Les débats internes du Grand Orient de France (1862/5)

 

Bernard Pierre Magnan (1791-1865), sénateur, maréchal de France et grand veneur  de France, nommé bien que profane chef de l’Ordre par le pouvoir impérial, installé dans son fauteuil de grand maître, l’Assemblée générale du GODF s’ouvre le 9 juin 1862. Dans le cadre de la réforme des Statuts, le conseil du grand-maître devient conseil de l’ordre avec 33 membres (au lieu de 27), élus pour 3 ans et rééligibles. Charles Fauvety (1813/94), rentier philanthrope et philosophe spiritualiste fera parti des nouveaux élus.

Quelques semaines plus tard, il publie, chez le négociant Pierre-Luc Riche-Gardon,  autre libre penseur spiritualiste, un Catéchisme à l’usage des aspirants à l’initiation[1]. Da manière classique dans ce genre d’ouvrage, le texte se présente sous la forme d’une succession de questions et de réponses. Il reprend souvent mot à mot, le rapport de 1860 analysé ci-dessus, mais Fauvety « libre » de s’exprimer puisqu’il n’a pas à prendre en compte les objections des uns et des autres comme lors d’un travail collectif, introduit des précisions nouvelles :

« La Franc-maçonnerie n’étant ni une institution politique, ni une institution littéraire ou artistique, ni même une institution charitable et ne se rattachant à aucune des classes de l’ordre économique des sociétés, échapperait à tout classement si elle ne se rattachait à l’ordre moral ou religieux […] , [mais] l’institution maçonnique n’est pas une religion dans le sens qu’on donne vulgairement à ce mot, car il n’y a pas de dogme, il n’y a pas de croyance, il n’y a pas de morale, qui appartiennent en propre à la Franc-maçonnerie. Les dogmes de la Franc-maçonnerie ne sont autre chose que les connaissances humaines à l’état de réalités positives, de lois constatées ou d’axiomes mathématiques ; sa morale n’est que la morale éternelle de l’humanité, affranchie de toute intervention miraculeuse ; ses croyances sont celles de tout le monde, en ce sens que la foi de chacun, en ne relevant que de sa conscience, peut revêtir toutes les formes possibles de l’idéal.

 […]

La Franc-maçonnerie, cependant, est trop bien l’expression de l’état des âmes pour rester étrangère au double travail d’élimination et d’élaboration religieuse qui, depuis longtemps, agite et préoccupe la société contemporaine.

 Bien que la Maçonnerie, contrairement à la pratique des sectes et des Eglises, n’impose aucune croyance déterminée à ceux qui entrent dans son sein, les Francs-maçons ne se réunissent jamais sans élever leur pensée vers la Raison suprême qu’ils appellent l’Architecte des mondes, saluant ainsi Dieu de l’un des mille noms, sans prétendre, pour cela, définir l’indéfinissable; de même encore, bien que la Société maçonnique ne possède aucune révélation spéciale sur la vie future, les rites de la Franc-maçonnerie contiennent une affirmation de l’immortalité de l’Etre humain, dont ils représentent la transformation par la mort symbolique d’Hiram. […] Elle a, de plus, des principes qui la différencient des anciennes conceptions religieuses, tels que : l’obligation du travail qu’elle considère non plus comme un châtiment, mais comme un devoir social, comme un moyen de développement et un fait de communion avec la nature; la croyance au mouvement ascendant des êtres, au progrès de l’humanité, à la solidarité, à l’autonomie individuelle et collective, à la liberté et à la responsabilité morale de l’Etre conscient, idées qui, toutes, sont propres à la société moderne et peuvent être regardées comme les éléments de la nouvelle synthèse »

La maçonnerie propose une « initiation scientifique » car elle utilise des symboles, certes «  consacrés par la tradition » mais destinés « à rendre saisissantes les vérités scientifiques et les leçons de philosophie. ». Par ses principes, ses enseignements et sa liturgie, elle peut donner « satisfaction au sentiment religieux ». Repoussant les croyances particulières, elle accepte tout homme de bien sans distinction d’opinion religieuse, philosophique ou politique. « La Franc-maçonnerie n’a d’autres dogmes que ceux de la science humaine, dogmes toujours relatifs, mais toujours démontrables, toujours incomplets… »

Après avoir défini la franc-maçonnerie, Fauvety va s’attacher à justifier « l’utilité et la nécessité des institutions religieuses ». Toutes ont failli, continue-t-il,(même s’il faut lire, surtout le catholicisme romain ), car elles sont fondées sur une dogmatique supranaturaliste, une morale normative imposée, une liturgie inadaptée, « grossière et incomplète » et un réseau de clercs dévoyés. Seule la franc-maçonnerie a échappé à ses déviations. Cependant, elle n’a pas jusqu’à présent assumé pleinement son rôle irremplaçable d’« institution religieuse ». Les temps n’étaient pas encore advenus. Mais la franc-maçonnerie n’est pas la Religion, ni même l’Église universelle. Elle n’est que le lieu de la révolution religieuse d’aujourd’hui et de la transition de demain :

« Il est vrai que la Franc-maçonnerie n’a pas la prétention de posséder la grande idée religieuse, la conception générale dont vous parlez. Elle se borne, comme nous l’avons dit, à offrir à ceux qui ne se sentent plus reliés par les anciens dogmes ou qui ont cessé de s’associer aux anciens cultes, un asile où ils peuvent communier librement. Mais cet asile est à la fois un Temple et un Atelier : un Temple où chacun peut se recueillir dans la croyance qui lui est propre, tout en s’associant à une manifestation commune du sentiment religieux ; un Atelier où tous sont conviés à travailler, selon leurs forces, à l’édification d ce monde moral qui est le vrai domaine de l’humanité. »[2]

