçonnique, au demeurant de nombreux maçon(ne)s en firent partie, et fixa le quartier général de la Société Théosophique à Adyar[53]. Des branches rattachées à la France s’implantèrent à Genève dès 1901. La charte constitutive de la section suisse de la Société Théosophique date de 1910. Elle comptait à l’origine 61 membres, répartis en sept sections, avec un centre administratif à Genève, une centaine à la veille de la Grande Guerre. En 1902, Rudolf Steiner était devenu secrétaire général de la Société Théosophique pour l’Allemagne. Il se séparera de la théosophie en 1912/3 pour fonder l’anthroposophie. Peu ou prou, une majorité de Monteveritani fut influencée par la théosophie. Dans le même temps, l’industrialisation s’accompagna de la naissance du mouvement ouvrier. A cause de l’importance de la main-d’œuvre étrangère, plusieurs leaders étaient des Français ou des Allemands. La relative tolérance permit l’arrivée de plusieurs dizaines d’exilés politiques, et à partir de 1914 de pacifistes, de déserteurs, de réfractaires, d’objecteurs de conscience et de militants révolutionnaires. La tradition libertaire suisse née avec la Fédération jurassienne inspirée de Bakunin (décennie 1870), et plus spécialement celle des cercles anarchistes-communistes non violents, en rupture avec le terrorisme anarchiste des années 1880-1890, servit également de toile de fond à Monte Verità, à laquelle il faut ajouter certains autres courants libertaires germanophones comme les jeunes socio-démocrates allemands qui fondèrent la Verein Unabhängiger Sozialisten avec l’Autrichien Martin Buber, philosophe et conteur, puis sioniste et intéressé par le hassidisme, Gustav Landauer ou Erich Mühsam, tous Monteveritani[54].

Monte Verità traduisait également le mouvement de fuite (Fluchtbewegung) des classes moyennes allemandes devant le réel politique, économique et social. Refusant le principe de réalité, c’est-à-dire en tant qu’actrice sociale le choix de sa classe ou la « trahison » révolutionnaire de celle-ci, elle préféra opter pour la négation de l’histoire et choisir l’« utopie régressive », la nostalgie d’un mythique âge d’or, la communion avec une nature déifiée, le rêve de l’homme bon hors de la « Moderne Babylone ». Monte Verità tenta de résoudre la dialectique contradictoire entre l’aspiration au libertarisme individuel, le rêve d’un micro-communisme communautaire de cocooning et les exigences de la Révolution conservatrice. Elle peut donc être lue comme le dernier surgeon des utopies du XIXe siècle, et l’annonciation du Flower Power et de diverses formes écologiques d’aujourd’hui.

Enfin on ne peut ignorer les choix convergents, parfois complémentaires, quelquefois contradictoires des acteurs sociaux. Ainsi certains trouvèrent-ils à Ascona, et plus largement sur les rives du Lac Majeur, un lieu et une source directe d’inspiration (Rudolf Laban, Mary Wigman, Emilio Franzoni ou Mariane Werefkin). D’autres virent dans le Monte Verità, l’axis mundi authentique et symbolique autour duquel l’ordre nouveau se construirait (Henri Oedenkoven, Ida Hofmann, les frères Graser, Olga Froebe-Kapteyn). D’autres encore y bâtirent stricto sensu (la Casa Anatta d’Oedenkoven, le Grand Hôtel de von der Heydy/Fahrenkamp, le Teatro San Materno de Charlotte Bara, la Casa Eranos d’Olga Froebe-Kapteyn[55]). Enfin quelques-uns trouvèrent dans Ascona un refuge contre la modernité agressive, les horreurs contemporaines, la répression politique et/ou la dépression (Müsham, Gross, Hesse).

 

8°) Post Bellum

La Grande Guerre provoqua la dispersion de la communauté. Gustav Gräser devint un prêcheur pacifiste dans la république de Weimar. Otto Gross décèdera en 1920 dans une rue de Berlin, affamé et en proie à une violente crise de manque. Le poète Mühsam sera déporté à Oranienburg où il mourra en 1934. Laban et Wigman danseront pour le national-socialisme[56]. Johannès Nohl finira obscur membre du parti communiste en RDA. Oedenkoven céda la gestion de Monte Verità à Clara Linke qui l’orienta vers une hôtellerie traditionnelle et y fonda un jardin d’enfants. En 1920, il émigra en Espagne avec sa famille actuelle et son ancienne compagne Ida. Cette dernière gagna l’Amérique Latine où elle mourut en 1926, à São Paulo. La gérance de Monte Verità fut confiée à un certain Scheuermann qui s’efforça d’en faire un lieu festif et gastronomique. Deux ans plus tard, il déposait le bilan.

A l’automne 1923, Monte Verità fut vendue à trois couples (l’éditeur Werner Ackermann alias Robert Landmann[57] et sa femme Emma Ota Boehme (1894-1986), le peintre Hugo Wilkens (1888-1955)[58] et son épouse et le couple Max Bethke) qui réalisèrent l’opération grâce au financier William Werner. Devenu propriétaire de jure, il s’installera avec sa famille à la Casa Anatta tandis que les trois autres familles occuperont des maisons environnantes. Monte Verità se voulait désormais un hôtel, un restaurant, une maison pour artistes et un centre de séminaires. Malgré les conférences et les festivités, l’affaire s’avéra non rentable. En 1926, Monte Verità fut racheté par le banquier allemand Edouard von der Heydt (1882-1964), grand collectionneur et mécène, lié par sa famille au kaiser déchu. Il fera construire par l’architecte allemand Emil Fahrenkamp (1885-1966), futur protégé de Goebbels et Goering, le Grand Hôtel, un des chefs-d’œuvre du Bauhaus. L’établissement devint rapidement un palace très côté et un lieu de rencontre entre les milieux d’affaires ouest-européens et ceux du IIIe Reich, dont le baron était un servent soutien, tout en obtenant la nationalité suisse en 1937. Henri parti en Amérique Latine et décéda également à São Paulo, en 1935.

A la mort d’Edouard, Monte Verità devint un bien cantonal du Tessin. En 1989, fut créée la Fondazione Monte Verità, en collaboration avec l’Eidgenössische Technische Hochschule de Zürich. Aujourd’hui, on y trouve trois musées :

– La Casa Anatta: « chaumière » air-lumière (Licht-Luft-Hütte) (1904), ancien siège de la Coopérative Végétarienne Monte Verità, devenue en 1981 musée permanent sur l’histoire de l’utopie du Monte Verità (présentement en cours de rénovation. Ouverture 2014).

– La Casa Selma: autre « chaumière » air-lumière des végétariens du Monte Verità en 1900, où sont conservés d’autres documents sur la vie du Monte Verità (présentement en cours de rénovation. Ouverture 2014).

Chiaro Mondo dei Beati: maison en bois érigée en 1986 sur l’ancien solarium de Monte Verità, pour présenter la peinture le Paradis imaginée par le peintre, poète, historien, dramaturge et photographe Elisar von Kupffer (1872-1942), sur une grande toile circulaire panoramique (3, 45 x 25,3m).

La Fondation assure la gestion immobilière de Monte Verità et via sa structure cantonale organise diverses activités culturelles, des rencontres et des séminaires dans le Grand Hôtel rénové et aménagé par l’architecte tessinois Livio Vacchini (1933-2007). Le Centro Stefano Franscini est le pôle de congrès de l’ensemble. Sa gestion est autonome. Il prend en charge 20 à 25 conférences internationales par an et, depuis 2010, jusqu’à 10 écoles doctorales l’hiver.

 

9°) Le postmonteveritisme

En 1919, l’ancienne secrétaire (1905/9) de la Fédération suisse des syndicats, Margarèthe Faas-Hardegger (1882-1963), féministe, antimilitariste, disciple du monteveritano Gustav Landauer, établit à Minusio, à l’est de Locarno, le phalanstère Villino Graziella, une communauté agricole libertaro-communiste qui végètera jusqu’en 1964. En 1924, l’imprimeur anarchiste Fritz Jordi (1855-1938), déçu des premières orientations totalitaires de la république des Soviets, acheta pour 18.000 francs suisses une propriété sise à Ronco sopra Ascona, où il installa un village-communauté agricole dit Fontana Martina, ouvert aux artistes et intellectuels (Max Bill, Jakob Bührer, Ernst Geiger, Paul Klee, Else Lasker-Schüler, Gustav Regler ou Ignazio Silone) et qui fonctionnera jusqu’en 1938.