D’une certaine manière, Fauvety fait marche arrière par rapport aux maçons des années 1830-1850 qui voulaient faire de la franc-maçonnerie la Religion. Il propose plus modestement d’en faire le lieu d’expression des croyants sortis des religions positives, atanor où s’élaboreront une sorte de religion civile mondiale et une morale humanitaire pour tous :

« Tout cela, sans doute, ne constitue ni une Église ni une religion. Il n’y a /à ni corps de prêtres ni théologie. Mais on peut y voir un exemplaire de la communion universelle et le point de départ de l’ordre nouveau. Dans tous le cas, le milieu maçonnique, en créant une sphère religieuse et donnant naissance à des rapports d’ordre moral, fournit aux hommes des moyens d’amélioration et d’agrandissement, qui leur manquent, dans l’isolement où la plupart sont obligés de vivre, depuis qu’ils ont cessé de les trouver dans les lieux saints. Et c’est là le caractère éminemment social de la Franc-maçonnerie, ce qui doit la rendre respectable aux yeux des gouvernements comme aux yeux de tous ceux qui savent que l’homme ne vit pas seulement de pain ! »[3]

Cette position « centriste » ne bénéficiera pas d’un grand espace d’expression au sein du GOdF, coincée entre les positions des héritiers du « théisme chrétien » comme Riche-Gardon, ou du « front théisto-déiste » d’Henri Carle (1822-1881), créateur de l’Alliance Religieuse universelle qui affirme que la Religion est au-dessus de toute institution, y compris la maçonnerie, et qui préconise la création d’Etats-Unis de la Pensée [4], d’une part, et celles des positivistes, des matérialistes et des « massoliens » comme Louis Ganeval, de la loge La Renaissance et co-auteur d’un ouvrage polémique  au titre explicite, Jésus devant l’histoire n’a jamais vécu, qui proposait que la franc-maçonnerie française se déclare « religion nationale »[5]. Ce dernier, dans Le Monde maçonnique de janvier 1863[6], va se livrer à une critique assez vive de la brochure de Fauvety, qui se présente faussement comme de la « philosophe » :

« Le titre même de la brochure est une espèce d’erreur qui n’est pas sans précédent, car on a vu paraître des ouvrages ayant pour titre philosophie, et qui ne renfermaient pas de philosophie. Quand c’est de la religion que l’on parle, rien n’est plus déplacé que le mot philosophie ; le fétichisme, l’idolâtrie, le christianisme, le catholicisme, le protestantisme, le saint-simonisme, le mormonisme, ne sont pas, quand ils le diraient, la philosophie. Il n’y a même rien de plus opposé à la philosophie qu’une religion, par la raison toute simple qu’une religion est une croyance et que la philosophie est une vue. »

La métaphysique n’est que vaine spéculation, et Fauvety est de surcroît un piètre métaphysicien. Cette religiosité est une sorte de maladie post-romantique, conséquence du sentimentalisme de Rousseau. La franc-maçonnerie est une institution d’hommes libres, un lieu de libération individuelle et collective, intellectuelle et sociale. Elle ne peut être le cinquième culte du système concordataire que Ganeval conteste :

« Ce que le F.°. Fauvety propose à la Maçonnerie, c’est de se constituer en société religieuse, de fixer un dogme auquel la conscience de l’homme s’attache sans aller flottant, de réunir toutes les religions en une seule, en changeant quelque chose, et cela fait, la religion fonctionnera comme organe dans l’unité nationale, ce qui signifie : sera dans la main du gouvernement […]  Comme Maçon, nous repoussons la conversion de notre institution en église; comme Français, nous souhaitons l’indépendance des cultes; comme aspirant à la philosophie, mais à la vraie, celle qui est de tout homme et de tout l’homme, nous repoussons toute qualification philosophique donnée à ce qui n’est pas l’essence même et le fruit immédiat de l’esprit de l’homme. […] C’est pour cela que la Maçonnerie ne sera jamais un culte officiel, ni une religion… »

Dans Le Monde maçonnique de février 1863[7], est publiée la réponse de Fauvety. Toutes les religions expriment La Religion, non parce qu’elles contiennent des parcelles d’une religion universelle naturelle « primitive » mais parce qu’elles expliquent le monde et lui donnent sens selon des processus analogues entre eux :

« Ainsi, bien loin qu’il n’y ait rien de commun, comme le veut le F.°. Ganeval, entre la philosophie et les religions, j’affirme avec l’histoire tout entière, qu’il n’a jamais existé sur la terre une seule religion qui n’eût sa philosophie, et je défie qu’on me montre, même en descendant jusqu’aux conceptions les plus grossières du fétichisme le plus primitif, une seule forme, une seule manifestation religieuse qui ne repose sur une vue générale, sur une connaissance, plus ou moins exacte, plus ou moins erronée, des faits naturels et humains, enfin, sur une certaine manière d’expliquer les effets et les causes […]

 Quelle différence y a-t-il entre la religion savante des Brahmanes, entre la religion fraternelle de Jésus, et les religions grossières et barbares des Peaux-Rouges d’Amérique ou des Nègres du Soudan africain ? La même qui existe entre leurs philosophies respectives. Chacun voit et conçoit les choses comme il peut, comme il sait et selon le point de vue où il est placé… »

 

Mais ce débat est vite oublié, ou plus exactement il va se recentrer sur une autre question. A partir de l’automne 1862, Magnan va chercher, à son tour, à faire du Grand Orient une institution d’utilité publique. L’avocat Alfred Blache (1816-1893), conseiller d’Etat, est chargé d’un rapport. Le 4 décembre, le grand maître informe le conseil de ses premières initiatives. Malgré les craintes d’Eugène Vienot (1815-1884),  agréé près le tribunal de commerce de Paris, le conseil moins la voix d’André Rousselle, avocat à la Cour d’appel et vénérable de la loge Isis-Montyon, adhère au projet de solliciter le ministre de l’intérieur afin qu’il soumette au conseil d’Etat un décret reconnaissant le GOdF comme une institution d’utilité publique. En séance du 23 février 1863, le conseil adopte, moins 2 voix contre et 3 abstentions, un « résumé de la Constitution sous le titre Statuts du GODF » en onze points. Malgré la discrétion demandée, des fuites se produisent, notamment à l’initiative de Fauvety. Ce dernier, démocrate épidermique veut que l’affaire soit débattue par l’ensemble des maçons, mais dans la lignée de son catéchisme, il soutient le texte, arguant du fait que la franc-maçonnerie peut être à la fois une association philanthropique et une institution religieuse et philosophique, marchepied vers la Religion. Rapidement, l’affaire devient objet de débats dans la presse maçonnique et paramaçonnique[8].