En 1924, sept peintres et plasticiens, la nonna d’Ascona, Marianne von Werefkin, les Allemands Walter Helbig (1878-1968) et Otto Niemeyer-Holstein (1896-1984), les Suisses Albert Kohler et Ernst Frick, anciens Monteveritani, le néerlandais Otto van Rees (1884-1957) et l’Américain Gordon Mallet McCouch (1885-1959) formèrent le groupe Der Grosse Bär (La Grande Ourse) à Ascona. En 1928, Frick[59] fouillait le site préceltique de Balla Drume, au-dessus d’Ascona et devenait archéologue amateur et passionné de linguistique. A compter de 1927, divers artistes du Bauhaus (Anni & Josef Albers, Herbert Bayer, Marcel Breuer, Walter Gropius, Alexander Schawinsky et Oskar Schlemmer) découvrirent Ascona comme station de vacances d’été. Au début de la décennie 1930, des peintres expressionnistes suisses Ignaz Epper (1892-1969), Fritz Pauli (1891-1968) et Robert Schürch (1895-1941) s’établirent à Ascona et aux alentours. L’Ascona Bau Buch[60], d’Eduärd Keller et Max Bill constituera le manifeste du Neuen Regionalismus qui plaidait pour une synthèse harmonieuse entre l’architecture moderne et l’habitat traditionnel. En 1937, l’écrivain et peintre suisse Jakob Flach (1894-1982) fonda le Marionettentheater Asconeser Kùnstler, (Théâtre de Marionnettes d’artistes d’Ascona) devenu le Teatro Castello, avec le sculpteur néerlandais naturalisé suisse Mischa Epper (1901-1978), Fritz Pauli et l’architecte, sculpteur et peintre J. Muller Werner (1899-1986).

En 1924 arriva à Ascona, la danseuse Charlotte Bara (1901-1986)[61]. D’une famille juive allemande, élève d’Isadora Duncan, du chorégraphe russe Alexander Sakharoff (1886-1963) et du danseur javanais, le prince Raden Mas Jodjana (1893-1972), puis de Laban et de Wigman, elle ouvrit à Ascona, en 1924, dans la propriété familiale, Castello San Materno, son école de danse. Le château avait été acheté en 1919 au comte Henri de Loppinot par les parents de Charlotte, le négociant Paul Bachrach (1876-1942) et Elvira Bachmann, passionnés de littérature, de musique et de théâtre, hôtes des peintres Alexej von Jawlensky et Heinrich Vogeler, et de Rainer Maria Rilke. A compter de 1927, le couple fit appel à l’architecte Carl Weidemeyer (1882-1976) pour construire à côté de leur demeure le Teatro San Materno, de cent places, utilisé par Charlotte jusqu’à la fin des années 1950. Cédé à la ville d’Ascona, après dix ans de conflit, il fut restauré pendant trois ans. Il est le seul théâtre européen Bauhaus encore utilisé. Depuis sa réouverture en 2009, il propose un riche programme de manifestations culturelles. En 1996, toujours à Ascona, avait été constituée la Fondazione Carl Weidemeyer.

Enfin, last but not least, à Moscia, non loin de Monte Verità, en 1920, la théosophe anglo-allemande Olga Froebe-Kapteyn (1881-1962), animatrice d’un salon littéraire zurichois dit La Table Ronde, s’installa Casa Gabriella. A côté, en 1928, elle fit construire Casa Eranos pour être un lieu de rencontre entre l’Orient et l’Occident. A partir de 1933, s’y tinrent des rencontres, débats, exposés, réflexions et communications consacrés à la spiritualité contemporaine, l’analyse des religions, l’histoire de l’art, l’anthropologie culturelle, l’ethnologie et la philosophie, et présentés en quatre décennies par quelque 180 conférenciers comme Joseph Campbell, Henri Corbin, Gilbert Durand, Mircea Eliade, Hermann Hesse, James Hillman, Carl Gustav Jung, Louis Massignon, Erich MühsamErich Neumann, Gilles Quispel, Herbert Read, Gershom Sholem,  ou Jean Servier et quelques autres, qui animèrent également le Cercle Eranos. Les travaux des Eranos Tagungen furent publiés dans les Eranos Jahrbücher de 1933 à 1988. A partir de 1993, une nouvelle série, d’esprit un tantinet différent, commença, toujours sous le patronage de l’Eranos fondazione. L’actuel bâtiment de la fondation, prolongé d’une vaste verrière, est d’inspiration Bauhaus. Dans le parc, on trouve des sculptures d’Arp et d’œuvres asiatiques.

 

Ainsi est Ascona aujourd’hui ! Que reste-t-il de Monte Verità ? Sanatorium d’avant-garde, coopérative agricole, familistère, communauté artistique, colonie libertaire, postromantique, anticapitaliste, naturiste, non-violente et hédoniste, idéal urbaniste, Monte Verità sera à la fois une utopie réalisée, et de manière oxymorique, une œuvre pragmatique. Plus refus du monde que projet révolutionnaire concret, Monte Verità annonçait certains aspects de l’écologie, une quête plus personnelle d’une autre vie présente dans diverses tentatives communautaires ultérieures comme Degania, Mère des kibboutzim, Auroville, la cité internationale en Inde, l’éco village mexicain de Rancho Amigos, la communauté libertaire de Christiana, en plein cœur de Copenhague, le réseau Longo Maï, Celebration (Floride), imaginée par la Walt Disney Compagny, Arcosanti, en Arizona, Twin Oaks, en Virginie, Tamera (Portugal), Gaïa (Argentine), la Villa el Salvador (Pérou), Altinopolis (Brésil), Uzupis (Lituanie), Zegg (Allemagne) et bien d’autres.

 

Le Genius loci se manifestera-t-il à nouveau sur la montagne sacrée ? Jean dit que « l’Esprit souffle où il veut ; tu l’entends, mais tu ne sais pas d’où il vient ni où il va. Il en est ainsi de quiconque est né de l’Esprit.» (III, 8) , but that’s another history !

 


Bibliographie

* Hofmann-Oedenkoven Ida, Monte Verità. Wahrheit ohne Dichtung, Ascona, Lorch 1906.

* Landmann Robert (Werner Ackermann), Ascona Monte Verità, Berlin, Adalbert Schultz Verlag, 1930 ; Zürich, Benziger, 1973; édition revue et augmentée par Ursula von Wiese, avec l’aide de Doris Hasenfratz, et rééditée avec une postface de Martin Dreyfuss, Stuttgart,Vienne & Frauenfeld,  Huber , 2000.

* Sous la direction d’Harald Szeemann, Monte Verità. Antropologia locale comme contributo allariscoperta di una topografia sacrale moderna, Milan, Electra, 1978 (édition italienne); Monte Verità. Berg der Wahreit, Milan, Electra, 1980 (édition allemande).

* Green Martin, Mountain of Truth. The Counterculture Begins. Ascona, 1900­-1920, Hanovre & Londres, University Press of New England, 1986.

* Petzold Ernst R. & Pöldinger Walter, Beziehungsmedizin auf dem Monte Verità. 30 Jahre Psychosomatik in Ascona, Vienne/New York, Springer, 1998.

* Monte Verità. L’utopie du nouvel âge, réalisation d’Henri Colomer, diffusé sur Arte les 10 décembre 1997 et 14 avril 1999.

* Baillet Philippe, Monte Verità (1900-1920) ou la complexité du romantisme anticapitaliste. Une première approche historique et biobibliographique, in Politica Hermetica, 2000, pp. 199-219; Monte Verità, 1900-1920 : une communauté alternative entre mouvance völkisch et avant-garde, in Nouvelle Ecole, 2001, n° 52, le Christianisme, pp. 109-135. http://www.archiveseroe.eu/monte-verita-a115285614

* Schwab Andreas & Lafranchi Claudia, Sinnsuche und Sonnenbad. Experimente in Kunst und Leben auf dem Monte Verità, Zürich, Limmat, 2001.

* Boehnke Heiner, Der Zauberberg der Gegenkultur: Monte Verità, in Meißner Joachim (direction), Gelebte Utopien. Alternative Lebensentwürfe, Francfort-sur-Main & Leipzig, Insel Verlag, 2001, pp. 201/214.

* Gimeno Paul, L’esprit d’Ascona.Précurseur d’un écologisme spirituel et pacifiste in Ecologie & politique, 2003/1, n° 27, p. 235/244. 

* Schwab Andreas, Monte Verità. Sanatorium der Sehnsucht, Zürich, Orell Fuessli Verlag, 2003.

* Bernardini Ricardo, Da Monte Verità a Eranos. Elementi di una rete culturale per lo studio della psiche e della complessità umana, thèse de l’Université de Turin, 2003.

* Gimeno Paul,  L’esprit d’Ascona. précurseur d’un écologisme spirituel et pacifiste, in Ecologie et politique, 2003/1, n°27, p. 235/244.

* Barone Elisabetta, Riedl Matthias & Tischel Alexandra, Pioniere, Poeten, Professoren Eranos und der Monte Verità in der Zivilisationsgeschichte des 20, Würzburg, Königshausen & Neumann, 2004.