Dans Le Journal des initiés (mars 1863), Riche-Gardon fait un état de la question et se montre très réservé. Le mois suivant, Le Journal des initiés (avril 1863) publie deux lettres favorables au projet, l’une de Charles Fauvety, l’autre de Léopold Hayman, conseiller de l’ordre, mais l’opposition conduite par Riche-Gardon est de plus en plus vigoureuse. Dans sa tenue du 14 avril 1863, la loge La Fraternité des Peuples organise un large débat sur ce sujet qui oppose d’une part Charles Fauvety et Eugène Vienot, et d’autre part Jean-Claude Colfavru (1820-1891), ancien député républicain de Saône-et-Loire (1850/1) [9] et André Rousselle. Dans Le Monde maçonnique de mai 1863[10], Léopold Hayman publie deux lettres en réponse à André Rousselle.

Dans la séance du 9 juin du convent 1863, malgré les interventions de Charles Fauvety, le projet de transformer l’obédience en association d’utilité publique, rapporté par Marie-Alexandre Massol (1805-1875), théoricien de la Morale indépendante qui refuse que la franc-maçonnerie ne devienne « une banale société de secours mutuels à laquelle on veut bien laisser, comme joujou, l’étude des choses philosophiques », est repoussé par 123 voix contre 64, à la suite d’une coalition des partisans de Riche-Gardon et de ceux de Massol. Le « centrisme » maçonnique de Fauvety était encore en difficulté. Après cet échec, Fauvety démissionne du conseil de l’ordre et ne sera que réélu au troisième tour de scrutin avec un résultat médiocre.

Il était difficile à l’orgueilleux gardois de continuer à fréquenter la loge La Renaissance par les Émules d’Hiram présidée par son rival triomphant, Massol. Sans démissionner de ce dernier atelier, Charles Fauvety va se faire affilier, le 14 novembre 1863, à la loge Les Frères Unis Inséparables dit l’atelier de Magnan et de son état-major. La loge présidée par le négociant Félix Aronssohn, compte parmi ses membres Gustave Becourt[11], futur chirurgien en chef de l’ambulance du Grand Orient le 7 mars 1871, le comte Xavier Branicki (1815-1879), administrateur du Crédit Foncier, les colonels Edouard marquis Rousseau de Chamoy (1795-1876) & Albert Victor, baron Nau de Champlouis (1833-1878), le capitaine Jacques Coeuret de Saint-Georges, le lieutenant Pierre Amédée Coeuret de Sardent et de La Villatte, Armand Félix Heullant et Hubert François Janin, tous deux Grands officiers d’honneur du Grand Orient , le préfet Albert Lenglé, deuxième grand maître adjoint du GOdF, le futur général de brigade Léopold Magnan (1833-1898), fils du maréchal, le compositeur Giacomo Meyerbeer (1791-1864)[12], Paulin Razy (1818-1871), Grand officier d’honneur du Grand Orient,  le pianiste, professeur et compositeur Jean Henri Ravina (1818-1906),  le sénateur Félicien Caignard de Saulcy (1807-1880), polytechnicien, sénateur, archéologue, numismate, cartographe et le médecin Jules Worms (1830-1898), membre de l’Académie de médecine. C’était donc une loge un tantinet mondaine où se côtoient quelques aristocrates d’Ancien Régime, beaucoup d’officiers impériaux, des hauts fonctionnaires bonapartistes, des professions libérales, des dignitaires de l’obédience, des artistes de seconde main et tout un petit personnel dévoué à la personne du grand maître. Cette loge sera à Magnan ce que Saint-Lucien et Bonaparte avaient été à Murat. Charles Fauvety en sera 1er surveillant en 1864 et orateur en 1865.

C’est durant ces deux années que Charles Fauvety, croyant ou feignant de croire le GOdF acquis à ses thèses et pensant posséder une « base » maçonnique pour conduire une « révolution » religieuse, va développer une conception globale de la Religion qu’il exposera dans la revue bimensuelle  La Presse scientifique des Deux Mondes du 1er juillet 1864. L’article fera l’objet d’un tirage à part[13]. l’esprit général du texte s’exprime dans une formule lapidaire : « nous arriverons à la foi par la science. »[14]

Dans le premier cahier, Fauvety part d’un constat. Aujourd’hui, « le mot religion ne signifie plus absolument aux yeux de nos contemporains, ignorance et superstition, rétrogradation et intolérance. » Partout, on assiste à un « réveil », à un renouveau, à la naissance d’un nouvel esprit dans les diverses confessions fran çaises, y compris dans l’Église romaine, où la pensée de Bonald [15] et de Frayssinous [16] laisse progressivement sa place à celle de Félix [17] et de Gratry [18]. Le Christ des théocrates laisse la place au Christ des novateurs. Fauvety croit (fait semble de croire ou se leurre ?) qu’un phénomène analogue à celui qu’à connu le protestantisme [19] va se dérouler dans le catholicisme. Un nombre croissant de catholiques va rompre avec Rome et le cléricalisme. Ces catholiques indépendants vont chercher à pratiquer un christianisme authentique et rationnel. Cette sortie de la religion romaine contribuera, à sa manière, à l’émergence de la Religion. Fauvety prend-il ses désirs pour la réalité ? Il lui serait agréable que l’immense majorité des français demeurée catholique évoluât ainsi. Fin stratège, il a très bien saisi qu’un catholicisme à la fois puissant et «rétrograde » demeurerait un obstacle incontournable pour l’avènement de la Religion. Si dans l’esprit de trop de gens, l’équation (religion = catholicisme romain = cléricalisme) demeure vivace, jamais l’adhésion à l’idée neuve de Religion ne sera possible. L’anticléricalisme conduira inévitablement à l’irréligion. Fauvety constate combien les attaques antimaçonniques [20] du clergé romain et du pape renforcent le courant irréligieux au sein des loges. Aussi Fauvety suit-il avec intérêt ceux qui «s’efforcent de suivre le courant scientifique et s’appliquent à accommoder catholiquement les conquêtes de l’esprit humain ». Ce renouveau catholique n’est pas un retour à «l’ordre sacerdotal d’antan » mais «le point de départ d’une réforme et peut-être d’une révolution religieuse ».

En attendant la sortie des catholiques du catholicisme romain institutionnel, d’autres, « catholiques non cléricaux » ou libres penseurs, s’attachent à déchristianiser le christianisme[21]. C’est le sens de La vie de Jésus [22] d’Ernest Renan. Fauvety est enthousiasmé par le succès de cet ouvrage. Il interprétera même comme des signes encourageants et comme une sorte d’hommage obligé, les critiques mesurées dont le livre de Renan à fait l’objet. Tout à son exaltation, il est prêt à s’aboucher avec Gratry. Et de déclarer que, malgré sa ferme réplique à La vie de Jésus, le clerc demeure «un de ces rares croyants[23] avec lesquels la discussion est possible sur le terrain philosophique». Il en est de même avec L’Étude sur la vie de Jésus de E. Renan [24] du théologien italien, Charles Passaglia [25] déclaré par Fauvety comme le travail «le plus savant […] et en même temps le plus modéré » des ouvrages « anti-renaniens ». Même Louis Veuillot (1813-1883)[26] et Henri Alexandre Wallon (1812-1904)[27] trouvent grâce aux yeux du gardois[28], pris d’une surprenante tolérance œcuménique. Il les classe dans les écrivains catholiques capables de se servir librement de la raison. Il est vrai que Fauvety ne s’annexe pas ces deux auteurs, mais constate, que face à la thèse de Renan, leurs répliques ne sont guère scientifiquement pertinentes. Son enthousiasme exprimé, Fauvety retrouve des arguments plus «classiques » :

« La religion est contemporaine de l’espèce humaine arrivée à l’état conscient […] Telle forme religieuse [peut] donner des signes de décadence […] Mais la religion ne saurait mourir au sein de l’humanité. La raison en est que l’homme ne peut pas plus se dispenser d’avoir des rapports religieux qu’il ne peut se dispenser d’avoir des rapports familiaux et sociaux […] En un mot, la religion, considérée comme l’expression formelle et organique de nos rapports avec l’ensemble des choses, est aussi nécessaire au progrès des êtres, à la vie morale de l’humanité et à l’harmonie universelle que la famille et la société sont nécessaires à la vie de l’individu, à la conservation de l’espèce et de l’ordre politique… »[29]

Aujourd’hui, «les hommes sérieux n’osent plus répéter avec le dix-huitième siècle que la religion a toujours été la source des maux. » Les désordres du siècle précédent ont démontré qu’il ne peut y avoir de «société sans religion. » Dans le même temps, force est de constater le «caractère transitoire des formes religieuses », leurs oppositions, leurs antagonismes parfois sanglants. Si la Religion est nécessaire, il faut la définir selon un critérium irréfutable. Fauvety croit le trouver dans l’association dialectique de l’Ordre et de la Liberté. L’Ordre est à la fois physique (cosmique) et social (humain) :

« Dans le monde terrestre, comme dans le monde céleste, l’Ordre résulte pour nous du concours des forces, de la coordination des mouvements, de la précision, en un mot, de l’invariabilité des lois naturelles. »

La liberté est «l’affirmation de l’être lui-même senti ou conçu dans son individualité. La liberté ne se démontre pas par des mots. Elle se sent et elle s’affirme… »

C’est pourquoi le supranaturalisme est contraire à l’un comme à l’autre :

« Tant qu’une puissance surnaturelle pourra intervenir arbitrairement dans les faits surnaturels et dominer les lois qui sont afférentes aux êtres, aux organismes […] il n’y aura pas d’ordre dans le monde, de même tant qu’une volonté extérieure se mêlera aux actes de la conscience humaine, il n’y aura pas de liberté humaine. »[30]

Ainsi dans l’univers, on trouve à la fois «des êtres supérieurs à l’homme terrestre » comme des êtres inférieurs, un «intelligence omniprésente » et une «unité de plan », tous compréhensibles, aujourd’hui ou demain, par la science. Aujourd’hui trop souvent les religions sont opposées à la science, on peut les concilier en excluant, au fur et à mesure des progrès scientifiques, des religions traditionnelles, les «éléments surnaturalistes » comme Renan le fit pour reconstituer la vie de Jésus. Fauvety cite trois auteurs qui s’inscrivent totalement dans cette démarche, Alphonse Peyrat [31], Félix Pécaut [32] et Alexandre Weill [33].

Dans le deuxième cahier, Fauvety dénonce la pseudo-incompatibilité entre la science et la religion, en réalité la religion révélée qui ne peut que conduire à la négation de l’idée religieuse par les rationalistes. Il faut donc relier, ressouder, faire se correspondre science et religion, en définissant «scientifiquement » cette dernière :

« Regardant la religion comme immortelle dans son essence, bien que progressive dans ses combinaisons et variables dans ses manifestations, nous affirmons la continuité du développement religieux de l’humanité, comme nous affirmons la continuité de son développement social.