* Mros Eberhard, Phanomene Monte Verità, neuf volumes en autoédition, Ascona 2008/2011.

* Illerhaus Florian, Gegenseitige Beeinflussungen von Theosophie und Monte Verità,  Munich, Grin, 2009.

* Voswinckel Ulrike, Freie Liebe und Anarchie. Schwabing – Monte Verità. Entwürfe gegen das etablierte Leben, Munich, Allitera Verlag, 2009.

* Kaj Noschis, Monte Verità. Ascona et le génie du lieu, Lausanne, Presses polytechniques et universitaires romandes, 2011.

* Monte Verità. Der Traum vom alternativen Leben. (Allemagne/Suède/Danemark/Norvège) film documentaire de Carl Javér, 2013, Arte 12 1 19 janvier 2014.

Ouvrages auxquels il faut ajouter les publications culturelles et artistiques de la Fondazione Monte Verità (1989), du Centro Stefano Franscini, de l’Eranos Fondazione (1933) et du Museo Comunale d’Arte Moderna, tous quatre sis à Ascona.

Pour aller plus loin : 

http://www.gusto-graeser.info/Monteverita/Darstellungen/Wackernagel/WackernagelFR.html

Notes :

[1]Mouvement allemand du 1er tiers du XXe siècle, qualifié parfois de pré-fascisme, ou plus exactement éventail de weltanschauung (conceptions du monde), héritier du Kulturpessimismus, refusant les Lumières et le wilhelmisme, le progressisme et l’Ancien Régime, adepte d’une « troisième voie » et porteur d’un projet métapolitique qui se voulait à la fois révolutionnaire et réactionnaire, aristocratique et prolétaire, pangermaniste et « nietzschéen », qui fut à la fois une des sources du nazisme tout en s’en démarquant par divers aspects. La « Konservative Revolution », concept développé par Hugo von Hofmannsthal dans Les Lettres comme espace spirituel de la nation (1927) et théorisé en  1949, par Armin Mohler dans sa thèse Die Konservative Revolution in Deutschland 1918-1932 (1949), déplorait à la fois le déclin de la civilisation «germanique et les conséquences de la modernité libérale et capitaliste. Ces principaux théoriciens furent l’écrivain berlinois Arthur Moeller van den Bruck (1876-1926), le philosophe Oswald Spengler (1880-1936), auteur du Déclin de l’Occident (2 tomes 1918-1922) et Ernst Niekisch (1889-1967), fondateur du national-bolchevisme.

[2]Culture du Corps Libre. Mouvement allemand, né à la fin du XIXe siècle, alliant nudisme, naturisme, pratique des sports, hygiène de vie, vie en communauté et expérience de la joie dans la nature.

[3]Mouvement inorganisé de réforme (fin XIXe–milieu XXe) en Europe germanophone, opposé à l’urbanisme massif et l’industrialisation à outrance, et qui prônait le retour à la nature, les thérapies « douces », le végétarisme, le naturisme, le yoga et l’agriculture biodynamique, système de production agro-alimentaire inspiré par l’anthroposophie.

[4]Die Geburt der Tragödie…, Leipzig, Verlag E.W. Fritzsch, 1872.

[5]Courant de réforme qui se voulait une méthode d’investigation du spirituel, exacte, scientifique et expérimentale. En rupture avec la Théosophie, fut créée la Société Anthroposophique Universelle. Elle étendra son champ d’application à la sociologie politique, la pédagogie, la pratique religieuse, la médecine, l’agriculture et l’architecture. Son fondateur l’austro-hongrois Rudolf Steiner (1861-1925) ne vint jamais à Monte Verità mais prononça seulement une conférence à Locarno en 1911.

[6]Théorie aryo-ésotérico-chrétienne développée par le moine défroqué Jörg Lang-Liebenfels (1874-1954).

[7]Courant intellectuel et politique de la Révolution Conservatrice (Konservative Revolution) (fin XIXe-début XXe), basé sur le « racialisme » germanique, l’antisémitisme, le pangermanisme, le rôle central de la jeunesse, l’anti-modernité et l’anti-égalitarisme.

[8]Carl Kellner (1851-1905) est un chimiste, inventeur et industriel austro-hongrois, franc-maçon, théosophe et ésotériste.

[9]Voir plus loin.

[10]Auteuse de « Reminiscences of H. P. Blavatsky and « The Secret Doctrine », Londres, T.P.S., New York, the Parth, 1893.

[11]With the Adepts: An Adventure among the Rosicrucians, Boston, Occult, 1893; Londres, T.P.C., 1910.