[…]

Tenant la religion pour irréductible et indispensable à la vie de l’humanité, nous devons nous appliquer à traiter la crise religieuse comme nous traiterions toute autre crise sociale. »[34]

Le premier travail de tout libre penseur (sous-entendu religieux)  est donc de rompre avec «les dogmes de l’orthodoxie romaine ». Par analogie avec le conflit interne au protestantisme français, Fauvety suggère de soutenir au sein du catholicisme, les catholiques «libéraux ». Mais ce soutien ne peut être que provisoire si les libéraux ne quittent pas le surnaturalisme. C’est l’impasse dans laquelle se font enfermer les protestants libéraux français. Bien sur le libéralisme, par ses principes et ses «enseignements rationalistes », conduit à la sortie des religions. Et Fauvety de citer un extrait de la circulaire qui annonce la création de l’Union protestante libérale [35] qui s’il admet que le pasteur «doit éclairer la conscience » fait de cette dernière la «seule souveraine », le guide ultime de l’individu. Pourquoi les libéraux ne quittent-ils pas leur Église ? Certes le pasteur Athanase Coquerel père, ancien représentant du peuple, «orateur brillant et disert, écrivain élégant et facile, littérateur plutôt que philosophe » n’a jamais totalement rompu avec le «christianisme traditionnel »[36]. Aussi son Christianisme expérimental [37] est un échec puisqu’il n’a pas contribué à faciliter la marche vers la Religion :

« Ce livre écrit dans le même but que le Christianisme raisonnable de Locke [38] n’a pas plus réussi que celui de l’auteur anglais à mettre la raison et l’expérience d’accord avec le dogmatisme chrétien.»[39]

Mais que font encore, au sein des Églises protestantes, les pasteurs Timothée Colani (1824-1888), Athanase Coquerel fils (1820-1875), Joseph Martin-Paschoud (1802-1873), Félix Pécaut (1828-1898), Albert Réville (1826-1906) ou Edouard Reuss (1804-1891) [40], d’autant que les uns et les autres ont été victimes des tracasseries et des « mesquineries »[41] des « orthodoxes » ?

Leur présence est d’autant plus inutile que l’Alliance chrétienne universelle fondée en décembre 1853, à Paris, par les pasteurs parisiens Athanase-Charles Coquerel père (1795-1868), Joseph Martin-Paschoud et Auguste-Laurent Montandon (1803-1876) en réplique à l’Alliance évangélique universelle [42] est moribonde.

Ainsi «libérés » totalement, les protestants avec tous les autres « libres penseurs » (libérés de tout dogmatisme) pourront contribuer à l’avènement de la religion nouvelle, « scientifique », « laïque » et « progressive ».

Mais Fauvety se leurre sur sa réelle influence au sein du GOdF :

– Les « tolérants rationnels » avec Charles Bataille, Alfred Blanche, Henri Carle, Henri Cauchois, Antoine Hermitte, avocat et influent maçon bordelais, Eugène Marchal [43] ou l’ingénieur Emmanuel Rebold, soutenus par Le Journal des Initiés de Riche-Gardon et par La Ruche maçonnique de Jean Etienne Marconis de Nègre fils (1795-1868), sont des théistes ou des déistes convaincus, bonapartistes ou républicains, plutôt maçons traditionalistes ;

– les « tolérants absolus » derrière Charles Fauvety, avec Gautier-Lamotte, fils d’un député aux Cinq-Cents, Albert Grain, membre d’une société de secours mutuel La Désirée, Josias, de la loge Isis-Montyon, Achille Jouast [44], Léon Richer, journaliste féministe et Antoine de Saint-Jean [45], et appuyés par le journaliste et ethnographe Jules Labbé (1826-1894) dans l’Opinion nationale sont, comme les précédents, des vieilles barbes de 1848, attachés aux usages maçonniques mais se refusant à toute exclusive religieuse et philosophique, partisans à la fois de conserver les références obligatoires au Grand Architecte, mais d’accord pour admettre individuellement des athées ;

– les « massoliens » avec le soutien de La Chaîne d’union de Londres constituent l’aile radicale du GODF.

Le Monde maçonnique se situe entre ces deux derniers courants (mais il évolue très rapidement vers La Morale Indépendante) dont les thèses se retrouvent également dans divers journaux « profanes » comme L’Avenir, La Presse et Le Temps. De plus, la province semble moins ouverte aux thèses des novateurs comme le montre la correspondance du vénérable de la loge aixoise Les Arts et l’Amitié :

« La question de l’existence de Dieu a bouleversé les loges de Paris, et une portion du Conseil de l’Ordre va chaque jour de Loge en Loge faire de la propagande pour ce que j’appellerai le matérialisme déguisé. La portion sage ne compte plus que sur les Loges de province […] vous voyez que nous sommes appelés à sauver la maçonnerie. »[46]

Les deux premiers courants[47] se sont unis face à la minorité « massolienne » qui fait preuve d’un grand activisme. Ainsi l’ancienne loge de Fauvety, désormais présidée par Massol, adopte le 5 septembre 1864 un projet de préambule pour la nouvelle constitution du GODF :

« L’ordre des Francs-Maçons a pour base l’inviolabilité de la nature humaine, fondement de la morale universelle résumée dans la devise : Liberté, Égalité, Fraternité.

Il a pour but d’en poursuivre la réalisation dans toutes les sphères de l’activité humaine et de travailler à la transformation universelle d’après l’idéal du droit et de la justice.

Il professe pour toutes les croyances et pour toutes les opinions un respect absolu.

Il est composé d’hommes libres qui, groupés par l’acceptation volontaire les uns pour les autres, forment une confédération universelle unie par un seul lien : la morale. »

Pour contrer leur propagande, les « tolérants absolus » se réunissent chez Léon Richer. Charles Fauvety développe son argumentaire anti-massolien qu’il a déjà fait connaître par divers articles :

« Ils [les massoliens] n’y voient qu’une société de discussion et de recherche tandis qu’elle est avant tout une pensée essentiellement religieuse sur Dieu, l’homme et l’univers, ou une certaine manière de comprendre et de pratiquer nos rapports avec nos semblables, avec la nature et l’Unité suprême. »[48]

Lors de la formation de la commission de révision de la Constitution, tous les commissaires sont peu ou prou choisis dans la « majorité » anti-massolienne. Les amis de Fauvety y sont majoritaires à eux-seuls. Aussi ce dernier n’a-t-il aucun mal à faire admettre « sa » définition de la franc-maçonnerie, contre ses alliés « tolérants rationnels » et au grand dam de Riche-Gardon :

« La Franc-Maçonnerie, institution essentiellement philanthropique, philosophique et progressive, a pour objet la recherche de la vérité, l’étude de la morale universelle, des sciences et des arts et l’exercice de la bienfaisance.

Elle affirme et enseigne l’existence de Dieu, l’immortalité de l’âme et la solidarité humaine.

Elle regarde la liberté de conscience comme un droit propre à chaque homme et n’exclut personne pour ses croyances.

Elle a pour devise : Liberté, Égalité, Fraternité. »

Ce texte avec l’ensemble des autres articles sera adopté, le 7 mai 1864, en conseil du grand maître, par sept voix contre cinq, celles des « massoliens »[49] (Jean-Marie Caubet, Marie-Alexandre Massol, Renaud, André Rousselle et Pernet-Vallet). Un « fauvetien » obscur  mais zélé, Louis Maretheux publie une brochure pour défendre et illustrer la « tolérance absolue »[50]. Certes il a une conception floue « théisto-panthéiste », si l’on peut accoler ces deux adjectifs, du Grand Architecte de l’Univers même s’il pense devoir la préciser grâce à la science :

« Il existe partout dans le monde une association de gens de bien qui ne font pas beaucoup parler d’eux, mais qui n’en exercent pas moins une grande influence sur le développement ses sociétés.

[…]

Ils n’appartiennent ni à Bouddha, ni au Christ, ni à Mahomet ; ils n’ont qu’un maître qui est Dieu.

[…]

Ils étudient respectent et observent les lois sacrées de la nature humaine, et n’autorisent point, par un hypocrite respect, les sottes et chimériques prétentions à une perfection surnaturelle.

 […]

, De tout temps, l’école traditionnelle de la franc-maçonnerie a eu la réputation d’avoir de la divinité une idée bien plus élevée, bien plus intelligente que les autres écoles, et elle a de tout temps aussi considéré la connaissance de Dieu comme la clef de voûte de tout l’édifice moral.

 […]

Dieu est l’Etre, c’est certain ; il est tout l’être, ou pour parler comme Fénelon, il est tout ce qu’il y a de réel et de positif dans les essences.

 […]

Ce n’est pas ici le lieu de traiter ex-professo la vaste question de Dieu qui est celle de la science toute entière. »[51]

Malgré cette proclamation et cette affirmation religieuse « forte » et intangible,  « les francs-maçons sont d’une tolérance proverbiale relative aux questions de personnes, et pour toutes les opinions politiques et religieuses. »

Cette tolérance n’est ni laxisme, ni indifférence :

« La tolérance n’est donc point, comme ses ennemis se plaisent à le répéter une coupable indifférence entre le bien et le mal, entre la vérité et le mensonge ; mais elle est le respect fraternel de la liberté d’autrui relativement à des choses où l’on se saurait voir clairement ni juste ni injuste, ni vrai ni faux, puisqu’elles sont proclamées inintelligibles. »[52]

Il n’y a donc pas incohérence entre l’affirmation solennelle de l’existence de Dieu, « base » de l’Ordre des francs-maçons et l’admission des athées « libres et de bonnes mœurs ». Les admettre, c’est recevoir des gens d’honneur et de probité, capables de découvrir dans les loges la gloire du Grand Architecte de l’Univers, et non cautionner l’athéisme, doctrine asociale puisque opposée à la religion, élément constitutif de l’être humain et de toute société :

« Ce double vote, formant les deux points inséparables d’une décision unique nous paraît marquer au cachet d’une haute sagesse et nous y applaudissons de tout cœur. »

 

 

[1]     Paris, Librairie de la Vie morale, 1862, 50 pages.

[2]     Catéchisme, op. cit., p. 41.

[3]     Catéchisme, op. cit., p. 43-44.

[4]     Dans le manifeste de l’Alliance religieuse universelle (voir par ailleurs).

[5]     Cette proposition, faite dans Le Monde maçonnique, 1863, p. 43-44, est plus dans l’esprit de la religiosité révolutionnaire de 1793 que dans celui de la Religion naturelle universelle. Ganeval propose de faire de la franc-maçonnerie, une religion civile sans référent religieux explicite (Etre suprême). Au demeurant, Louis Ganeval finira anti-chrétien forcené (Cf. Réponse d’un libre penseur à M. l’abbé Loyson. Jésus devant l’histoire n’a jamais vécu, Genève, C. Menz, 1874-1875, 2 volumes). Une décennie plutôt, en s’opposant à l’idée d’une filiation entre les « mystères anciens » et la maçonnerie développée dans la loge La Rose du Parfait Silence, en septembre 1861, par Eliphas Lévi, il provoqua les protestations de ce dernier qui se retira de la réunion et ne reparut plus en maçonnerie.

[6]     P. 519-527.

[7]     P.588-597.