[12]Durant l’époque wilhelmienne et Weimar, Schwabing, district nord de Munich, fut le quartier « latin », artistique, bohème et libertaire de la capitale bavaroise. Véritable chaudron de culture, Schwabing connut la cohabitation, la confrontation et/ou l’interpénétration de courants et mouvements divers et contradictoires : révolution sociale, pessimisme culturel, pacifisme, réforme de la vie quotidienne, ésotérisme, occultisme, anarchie, communisme utopique, féminisme, vie communautaire, racialisme, naturisme, végétarisme, « alcoolisme philosophique », drogues, sports, liberté sexuelle, Deutscher Werkbund, (1907 : association d’artistes et d’artisans cherchant à concilier industrie, modernité et esthétisme) ou Wandervogel (mouvement de jeunesse d’origine berlinoise, mais actif dans toute l’Allemagne, d’abord spontané, libertaire et volontairement inorganisé puis politisé et paramilitaire). De nombreux liens existeront avec Ascona.

[13]Architecte néo-classique, Ledoux (1736-1806) développa un urbanisme et une architecture destinés à améliorer la société et à créer une cité idéale.

[14]L’essayiste, abolitionniste, philosophe et poète américain Thoreau (1817-1862) développa un projet de vie simple, libertaire, hors des villes, pacifiste et respectueux de l’environnement.

[15]Ecrivain, poète, peintre et critique, Ruskin (1819-1900), méfiant envers la société capitaliste, développa une théorie de l’art en interdépendance avec les autres activités humaines.

[16]Le rapport de police, établi trois ans plus tard, conclut au suicide.

[17]Surnommé Gusto Gras, Arthur Siebenbürger ou le Gandhi occidental, il séjournera d’abord dans une cabane avec son frère, puis il s’installera dans des anfractuosités ou des grottes situées à l’ouest du village d’Arcegno, sur le territoire et avec le consentement plus ou moins tacite de la commune de Losone (district de Locarno), et selon son humeur dans des cabanes temporairement inoccupées de Monte Verità. De nombreux hôtes et visiteurs de la communauté voulaient absolument rencontrer l’«anachorète absolu», le Naturmensch (L’Homme de la Nature) et sa Felsenfrau (La Dame du Rocher). Il entreprend également de grandes pérégrinations à travers l’Europe centrale, le plus souvent à pied, parfois dans une modeste roulotte tirée par deux chevaux où trouvaient place sa femme rencontrée en 1908, Elisabeth Dörr (1876-1953), aimée d’Hermann Hesse, ainsi que six enfants qui n’étaient pas tous de lui. Après 1919, se référant à Lao-Tseu, Thoreau et Nietzche, il devint une sorte de prêcheur laïc pacifiste dans la république de Weimar. Expulsé de nombreuses villes, il s’installa, en 1927, à Berlin où il fréquenta le Jugendewegung und der Biosophischen Bewegung du poète, écrivain, philosophe et photographe Ernst Fuhrmann (1886-1956). Marginalisé, inquiété plusieurs fois sous le régime nazi comme « asocial », on le retrouva à Munich en 1945. Il meurt seul dans les environs de la capitale bavaroise, probablement le 27 octobre 1958. Son futur biographe, Hermann Müller, réussit à sauver in extremis ses manuscrits de la décharge publique (Cf. Hermann Müller, Der Dichter und sein Guru. Hermann Hesse – Gusto Gräser. Eine Freundschaft, Lotz, Wetzlar 1978; Gusto Gräser. Aus Leben und Werk. Bruchstücke einer Biographie, Gräser-Archiv Freudenstein, Knittlingen 1987 ; Nun nahet Erdsternmai! Gusto Gräser. Grüner Prophet aus Siebenbürgen, Umbruch-Verlag, Recklinghausen, 2012.

[18]Vegetarismus ! Vegetabilismus ! Blätter zur Verbreitung vegetarischer Lebensweise, Ascona, l’auteur à Monte Verità, 1905.

[19]Müsham Erich, Ascona. Eine Broschüre, Carlson, Locarno 1905; Berlin, Reprint Guhl, 1978 ; Ascona, Baye, La Digitale, 2002, traductions et notes d’Elke Albrecht et Suzanne Faisan. Présentation de Roland Lewin.

[20]Lorch (Bade-Württemberg), Druck und Verlag von Karl Rohm, 1906.