[8]     Sur ce sujet, voir Eugène Marbeau, Le GODF devant le Conseil d’Etat, in La Revue des Deux Mondes, mars-avril 1901, p. 360-381.

[9]     Note

[10]    P. 1-14; tirage à part, Saint-Germain, Toison et Cie, s.d. ; BN Paris, HP 1566.

[11]    Il démissionnera de l’obédience. Cf. Lettre de démission du frère G.Bécourt, 30ème, Paris, A.Appert, 1871.

[12]    Affilié (ou reçu comme apprenti, cette mention portée sur le tableau de l’atelier est sans doute erronée puisque Meyerbeer était membre du SCDF, a moins qu’on est considéré qu’étant reçu dans une loge « française », il est été tenu de refaire son parcours maçonnique, mais ce n’était pas l’usage ) le 27 janvier 1864, il meurt le 2 mai suivant.

[13]    Paris, Librairie agricole de la maison rustique, 1864. Deux fascicules in-8°

[14]    Op. cit., 1864, p. 2.

[15]    Louis, vicomte de Bonald (1754-1840), membre de l’Académie française, député ultraroyaliste (1816-1823), pair de France (1823-1829), un temps Directeur de la censure (1827), théoricien du Trône et de l’Autel, exposera sa conception de la toute puissante de Dieu et de la soumission à l’autorité dans Théorie du pouvoir politique et religieux dans la société civile, démontrée par le raisonnement et par l’histoire (Constance, 1796), Recherches philosophiques sur les premiers objets des connaissances morales (Paris, 1818) et Démonstration philosophique du principe constitutif de la société suivie des méditations politiques tirés de l’Évangile (Paris, 1829).

[16]    Denis Antoine Luc Frayssinous (1765-1841), vicaire général de Paris (1818), premier aumônier du roi (1821), évêque d’Hermopolis, pair de France et grand maître de l’Université (1822), ministre des affaires ecclésiastiques et de l’Instruction publique (1824-1828), en exil volontaire auprès de Charles X (1830-1836), développera dans des centaines de conférences son gallicanisme, son ultra-royalisme, sa défense du catholicisme face aux attaques des philosophes et une conception classique de l’apologétique romaine.

[17]    Joseph Félix (1810-1891), prédicateur pendant près de quarante ans, a attiré l’attention de Fauvety par ses sermons à Notre-Dame de Paris sur le thème du progrès.

[18]    Alphonse Gratry (1805-1872), polytechnicien (1825) et prêtre (1832), cherchera à concilier science et foi. Aumônier de l’École normale supérieure (1846-1851), il démissionne par opposition au directeur des études, Émile Vacherot. L’année suivante, il participe à la restauration de l’Oratoire dont il sera condamné à démissionner à cause de ses prises de positions anti- infaillibilistes.

[19]    Il se leurre également sur l’évolution du protestantisme français, dont il croit la sortie de religion des pères proche, via le protestantisme libéral et le théisme chrétien.

[20]    Cf. Emile Poulat et Jean-Pierre Laurant, L’antimaçonnisme catholique, Paris, Berg international, 1994.

[21]    Fauvety ne voit pas (ou ne veut pas voir) combien ces deux mouvements ne sont guère convergents. Gratry publiera un ouvrage qui connaîtra également de nombreuses rééditions, Jésus-Christ, réponse à Renan, Paris, Plon, 1864. Félix dénoncera également les thèses de Renan dans un long article paru dans les Etudes religieuses, historiques et littéraires, juillet-août 1863, n° 10, Renan et la vie de Jésus, qui fera l’objet d’un tirage à part, Paris, C.Dourniol, 1863, 48 pages.

[22]    Paris, Michel-Levy Frères, 1863, 12 rééditions en 1863 et 1864 ; Abrégé…, Paris, Michel-Lévy Frères, 1864, 16 éditions entre 1864 et 1870.

[23]    Fauvety utilise ce mot pour désigner les croyants des religions révélées non sortis de leur Église. Il utilise ce même terme pour qualifier Guizot, notamment.

[24]    Traduite par François Sampieri, Paris, E.Dentu, 1863.

[25]    La sympathie de Fauvety envers le théologien italien Carlo Passaglia est motivée par les prises de position du clerc romain, devenu en 1863 député, contre le pouvoir temporel des papes et pour l’unité italienne avec Rome comme capitale.

[26]    La vie de Notre Seigneur Jésus Christ, Paris, Ruffet, 1864 ; nombreuses rééditions.

[27]    Vie de Jésus et son nouvel historien, Paris, Hachette, 1864.

[28]    Dans divers journaux et revues, Fauvety polémiquera ferme avec Louis Veuillot, dénonçant son « intransigeantisme » et son ultramontanisme. L’accommodement qu’il propose dans ce texte, avec celui qui est considéré selon l’expression de Claude Savart, comme «l’oracle des curés de campagne », est purement tactique et conjoncturel. Quant à Henri Alexandre Wallon, plusieurs fois député du Nord, plus tard secrétaire perpétuel de l’Académie des inscriptions et des belles-lettres (1873), ministre de l’instruction publique (1875-1876), sénateur inamovible (1875), doyen de la Faculté des Lettres de Paris (1876-1887) et auteur du célèbre amendement qui porte son nom, Fauvety lui trouve quelques qualités dans le domaine des sciences historiques, ne partageant pas le jugement lapidaire du Grand Larousse (t. XV, 1876, p. 1264-1265) : « Comme on le voit, les honneurs ne lui ont pas manqué. Professeur médiocre, orateur médiocre, politique médiocre, il n’a jamais jeté comme historien un bien vif éclat. Les cours d’histoire qu’il fit à la Sorbonne étaient dépourvus de tout intérêt, absolument insipides et pour cette raison, peu fréquentés. »

[29]    Op. cit., p. 4-5.

[30]    Op. cit., P. 7.