[21]Médecin (1899), toxicomane à la suite d’un voyage en Amérique du sud, il subit plusieurs cures de désintoxication en Suisse (1902), puis rencontra Freud (1904). Bohème et anarchiste à Munich, il devint professeur de psychopathologie à Graz (1906/08), puis le patient de Jung (1908) mais fugua. Un conflit violent « oedipien », culturel et politique l’opposa à son père Hanns Gross (1847-1915), un des fondateurs de la criminologie.

[22]Frieda vivra ensuite à Ascona à partir de 1911 avec le peintre anarchiste suisse Ernst Frick (1881-1956) avec lequel elle aura trois filles.

[23]Else von Richthofen (1874-1973), docteur en économie de l’Université d’Heidelberg (1901), inspectrice du travail dans la même ville, épouse de l’économiste allemand Edgar Jaffé (1865-1921) dont elle eut trois enfants, côtoya de nombreux intellectuels germanophones. Outre Otto Gross, elle eut une relation avec son ancien professeur Max Weber, puis avec le frère de ce dernier, l’économiste et sociologue Alfred Weber (1868-1958), avec qui, devenue veuve, elle vécut officiellement.

[24]Frieda von Richthofen (1879-1956), d’abord mariée (1899) au philologue britannique Ernest Weekley (1865-1954), traductrice de Schiller en anglais, après Gross, commença en 1912 une aventure avec Lawrence. Divorcée en 1913, elle partit avec lui aux Etats-Unis, puis en Italie. Veuve, elle vécut avec le journaliste, éditeur, écrivain et critique John M. Murry (1889-1957), veuf de la romancière néo-zélandaise Katherine Mansfield (1888-1923), puis avec le capitaine italien Angelo Ravagli (1891-1976).

[25]Via Frieda, le travail et la personne de Gross marqueront durablement l’œuvre de Lawrence qui passa par Monte Verità en 1913.

[26]Poétesse et écrivaine austro-suisse, Regina Ullmann (1884-1961), égérie de Rilke, maitresse de l’économiste allemand Hanns Dorn (1878-1934) dont elle eut une fille Gerda, puis de Gross, se convertit ensuite au catholicisme. Après la Grande Guerre, elle fréquenta de nombreux intellectuels allemands avant d’être inquiétée par le régime nazi, à cause de ses origines juives. Elle se réfugia en Suisse où elle poursuivit sa carrière littéraire.

[27]Voir plus haut.

[28]Les poursuites policières pour son militantisme anarchiste et son implication dans la mort de Lotte et Sophie à Ascona le conduisirent à retourner à Berlin où avec le journaliste anarchiste Franz Jung (1888-1963), futur communiste et résistant anti-nazi, puis économiste aux Etats-Unis, il fonda la revue Sigyn. Outre son prosélytisme politique, il exerça une influence dans divers milieux artistiques, notamment sur le plasticien dadaïste, photographe et écrivain Raoul Hausmann (1886-1971), ou Hannah Höch (1889-1978), autre plasticienne Dada de Berlin. Arrêté au domicile de Jung en novembre 1913, sur intervention de son père, remis à Vienne, il est interné « comme anarchiste mentalement dérangé » dans un établissement psychiatrique à Tulln (Autriche) et placé sous la tutelle paternelle.

[29]Radermacher Martin, Hermann Hesse-Monte Verità : Wahrheitssuche abseits des Mainstreams zu Beginn des 20. Jahrhunderts …, in Zeitschrift für junge Religionswissenschaft, Bayreuth, vol VI, 2011.

[30]Après la Grande Guerre, il retournera à Montagnola, près de Lugano où il résidera jusqu’à sa mort.

[31]Edition originale dans la revue März.

[32]Berlin, G. Fischer Verlag, 1915.

[33]Sous le pseudonyme d’Emil Sinclair, Die Geschichte einer Jugend, Berlin, Fischer, 1919.

[34]Berlin, Fischer, 1922.T.

[35]Aujourd’hui Fondation H. Hesse.

[36]Fritz Helmut, Die erotische Rebellion. Das Leben der Franziska Gräfin zu Reventlow, Francfort-sur-Main, Fischer, 1980.

[37]Paru en deux parties en 1904 et en 1905 dans la revue que codirigeaient Max Weber, Werner Sombart et Edgar Jaffé, les Archiv für Sozialwissenschaft und Sozialpomitik.

[38]Sous la direction de Sam Whimster, Max Weber and the Culture of Anarchy, Houdmills (Hampshire), Mc Millan Press Ltd & New York, St Martin’s Press, 1999.

[39]Institut des arts et des métiers fondé en 1919, à Weimar, sous le nom de Staatliches Bauhaus, par Walter Gropius, il désigne un courant artistique d’avant-garde concernant principalement l’architecture et le design, mais également les arts plastiques, la photographie, le costume et la danse. Installé à Berlin le Bauhaus, dirigé successivement par Walter Gropius, Hannes Meyer et Mies Van der Rohe  sera fermé par les nazis en 1933.

[40]Voir ci-dessus.

[41]Il était membre de la loge Urania zur Unsterblichkeit (Obédience prussienne de Royal York).

[42]Haut lieu d’utopies « réalisées », Hellerau accueillera en  1921, le pédagogue écossais Alexander Sutherland Neill, (1883-1973) et sa Summerhill School avant de la transférer dans le Sullock, près de Leiston, suite aux difficultés politiques rencontrées avec les autorités saxonnes.

[43]Emile Jaques-Dalcroze fondera en 1919 un institut qui porte son nom à Genève et qui fonctionne toujours. En 1975, l’Institut de rythmique E. J.-D. de Bruxelles fut reconnu comme institution subventionnée.

[44]Ezső Keresztelő Szent János Attila Lábán dit Rudolf Laban (1879-1958) fut un danseur, chorégraphe, pédagogue et théoricien de la danse, créateur de nouvelles conceptions de la danse et de la notation chorégraphique, dite Labanotation. Après Ascona, Il revint en Allemagne (1919). En 1923, il fonda à Hambourg son théâtre-danse, le Tanzbühne Laban et en 1927, l’Institut chorégraphique de Berlin. En 1928, il publia le Kinetographie Laban, système de notation pour les mouvements dansés primaires. De 1930 à 1934, il dirigea le ballet de l’Opéra de Berlin. Il dirigea plusieurs festivals avec l’appui du ministre de la propagande Goebbels, les chorégraphies des athlètes lors des Jeux Olympiques de 1936. L’esthétisme du spectacle déplut au ministre. Profitant d’un séjour à Paris, en 1937, il gagna le Royaume-Uni, y fondant le Laban Art of Movement Guild (1945) puis l’Art of Movement Studio (Manchester,1946).

[45]Laban aura quatre autres enfants, deux de sa première femme, la peintre Martha Fricke, décédée en 1904, un de Suzanne, l’autre de la danseuse russe Dussia Bereska (1885-1953), associée les décennies suivantes aux divers projets de Laban.

[46]Merlin Hans (pseudonyme), Was ist Okkultismus und wie erlangt man okkulte Kräfte, Berlin, H. Steinitz, 1903.

[47]Cf. les nouvelles approches présentées au colloque international Les défenseurs de la Paix, Paris, 15-17 janvier 2014.

[48]Voir plus loin.

[49]Londres, S. Sonnenschein & Co, 1898.

[50]L’Esotérisme, Paris, Les Editions du Cerf, 1993.

[51]A Master-Key to the Mysteries of Ancient and Modern Science and Theology, New York, J. W. Bouton, 1877, 2 volumes.

[52]The Synthesis of Science, Religion and Philosophy, Los Angeles/New York/Londres/Adyar, Theosophical Publishing Co, 1888, 2 volumes.

[53]Adyar (Adayar) est actuellement un quartier de Chennai (Madras), capitale de l’état indien de Tamil Nadu.

[54]Illerhaus Florian, Gegenseitige Beeinflussungen von Theosophie und Monte Verità,  Munich, Grin, 2009.

[55]Voir plus loin.

[56]Guilbert Laure, Danser avec le IIIe Reich. Les danseurs modernes sous le nazisme, Bruxelles, André Versaille/ed. Complexe, 2011.

[57]Cf. bibliographie.

[58]Ascona – Monte Verità. Auf der Suche nach dem Paradies, Ascona, Pancaldi Verlag, 1934, par von Ursula von Wiese, édition revue et augmentée par Doris Hasenfratz, avec une postface de Martin Dreyfuss, Frauenfeld, Stuttgart, Vienne,  2000.

[59]Bertschinger Esther & Butz Richard, Ernst Frick. Zurich/Ascona/Monte Verità. Anarchist, Künstler, Forscher, Zurich, Limmat Verlag, 2014.

[60]Zürich, Oprecht & Helbling, 1934.

[61]Schütze Karl-Robert von, Charlotte Bara : 1901-1986 : Brüssel, Worpswede, Berlin, Ascona.
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