[31]    L’Histoire élémentaire et critique de Jésus, Paris, Michel Lévy frères, 1864.

[32]    De l’Avenir du théisme chrétien, Paris, J.Cherbuliez, 1865 ou selon Fauvety, « l’auteur essaye de prouver que le christianisme peut continuer d’exister comme religion après s’être dépouillé de tout supranaturaliste. »

[33]    Les Livres de Dieu. Moïse et le Talmud, Paris, Amyot, 1864.

[34]    Op. cit. II, p. 1. Le texte cité est accompagné de la note suivante : « On n’est pas plus autorisé à proposer la suppression de la religion en présence d’une crise religieuse, qu’on ne pourrait l’être à proposer la suppression de l’État en face d’une crise politique. »

[35]    Fondée en janvier 1861, par Jean-Jules Clamagéran , l’Union libérale protestante est annoncée par une circulaire citée, notamment, par les Archives du 30 mai 1861 (Cf. André Encrevé, op. cit., 1986, p. 707-709). L’article 1er de ses statuts, reproduit in extenso par Fauvety, dans la brochure, est cité comme exemple de texte qui, sans se situer hors de tout supranaturalisme, peut, poussé jusqu’à sa logique interne ultime, servir à en sortir : « La société a pour but de seconder le mouvement religieux parmi les protestants de France, faciliter le développement progressif de la vérité chrétienne et assurer dans le sein de l’Église nationale la libre manifestation de la foi. »’U

[36]    Libéral modéré, la théologie d’A. Coquerel père est assez conforme à la tradition réformée, même s’il interprète symboliquement certains points de doctrine.

[37]    Paris & Genève, 1847, 529 pages in-12 ;pour Coquerel, expérimental veut dire non inventé, mais simplement tiré des Écritures, d’où l’abondance des références bibliques de l’ouvrage.

[38]    A ma connaissance, Fauvety ne lit pas l’anglais, mais The Reasonableness of Christianity (Londres, A. & J. Churchil, 1695) de John Locke (1632-1704) avait été traduit en français dès 1696, puis en 1715 ? 1731 et 1740. A noter que le premier traducteur français de Locke, est Pierre Coste, plus tard membre de la Royal Society, de Londres, natif d’Uzès, comme les Fauvety, et comme eux contraints à l’exil après la révocation (1668-1747).

[39]    Op. cit., II, p. 13.

[40]    Edouard Reuss n’est pas pasteur, mais professeur (1838-1888) de morale, puis d’exégèse à la Faculté de Théologie de Strasbourg.

[41]    L’ouvrage de Fauvety paraît en pleine affaire Coquerel. En Janvier-février 1864, le conseil presbytéral, puis le consistoire de l’Église réformée de Paris refuse de renouveler la suffragance à Athanase Coquerel fils. Joseph Martin-Paschoud, pasteur de Paris, refuse cette démission et sera destitué quelques mois plus tard.

[42]    L’Alliance a été fondée, à Londres, en août 1846, dans le Grand Temple de la Grande Loge Unie d’Angleterre comme le fait remarquer Fauvety. Imaginant un parallèle français à cette situation, il suggère implicitement, qu’une Alliance religieuse universelle se crée à partir de la franc-maçonnerie française, en réalité du GOdF. Fauvety ne souscrit donc pas au projet de Carle (voir chapitre XXXX).

[43]    Vénérable de la loge Saint Jean de Jérusalem sise à Nancy.

[44]    Achille Godefroy Jouaust (1825-c.1889), avocat, reçu maçon en 1856 dans la loge rennaise La Parfaite Union, fait partie du groupe de frères dont Fauvety, « suspendus provisoirement » par un décret du grand maître Murat du 14 mai 1861, en raison d’un article, publié un mois plus tôt, dans la revue de Pierre Luc Riche Gardon, L’Initiation ancienne et moderne. Amnistié par Magnan, il est élu en juin 1862, conseiller de l’Ordre du GODF. Il est l’auteur de l’Histoire du GODF (1865) ; cf. Alain Bernheim, Qui étiez-vous°mon Frère Jouaust ? Introduction à la réédition de l’Histoire du GODF, Paris, Téletès, 1989.

[45]    Antoine de Saint-Jean (1809-1882), docteur en médecine, reçu maçon en 1834  dans la loge Saint Pierre des Vrais amis, sis à Villefranche-sur-Saône, républicain modéré, sera membre du conseil du GODF de 1857 à 1882. Successivement il s’oppose à Murat, puis aux massoliens, tente de concilier Versaillais et Communards, mais après l’échec de la tentative de compromis d’avril 1871, il désapprouve la Commune. Maçon spiritualiste, il accepte de collaborer dès 1873 avec Caubet et Massol, ses anciens adversaires. Au convent de 1877, bien qu’hostile à la suppression de l’obligation de se référer au Grand Architecte, il accepte cette décision mais fait ajouter au nouveau texte « Elle [la franc-maçonnerie] n’exclue personne pour ses croyances ».

[46]    Lettres de juin 1865 citées par Christiane Derobert-Ratel, Les Arts et l’Amitié et le rayonnement maçonnique dans la société aixoise de 1848à 1871 ? Aix-en-Provence, 1987, p. 73.

[47]    Sudhir Hazaresingh, op. cit., p. 167-168 qualifie cette coalition de « légalo-déiste ».

[48]    Le Monde Maçonnique, 1865, p. 309.

[49]    Consultés pour sondage, les ateliers s’étaient prononcés pour le projet « majoritaire » à une large majorité (entre 88 et 96 sur 136 selon les points abordés).

[50]    Science et Tradition ou Dieu et les francs-maçons à l’occasion du GODF le 5 juin 1865, Paris, E.Dentu, 1865, 32 pages.

[51]    Op. cit., p. 4-5, 19-20 & 23.

[52]    Op. cit., p. 18.

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